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Donald Trump se débarrasse de Rex Tillerson; quelle sera la suite des choses?

La fin inattendue du mandat de Rex Tillerson, désormais ex-secrétaire d'État américain, ne représente que la plus récente étape d'une série de départs et de mises à pied ébranlant presque constamment l'administration du président Donald Trump aux États-Unis. Pour y voir un peu plus clair, le politologue Raphaël Jacob tente d'apporter quelques lumières.

La jungle, l'arène, ou encore plus simplement les portes tournantes : bien des termes viennent à l'esprit lorsque l'on parcourt la liste des gens ayant intégré l'équipe de Donald Trump, que ce soit avant ou après son arrivée officielle au pouvoir, et l'ayant ensuite quittée la tête haute ou dans le déshonneur.

Qu'il s'agisse de son ancien stratège Steve Bannon, de ses deux directeurs des communications Hope Hicks et Anthony Scaramucci - ce dernier demeuré en poste pendant 12 jours seulement -, de son chef de cabinet Reince Priebus, de son conseiller à la sécurité nationale Michael Flynn ou maintenant de son chef de la diplomatie, les emplois sont généralement de courte durée au sein de l'équipe du coloré président.

Cette fois, estime Raphaël Jacob, chercheur à l'Observatoire sur les États-Unis de la Chaire Raoul-Dandurand de l'UQAM, Donald Trump bat un nouveau record. Non seulement il passe par les réseaux sociaux pour officialiser le limogeage du responsable des Affaires étrangères, mais avec seulement un peu plus d'un an d'expérience comme chef de la diplomatie américaine, Rex Tillerson devient le secrétaire d'État au mandat le plus court depuis l'époque du président Ulysse S. Grant, au 19e siècle.

Entre les deux hommes d'affaires, entre le président et le secrétaire d'État, existaient d'importantes divergences d'opinions sur le fonctionnement souhaité des relations internationales américaines.

« Il y avait clairement des divergences politiques, mais aussi des différends personnels », précise l'analyste en entrevue à ICI RDI. « On se rappellera l'épisode, également assez surréel, de l'automne dernier, lors duquel Rex Tillerson aurait traité Donald Trump de "moron", et M. Tillerson ne l'aurait jamais nié après coup. C'était évidemment idéologique, évidemment politique, mais également personnel, et le climat s'était fortement envenimé depuis très longtemps. »

Autre moment de friction entre les deux hommes : le président avait profité d'un déplacement en Asie de M. Tillerson, encore une fois l'automne dernier, pour lui écrire sur Twitter qu'il « perdait son temps à vouloir parler avec la Corée du Nord », rappelle Raphaël Jacob.

« Comment voulez-vous faire votre travail comme secrétaire d'État lorsque votre patron met de telles embûches [sur votre chemin]? »

Mike Pompeo, la ligne dure de l'administration?

Le remplacement de Rex Tillerson par le patron de la CIA annonce-t-il un durcissement des positions américaines sur la scène internationale et une meilleure cohérence?

« Il n'y a déjà parfois pas de cohérence entre le point de vue du président et le point de vue du président », rétorque M. Jacob.

Selon ce dernier, l'évolution du dossier nord-coréen, dans le cadre duquel le président américain a effectué une volte-face complète en l'espace de quelques semaines, témoigne de cette volatilité d'esprit du chef d'État.

Impossible, donc, estime l'analyste politique, de prédire ce qu'il adviendra avec le prochain secrétaire d'État. Encore faut-il que la candidature de M. Pompeo soit confirmée par le Sénat, ce qui n'est pas encore garanti, soutient M. Jacob.

Peu importe l'identité du prochain chef de la diplomatie, celui-ci aura fort à faire : comme l'a mentionné M. Tillerson en quittant ses fonctions, les États-Unis sont aujourd'hui plus isolés qu'ils ne l'étaient il y a un an.

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