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Dons politiques en Ontario : un acteur, un milliardaire et d'ex-dirigeants de BlackBerry parmi les plus généreux

Si le projet de loi sur le financement proposé par les libéraux est approuvé, dans quelques mois les partis politiques vont entièrement dépendre des dons des citoyens pour remplir leurs coffres. Qui sont ceux qui donnent le plus généreusement aux partis à titre personnel?

Une enquête d'Alex Boissonneault et de Valérie Ouellet

Radio-Canada a analysé en profondeur les listes des donateurs des partis pour les dix dernières années. Les informations recueillies en disent long sur l'avenir du financement des trois grandes formations politiques ontariennes, si les dons des entreprises et des syndicats sont interdits en 2017.

Selon nos calculs, depuis 2005, les particuliers ont donné plus de 75 millions de dollars aux partis libéral, néo-démocrate et conservateur, ce qui représente environ 40 % des dons, incluant ceux recueillis lors d'élections générales et partielles, ainsi que lors des courses à la direction. 

Voici, par parti, les cinq donateurs les plus généreux : 

Le palmarès des libéraux rappelle un dossier chaud qui a fait les manchettes pendant des années. Deux des plus importants donateurs du parti sont nul autre que les ex-dirigeants de Research In Motion (BlackBerry), Michael Lazaridis et Jim Balsillie.

À eux deux, ils ont donné près de 260 000 $ au Parti libéral en dix ans, incluant les années pendant lesquelles ils étaient à la tête de l'entreprise. Les libéraux ont aussi pu compter sur l'appui financier de Heidemarie Balsillie, l'ex-épouse de Jim Balsillie, qui a donné 102 300 $ entre 2006 et 2011.

Pendant la même période, la compagnie Research In Motion a donné 174 645 $ en dons d'entreprise, principalement aux libéraux.

Qui est le mystérieux Adam Moryto, de loin le donateur le plus généreux de la décennie pour le Parti conservateur? Selon ses comptes Facebook et Instagram, Adam Moryto est un acteur canadien qui a, entre autres, tenu un petit rôle dans le film Born To Be Blue, présenté au Festival international du film de Toronto (TIFF) l'an dernier. Avant de faire du cinéma, il a été stagiaire à Queen's Park, à l'été 2010.

Le reste du palmarès est plus prévisible, incluant le riche homme d'affaires Prem Watsa, qui est directeur général de la société Fairfax Financial Holdings.

Selon nos chiffres, sa compagnie n'a fait qu'un don de 9 975 $ au Parti conservateur en 2015. Pendant la même période, Prem Watsa a donné dix fois plus d'argent en son nom personnel au même parti, soit 95 950 $ en deux versements. Il a aussi donné 28 575 $ au Parti libéral aux élections générales de 2011 et 2014.

Pas de président-directeur général ni d'acteur au palmarès des donateurs du NPD. En fait, le seul nom que nous sommes parvenus à lier au monde politique ou au monde de l'entreprise est celui d'Howard Hampton, l'ancien chef du parti néo-démocrate de l'Ontario, qui a donné 49 285,86 $ au parti en dix ans.

Un peu plus bas dans la liste, on retrouve le député néo-démocrate Peter Tabuns, qui a surtout contribué au parti lors des élections générales de 2011 et 2014, pour un total de 31 115 $ en dix ans.

Élections Ontario doit faire preuve de vigilance, disent des experts

Nos politologues sont d'accord : ce n'est pas parce que les entreprises ou les syndicats ne pourront plus donner qu'elles cesseront de vouloir influencer la joute politique.

La plupart vont chercher à augmenter leur présence à Queen's Park en ayant recours aux lobbyistes, mais d'autres pourraient être tentés d'exploiter des failles de la loi, ou tout simplement, de contourner les règles, croit Robert MacDermid, spécialiste du financement politique.

Le professeur MacDermid rappelle aussi que l'influence des compagnies peut également passer par les liens qu'elles ont avec les élus. « Tellement de politiciens sont liés personnellement à certaines corporations, et partagent leurs valeurs. »

Le politologue Brian Tanguay de l'Université Wilfrid-Laurier craint une répétition des dérives qui ont déjà été observées au Québec. Selon lui, l'Ontario doit s'assurer de ne pas répéter les erreurs du Québec, ou une enquête publique a révélé l'ampleur de la collusion entre le secteur de la construction et le monde politque.

Des noms difficiles à retracer

Découvrir les noms de particuliers qui ont donné le plus généreusement aux partis n'a pas été facile.

Nous avons dû filtrer des centaines de milliers de données d'Élections Ontario. Les fichiers contenaient beaucoup de fautes d'orthographe et souvent les noms contenaient des abréviations ou étaient épelés de plusieurs façons. 

Par exemple, le nom de Jim Balsilie, l'ex-PDG de la compagnie Research in Motion, était aussi écrit « James Balsillie » et « James Laurence Balsillie » pour d'autres dons. Afin de découvrir le montant réel versé par l'homme d'affaires aux partis, il a fallu tous les retracer. 

Selon Robert MacDermid, ce n'est pas un hasard s'il est aussi difficile de suivre la trace de cet argent.

Selon lui, l'Ontario devrait s'inspirer des États-Unis pour compiler ses données sur le financement des partis politiques : en plus du nom des donateurs, les registres fédéraux rapportent aussi leur adresse notamment pour qu'il n'y ait pas erreur sur la personne. 

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