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« Donald Trump est un imposteur » - Mitt Romney

Donald Trump prend les Américains pour des « poires » et il faut à tout prix barrer la route à cet « imposteur » avant qu'il devienne le candidat républicain en vue de l'élection présidentielle, a plaidé l'ex-candidat du parti à la Maison-Blanche en 2012, Mitt Romney, jeudi avant-midi à Salt Lake City, en Utah.

Un texte de François Messier

Dans ce discours aux allures de réquisitoire, M. Romney a invité les militants du Grand Old Party à appuyer une personne qui est susceptible de l'emporter contre la démocrate Hillary Clinton, largement en avance sur son adversaire Bernie Sanders, et qui représente les valeurs du Parti républicain.

Il n'a cependant appuyé aucun des opposants de M. Trump toujours en lice, soit Ted Cruz, Marco Rubio ou John Kasich. « L'un de ces hommes devrait être notre candidat », s'est-il contenté de dire.

L'ancien gouverneur du Massachusetts n'a pas mis de gants blancs pour s'attaquer au milliardaire new-yorkais. Il a dénoncé ses piètres connaissances du milieu des affaires, ses propositions en matière de politique étrangère, mais aussi son tempérament, son jugement, sa vulgarité et ses mensonges.

« Ce n'est pas un génie des affaires », a notamment lancé Mitt Romney, après avoir énuméré les déboires de certaines entreprises de Donald Trump au fil du temps. Sa nomination serait « mauvaise pour les travailleurs et les entreprises », a-t-il dit, ses politiques économiques étant susceptibles d'entraîner une « récession prolongée ».

« Il n'est pas très futé en matière de politique étrangère, a-t-il encore déclaré. Donald Trump dit qu'il admire Vladimir Poutine, et il a accusé George W. Bush d'être un menteur. C'est un exemple tordu du mal qui l'emporte sur le bien. »

Il a dénoncé le fait que Donald Trump ait évoqué l'idée de laisser le groupe armé État islamique prendre la Syrie. « De l'insouciance à l'extrême », a dit Mitt Romney, en accusant le milliardaire de nuire à la sécurité des États-Unis.

Il a aussi soutenu que la perspective d'une nomination de Donald Trump « alarme les alliés » des États-Unis et qu'il a « insulté tous les musulmans » du monde en proposant de les empêcher de venir aux États-Unis.

Donald Trump « n'a pas le tempérament » pour être le leader du monde libre, a encore asséné M. Romney, qui l'a accusé de faire de l'intimidation et d'être cupide et misogyne, entre autres. « Comment réagiriez-vous si vos enfants agissaient comme ça? » a-t-il lancé.

Depuis le début de la course, M. Trump s'est moqué d'un reporter handicapé, a évoqué le cycle menstruel d'une journaliste pour la discréditer, s'est moqué de l'apparence d'une autre candidate républicaine, s'est vanté de ses aventures extraconjugales, sans compter qu'il est vulgaire, a rappelé M. Romney.

L'ancien candidat républicain a aussi mis au défi Donald Trump de publier sa déclaration d'impôts - ce qu'il refuse de faire - et de dévoiler ce qu'il a dit dans une récente rencontre éditoriale avec le New York Times.

Le discours de M. Romney, livré depuis Salt Lake City, en Utah, a été prononcé à quelques heures d'un nouveau débat sur Fox News entre Trump et ses trois derniers rivaux, Marco Rubio, Ted Cruz et John Kasich, le premier depuis le super mardi.

Il est de notoriété publique que l'establishment républicain cherche à freiner l'ascension de Donald Trump vers l'investiture pour l'élection présidentielle de novembre, en vain jusqu'ici.

Sur les médias sociaux, Mitt Romney avait récemment critiqué Donald Trump sur deux aspects : son refus de divulguer ses rapports d'impôt et sa difficulté apparente, lors d'une entrevue dimanche sur CNN, à désavouer le soutien que lui a apporté David Duke, un ancien gourou du Ku Klux Klan.

Trump réplique

Dans un discours électoral prononcé en début d'après-midi à Portland, au Maine, le principal intéressé s'est moqué de la sortie « sans importance » de Mitt Romney, qu'il a descendu en flammes pour sa campagne de 2012, « la pire qu'on n'ait jamais vue », a-t-il dit.

Donald Trump a convenu qu'il avait appuyé Mitt Romney à cette époque, ce dernier l'ayant « supplié » de le faire. « J'aurais pu lui dire : "à genoux", et il l'aurait fait », a-t-il ajouté. Malheureusement, « il a lamentablement échoué », a-t-il déclaré, qualifiant sa campagne de « catastrophe » et de « désastre ».

Le candidat républicain a soutenu que Mitt Romney avait finalement décidé de ne pas se présenter cette année parce qu'il avait eu peur de l'affronter. « Il se serait fait battre de façon décisive, a-t-il avancé. Il n'a pas ce qu'il faut pour être président. »

M. Trump a tout de même répondu à certaines des attaques de Mitt Romney. Il a minimisé les déboires qu'il a pu avoir dans le passé, faisant plutôt valoir ses réussites, notamment dans le domaine de l'immobilier.

« J'ai fait tellement plus d'argent que lui », a-t-il raillé, en arguant notamment qu'un seul de ses magasins - celui de Gucci, à New York - vaut plus que toute la fortune de Mitt Romney, pourtant multimillionnaire.

Il a aussi minimisé l'importance de présenter sa déclaration d'impôts. Selon lui, les gens devraient plutôt consulter les états financiers qu'il a déjà déposés à la Commission fédérale électorale.

Les échanges acerbes entre les deux hommes contrastent avec ceux constatés en 2012. Mitt Romney avait encensé M. Trump, qui lui avait retourné les compliments, en affirmant que Mitt Romney était « dur et intelligent », et qu'il « n'allait pas permettre que de mauvaises choses continuent d'arriver ».

Dans une entrevue donnée plus tôt à MSNBC jeudi matin, Donald Trump s'est en outre plaint du déferlement d'annonces publicitaires payées selon lui par l'establishment du Parti républicain pour le critiquer. « C'est vraiment injuste », a-t-il dit.

Il a menacé une fois de plus de se présenter comme indépendant. « Si je quitte, si je pars, peu importe que ce soit pour être indépendant, ce que je pourrais faire - en fait, je pourrais le faire ou non - si je pars, je vous le dis, ces millions de gens qui se sont joints à moi, ils vont tous venir avec moi. »

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