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Droit de vote et droits des femmes : l'héritage des suffragettes

Le 28 janvier 1916, les femmes du Manitoba deviennent les premières Canadiennes à obtenir le droit de vote. Un siècle plus tard, six Manitobaines influentes témoignent de l'héritage des suffragettes.

Un texte de Christine Gosselin

La rectrice sortante de l'Université de Saint-Boniface, Raymonde Gagné, considère que ce nouveau pouvoir accordé aux femmes a révolutionné leur vie. « L'obtention du droit de vote est le point tournant dans l'histoire des droits des femmes, leur permettant de passer à une nouvelle époque. Les rapports entre les femmes et les hommes ainsi que leurs rôles ont changé à partir de ce moment. »

Mariette Mulaire, la présidente-directrice générale du World Trade Center Winnipeg souligne que la participation plus active des femmes au niveau décisionnel ne pouvait que transformer la société. « La perspective de la femme est certainement différente de celle de l'homme et vice versa. »

L'héritage de femmes audacieuses

L'obtention du droit de vote des femmes au Manitoba est la réalisation des suffragettes, un mouvement international de femmes qui a vu le jour au Royaume-Uni. Elles organisent des manifestations et font du lobbying auprès des politiciens en espérant changer l'attitude discriminatoire à l'égard des femmes.

L'écrivaine Nellie McClung devient une figure de proue du mouvement dans les Prairies canadiennes.

Le 28 janvier 1916, l'Assemblée législative du Manitoba adopte à l'unanimité le projet de loi qui fait du Manitoba la première province à accorder le droit de vote aux femmes.

Pour Raymonde Gagné, le désir de revendiquer devant l'opposition féroce des politiciens et du clergé est une marque de courage. « Elles se font ridiculiser et se font accuser de vouloir bouleverser l'ordre naturel des choses. Elles sont fines politiciennes et des stratèges par excellence. Elles acceptent les échecs, mais ne lâchent pas. »

Mariette Mulaire admire l'audace de ces militantes. « Je pense que je serais si furieuse que le gros bon sens ne soit pas évident! Le droit de vote est un droit humain de base dans la même famille que le droit à un logement, le droit à un emploi parce que c'est simplement un droit au choix. » 

Du progrès et des inégalités persistantes

Gail Asper, présidente de l'organisme de bienfaisance privé qui a dirigé la création du Musée canadien pour les droits de la personne, est fière de constater que les droits acquis par les suffragettes permettent aujourd'hui aux femmes d'accéder à tous les champs d'études et d'emplois.

Selon Mme Asper, il faut maintenant régler le problème d'iniquité salariale, parce que trop de femmes vivent dans la pauvreté; mais aussi, revoir l'iniquité judiciaire d'un système qui, selon elle, se permet d'ignorer les femmes autochtones disparues ou assassinées.

Raymonde Gagné, la première femme rectrice de l'Université de Saint-Boniface, constate que malgré les progrès des cent dernières années les inégalités persistent : « Au Canada, en 2010, il n'y avait que 21 compagnies publiques sur 1000 qui étaient dirigées par une femme. »

Tournées vers l'avenir

Roxanne Joyal, née au Manitoba, porte maintenant plusieurs chapeaux, et ce, dans le monde entier. Elle est avocate, mère de famille et présidente-directrice générale de Me to We, une entreprise sociale qui propose des produits équitables et écologiques fabriqués par des femmes artisanes du Kenya, de l'Inde et de l'Équateur. « Des gens de tous les horizons se trouvent à mes tables de discussion. Je suis ravie de dire qu'il y a nombre de femmes qui travaillent chez ME to WE qui occupe des postes supérieurs. »

Actuellement, plus de 1400 femmes font partie de ce projet d'emploi. Elles inspirent Roxanne Joyal à travailler plus fort. « Elles se dévouent corps et âmes pour le bien-être de leur famille, une tâche qui repose souvent uniquement sur leurs épaules. Je respecte leur force et leur résilience à améliorer la vie de leurs enfants et de leur communauté. » 

La moitié des profits de ME to WE est versée à l'appui d'Enfants Entraide, un organisme de bienfaisance en éducation dont Roxanne Joyal est cofondatrice. Plus de  1, 7 million de jeunes de 45 pays ont participé à ses programmes.

Cliquez sur l'image pour lire les témoignages de Mariette Mulaire, de la Dre Sabine Mai, de Raymonde Gagné et de Sr Juliette Thévenot.

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