Retour

Donald Trump et la gênante décision des Penguins

CHRONIQUE - Dans la vie, il y a des moments où rester neutre constitue la pire des options. Il y a des moments où éviter de tracer une ligne entre le bien et le mal équivaut à prendre position en faveur du mal.

Dans un discours prononcé en Alabama vendredi dernier, le président des États-Unis, Donald Trump, a déclaré que les joueurs de la NFL qui s'agenouillent durant l'hymne national sont des « fils de putes » qui devraient être congédiés sur-le-champ. « Fired! », a-t-il crié une seconde fois, les yeux exorbités.

Au beau milieu d’un bastion de la discrimination raciale aux États-Unis, le président américain a donc réclamé que des athlètes noirs protestant pacifiquement contre le racisme soient congédiés pour s’être prévalus de leur liberté d’expression. Ce n’est pas rien.

Un peu plus tard, Trump a déclaré que la NFL est en déclin en raison des politiques qu’elle a récemment adoptées pour prévenir les coups à la tête. Pourtant, d'anciens footballeurs meurent prématurément chaque année à cause de multiples traumatismes crâniens subis durant leur carrière.

Il y a quelques semaines, après une manifestation d’un groupe suprémaciste blanc à Charlottesville (au cours de laquelle une contre-manifestante a été tuée par un néonazi ayant foncé dans la foule avec un camion), Donald Trump a refusé de blâmer les néonazis en déclarant qu’« il y avait des mauvaises personnes des deux côtés ».

Cette attitude du président américain, qui équivalait à cautionner le racisme, a depuis créé de vives tensions au sein de la société américaine.

Dans cette mouvance, la supervedette des Warriors de Golden State Stephen Curry a déclaré en fin de semaine qu’il n’allait sans doute pas participer à la traditionnelle visite des champions de la NBA à la Maison-Blanche. Le lendemain matin, Trump s’est emparé de son compte Twitter pour annoncer qu’étant donné les hésitations de Curry, l’invitation faite à son équipe était retirée!

LeBron James, qui compte 34 millions d’abonnés sur Twitter, a saisi l’occasion pour qualifier le président de « voyou » et pour souligner que Curry n’avait pas à être « désinvité » puisqu’il avait refusé de visiter la Maison-Blanche. Et James a ajouté pour conclure : « être reçu à la Maison-Blanche était un honneur avant que vous y soyez ».

***

L’an dernier, l’ex-quart des 49ers de San Francisco Colin Kaepernick a été le premier à s’agenouiller durant les hymnes nationaux pour dénoncer le racisme aux États-Unis. Et jusqu’en fin de semaine, seule une poignée de joueurs du circuit Goodell suivaient son exemple.

Toutefois, les positions prises par le président américain en fin de semaine font presque l’unanimité contre lui. Dans le monde du sport en tous cas.

Le combat entrepris par Kaepernick n’est plus un combat contre le racisme, mais plutôt contre la division. Les Américains veulent protéger la liberté d’expression, qui est sans doute leur valeur la plus chère. Ils s’élèvent contre le racisme et la discrimination. Ils en ont marre de voir leur président « lyncher » sur Twitter tous ceux qui expriment des idées ou valeurs contraires aux siennes.

Dimanche, environ 200 joueurs de la NFL ont protesté durant l’hymne national en posant le genou au sol, en restant assis ou en levant un poing vers le ciel. Trois équipes complètes sont carrément restées au vestiaire (les Steelers de Pittsburgh, les Seahawks de Seattle et les Titans du Tennessee) durant cette cérémonie d’avant-match. Un premier joueur du baseball majeur a commencé à s’agenouiller durant l’hymne national.

Au cours du dernier week-end, les commissaires de la NFL et de la NBA, ainsi que 11 propriétaires d’équipes de la NFL (certains figurant parmi les plus importants contributeurs à la caisse électorale de Trump lors de la dernière élection), ont vivement dénoncé les propos du président américain.

Et la charge était sonnée par nul autre que Robert Kraft, le propriétaire des Patriots de la Nouvelle-Angleterre, dont les liens d’amitié avec Trump sont notoires.

« Je suis profondément déçu du ton adopté par le président. Nos joueurs sont intelligents, censés et ils ont leur communauté à cœur. J'appuie leur droit d’influencer pacifiquement les changements sociaux et de sensibiliser les gens de la façon qui leur semble le plus efficace », a plaidé Robert Kraft dans un communiqué.

Pour ajouter à cette magistrale gifle, ces propriétaires sont descendus sur le terrain durant les hymnes nationaux, s’affichant bras dessus, bras dessous avec leurs joueurs qui protestaient.

Les positions de Trump sont donc dénoncées par certains de ses plus fervents partisans.

***

Bref, la société américaine traverse une crise sociale majeure. Sans doute sa pire depuis la guerre du Vietnam.

Et dimanche, pendant que les États-Unis vivaient cette journée absolument unique, les Penguins de Pittsburgh publiaient un communiqué pour annoncer qu’ils sont au-dessus de la mêlée et pour confirmer que « par respect pour l’institution du Bureau du président », ils ont bel et bien l’intention de visiter la Maison-Blanche avec la coupe Stanley au cours des prochaines semaines.

« Tout accord ou désaccord avec les politiques du président peuvent être exprimés d’une autre manière. Toutefois, nous respectons au plus haut point les droits des individus et des groupes qui s’expriment comme ils l’entendent », a fait valoir l’organisation des Penguins.

Certains diront que les Penguins comptent dans leurs rangs un grand nombre de Canadiens et d’Européens peu préoccupés par la politique américaine. Mario Lemieux, un Québécois, est copropriétaire des Penguins. Sidney Crosby (un Canadien) et Evgeni Malkin (un Russe) sont les deux plus grandes vedettes de l’équipe.

Mais au bout du compte, qu’on soit Américain, Canadien ou Brésilien, il y a des valeurs qui ne sont pas négociables.

En adoptant cette position bébête et simpliste, les Penguins n’adoptent pas une position neutre comme ils le croient. Ils se trouvent plutôt, par la bande, à légitimer un politicien qui veut brimer la liberté de parole, qui banalise le mouvement néonazi, qui adopte des politiques brimant la communauté LBGT et qui ridiculise même les mesures visant à réduire les commotions cérébrales (allô, Sidney Crosby?).

En franchissant la barrière donnant accès à la Maison-Blanche, les joueurs des Penguins témoigneront aussi d’un flagrant manque de respect et de solidarité avec leurs confrères des Steelers de Pittsburgh, qui jugeaient la situation suffisamment grave, dimanche, pour ne pas assister à la cérémonie de l’hymne national.

En agissant comme elle le fait, l’organisation des Penguins se dissocie aussi des vives préoccupations des 25 % de Noirs qui habitent Pittsburgh.

Quand un fabricant de jeans exploite des enfants et que vous achetez ses produits, vous n’êtes pas neutre. Vous prenez position. Quand des travailleurs sont en lock-out ou en grève et que vous franchissez les lignes de piquetage, vous n’êtes pas neutre. Vous prenez position. Dans la même veine, si le président américain s’attaque à des valeurs fondamentales et que vous acceptez d’aller vous faire photographier avec lui, vous n’êtes pas neutre. Vous prenez position.

Et c’est franchement désolant.

Plus d'articles

Commentaires

Vidéo du jour


Un tsunami de glace sème la panique!





Rabais de la semaine