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Donald Trump et la fin des tabous sur l'immigration

La politique américaine est souvent comparée à un spectacle. Ces jours-ci, les républicains semblent plongés dans une émission de téléréalité. Peut-être quelque chose comme un Extreme Makeover (une transformation extrême) domiciliaire. Et les élections primaires approchant, c'est le temps de se choisir un sous-traitant.

Un texte de Yanik Dumont Baron correspondant à Washington

Les partisans venus écouter Donald Trump au New Hampshire ne laissaient aucun doute sur leur désir après huit années sous Barack Obama : tout démolir et se rebâtir à neuf.

« Il faut redresser notre pays, expliquait Bill Simpson, un policier à la retraite. Il faut que ça soit fait maintenant. Tant que nous avons un pays. »

Le milliardaire Trump propose de construire un mur entre les États-Unis et le Mexique. Ce n'est pas une figure de style. Donald Trump souhaite un mur semblable à celui qui est érigé par Israël en Cisjordanie.

« Ça ne me dérange pas, a-t-il précisé, s'il y a une belle et grande porte dans ce mur pour que les gens puissent entrer au pays légalement. Mais nous avons besoin de construire un mur pour garder les illégaux à l'extérieur. »

À en juger par les sondages, les républicains aiment l'idée du sous-traitant Trump. Même s'il semble vouloir bien verrouiller cette « belle et grande porte ».

Jugez-en par les suggestions mises de l'avant par sa campagne. Donald Trump propose une série de mesures pour favoriser l'embauche de citoyens américains. Il veut aussi expulser les quelque 11 millions d'immigrants sans papiers, et confisquer les remesas, ces fonds envoyés par des travailleurs vers leurs familles en Amérique latine. Il propose aussi de retirer la citoyenneté américaine aux enfants d'immigrants.

Tous influencés par Trump

Donald Trump est bien installé en tête dans cette course. Les idées du meneur influencent certains candidats républicains. Le gouverneur Scott Walker dit que ses suggestions sont « similaires » à celles de Trump. D'autres épousent aussi certaines de ses idées.

Ces discours attirent les électeurs aux opinions plus tranchées, plus strictes. Ceux qui ont une grande influence dans le choix d'un candidat pour la présidentielle. Et pour l'instant, les idées de Trump guident la discussion dans une direction qui donne des sueurs froides à plusieurs républicains. C'est un calcul politique qui les fait réagir ainsi.

Les Latino-Américains forment une part croissante de l'électorat. Dans certaines courses, leur appui est même vital. En 2012, leur vote est allé aux démocrates comme jamais. Pour eux, les positions de Trump ne font que repousser ces électeurs vers l'adversaire.

Dans cette maison américaine à rénover, une partie des habitants (l'élite du parti républicain, notamment) préfèrent une porte, avec moins de verrous. Plusieurs préfèrent une position comme celle de Jeb Bush, plus nuancée, plus compassionnelle.

« La grande majorité des gens qui viennent ici illégalement n'ont pas d'autre option. Ils veulent aider leur famille », affirme Bush. Ce dernier ne parle pas d'amnistie pour les sans-papiers, mais propose de légaliser leur présence ici.

Trump ne sera peut-être pas le choix des républicains pour 2016, mais il a réussi à ramener à l'avant-plan des questions que plusieurs voulaient taire. Un débat qui peut déchirer le parti. Et aider l'adversaire démocrate.

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