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Dossier Joveneau : des Innus songent à intenter des poursuites

Des Innus d'Unamen Shipu et de Pakuashipi songent à intenter des poursuites après les témoignages entendus à l'Enquête nationale sur les femmes et les filles autochtones disparues et assassinées (ENFFADA) à Sept-Îles. Ils affirment étudier cette possibilité pour de présumées agressions sexuelles et pour le déplacement entre les communautés qui, selon eux, aurait été organisé par le père oblat Alexis Joveneau.

Un texte de Émile Duchesne

Le chef d’Unamen Shipu, Bryan Mark, affirme que le conseil de bande étudie la possibilité d’intenter une poursuite pour les cas présumés d’agression sexuelle.

Selon Bryan Mark, ces agressions sexuelles expliqueraient beaucoup de problèmes sociaux vécus aujourd’hui par la communauté.

Déplacements entre Unamen Shipu et Pakuashipi

Un aîné d'Unamen Shipu né à Pakuashipi, Ambroise Mark, affirme être en discussion aussi avec des avocats et pourrait déposer une poursuite dans le dossier du déplacement des Innus d'une communauté à l'autre. Selon Ambroise Mark, dans les années 1950 et 1960, le père Alexis Joveneau s’est rendu à Pakuashipi à plusieurs reprises avec des hommes d’Unamen Shipu dans le but de les marier à des femmes de Pakuashipi. Elles s'installaient ensuite à Unamen Shipu avec leurs familles, ce qui aurait fait diminuer la population du petit groupe innu de la rivière Saint-Augustin.

Il n'a pas été possible de contacter le conseil de bande de Pakuashipi pour savoir s'il étudiait lui aussi la possibilité d'intenter des poursuites dans ce dossier.

Ambroise Mark explique que le départ de ces familles mettait de la pression sur celles qui sont restées à Pakuashipi. Selon lui, c’était une stratégie du missionnaire Joveneau pour forcer le déplacement des familles restantes.

Ambroise Mark est d’avis que le déplacement des Innus de Pakuashipi est similaire aux mauvais traitements vécus par d’autres dans les pensionnats autochtones.

De fausses promesses

En 1961, c’est toute la bande de Pakuashipi qui a été déplacée à Unamen Shipu à bord du navire North Pioneer. Le père Joveneau leur avait promis des maisons, mais à leur arrivée à Unamen Shipu, il n’y avait rien pour eux. Ils étaient contraints de vivre sous la tente. Quelques années plus tard, les familles sont reparties à pied vers Pakuashipi. En représailles, le père Joveneau n'aurait pas donné d'aide financière pendant quelques années.

Chantage du gouvernement?

Ambroise Mark raconte qu'une rencontre a finalement eu lieu entre les chefs de famille de Pakuashipi et des représentants des gouvernements de Québec et d’Ottawa, accompagnés du père Joveneau. L'intention des représentants des gouvernements et du père Joveneau aurait été de tenter de convaincre, à nouveau, les Innus de quitter Unamen Shipu pour aller à Pakuashipi.

Mais les chefs de famille de Pakuashipi auraient refusé de signer le document, selon Ambroise Mark. Un de ceux-là, Shimun Mestenapeo, aurait répondu aux représentants du gouvernement : « Si vous voulez pas me nourrir, je vais me nourrir moi-même. Ça fait des siècles que je me nourris moi-même. Si vous ne voulez pas me nourrir, ne touchez pas à mes terres ».

Des discussions sont en cours avec des avocats pour déterminer les modalités des poursuites, si elles sont déposées. Impossible de savoir toutefois à quel moment elles seraient déposées, le cas échéant.

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