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Du noir à la lumière : le témoignage d'une victime de violence conjugale 

C'est une violence qu'on ne voit pas. Elle peut être physique, psychologique, verbale, passer par le contrôle financier ou sexuel. Cette violence est surtout répandue. Chaque année, des milliers femmes demandent l'aide du Regroupement des maisons pour femmes victimes de violence conjugale. 

Un texte de Marie-Laure Josselin

Marie-France a subi la violence verbale et physique de son conjoint pendant sept longues années. C'est lorsqu'elle a passé la porte, avec son fils, d'une de ces maisons d'hébergement qu'elle a senti « pour la première fois un accueil sans jugement, de l'amour vrai, donné sans coups, sans rien ». 

Son ex, lui, disait que cette violence était normale, qu'elle le méritait... Et elle le croyait. Victime, elle? Non, elle ne se voyait pas ainsi. Pourtant, elle était bien victime de violence conjugale. 

« Plusieurs ne le savent pas, précise une intervenante d'expérience, Valérie Mérette. Quand on leur parle au téléphone ou que l'on fait une évaluation, elles pensent qu'elles vivent une chicane de couple ou d'autres formes de violences, mais pas de la violence conjugale. »

La vérité les surprend.  « Souvent, c'est un grand choc et elles vivent beaucoup d'émotions : la honte, la culpabilité, la peur », énumère-t-elle. Mais rentrer dans une maison d'hébergement ne veut pas dire que tout est fini. Le Regroupement reçoit près de 40 000 appels par année. Pourtant, seules 22 à 28 % des victimes portent plainte.

Un travail méconnu 

Marie-France a mis du temps avant de réaliser que ce n'était pas de sa faute. Il y a aussi le harcèlement qui peut perdurer, grâce notamment aux cellulaires.

« Un homme qui est déterminé à vouloir contrôler sa conjointe, que la relation soit terminée ou non, il va continuer à la harceler. Ce qui devient plus difficile, c'est toute la nouvelle technologie, la géolocalisation, les textos [...] et nous devons être très vigilantes », explique la présidente du Regroupement, Sylvie Langlais. 

Pour écouter le témoignage de Marie-France, cliquez ici.

Marie-France, elle, a néanmoins choisi de témoigner à visage découvert, car, selon elle, se cacher revient à confirmer que « c'est honteux d'être une victime ».

« Tant que notre société ne réalisera pas que c'est justement un problème de société, tant que les gens ne réaliseront pas qu'on est tous responsables, tant qu'on ne prend pas position de manière claire, nette et précise face à cette problématique, les femmes vont toujours être victimes », poursuit Sylvie Langlais.

109 maisons d'hébergement

Au Québec, il existe 109 maisons d'hébergement pour femmes en difficulté ou victimes de violence conjugale qui offrent des services en interne, mais aussi à l'externe. Le Regroupement en compte à lui seul 44 et héberge 3000 femmes.

Malgré leur nombre, et malgré le fait qu'elles existent depuis 40 ans, le travail des maisons d'hébergement est encore méconnu. Et c'est justement pour se faire connaître que le Regroupement a lancé une nouvelle campagne d'information, qui s'inscrit dans le cadre de 12 journées de sensibilisation et d'action pour l'élimination de la violence à l'égard des femmes. La campagne culminera le 6 décembre, jour de la tuerie de l'École polytechnique.  

Un déjeuner d'hommes s'est par ailleurs tenu vendredi, une première au Québec. Son but : que des hommes publics prennent aussi la parole contre la violence à l'égard des femmes.

Des joueurs de football, des hommes politiques, des responsables syndicaux, le chef régional de l'Assemblée des Premières Nations du Québec et du Labrador, Ghislain Picard, y ont notamment participé.

La violence conjugale coûte plus de 4 milliards de dollars par année en frais sociaux et juridiques. Et pourtant, seulement une faible partie des cas de violence sont rapportés aux autorités. 

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