À l'instar de la récente étude internationale démontrant la présence de microparticules de plastique dans l'eau embouteillée, des chercheurs de Montréal en ont trouvé dans des bouteilles d'eau au Québec et ailleurs au Canada, selon une étude commandée par Radio-Canada/CBC.

Un texte de Jean-Philippe Robillard

Les chercheurs de l'Université McGill ont analysé l'eau de cinquante bouteilles provenant de quatre grandes villes canadiennes : Vancouver, Calgary, Toronto et Montréal. Ils ont mené des tests sur de l'eau embouteillée par les compagnies Aquafina, Eska, Dasani, Naya et Nestle Pure Life.

Les résultats préliminaires de l'étude révèlent qu'au moins 60 % des bouteilles analysées, toutes entreprises confondues, contenaient des microparticules de plastique, mais en faible quantité.

La professeure Nathalie Tufenkji et son équipe ont découvert 12 différents types de plastique dans les bouteilles, dont du polypropylène et du polystyrène. « Nous avons aussi trouvé des particules de rayonne, qui est utilisée dans la fabrication de linge. Certaines bouteilles contenaient du plastique que l'on trouve dans la fabrication de la bouteille. »

« Est-ce que ça vient au moment de la fabrication de la bouteille ou de l’embouteillage? » se questionne la spécialiste. « Ça peut aussi être des particules de plastique qui ont été dans l'air et qui se sont rendues dans la bouteille. »

Comme dans l'étude internationale parue il y a deux semaines, les chercheurs de McGill ont aussi découvert des particules encore plus petites (moins de 100 microns) dans les bouteilles. Dans certaines bouteilles, il y en avait plus de 1000 pour 500 millilitres d'eau. Les chercheurs doivent effectuer des analyses pour démontrer qu'il s'agit bien de plastique.

« Les nanoparticules, en raison de leur très petite taille, peuvent facilement pénétrer dans différents organes. On ne sait pas si ces particules poseraient des risques à la santé humaine », souligne la Pre Nathalie Tufenkji.

Pour Santé Canada, les fabricants ont la responsabilité de « s’assurer que les aliments et les boissons [y compris l’eau embouteillée] qu’ils produisent sont propres à la consommation et qu’ils ne contiennent aucune substance nuisible. »

L'organisme ajoute qu'« il n’existe aucune limite particulière en ce qui concerne la présence de particules de plastique dans les aliments et les boissons. Santé Canada estime toutefois que toute particule de 2,0 millimètres ou plus présente un risque éventuel pour la santé. »

« Jusqu’à maintenant, Santé Canada n’a été informé d’aucun produit alimentaire où la présence de microplastiques constitue un risque pour la santé. Si jamais il en découvre un, il prendra les mesures qui s’imposent », a assuré un porte-parole de l'organisme.

Les cinq entreprises dont nous avons testé le contenu des bouteilles nous ont envoyé des déclarations écrites dans lesquelles elles disent prendre au sérieux le contrôle de la qualité et la filtration. La plupart d'entre elles admettent que les microplastiques sont maintenant partout. Elles disent vouloir aider à trouver une solution.

« C'est toujours préoccupant »

Le vice-président de l'Association des embouteilleurs d'eau du Québec, Benoit Grégoire, estime que les résultats de l'étude menée par les chercheurs de l'Université McGill sont préoccupants. « N'importe quel contaminant possible est préoccupant dans une bouteille d'eau et c'est quelque chose qu'il faut que tous les embouteilleurs d'eau observent adéquatement. » Il croit cependant qu'il n'y a pas lieu de paniquer pour les consommateurs. « Est-ce qu'il y a des études qui prouvent, qui confirment ou qui infirment la toxicité à court, moyen et long terme chez l'humain? Non, pas encore », soutient-il.

Il rappelle que l'industrie de l'eau embouteillée doit répondre à des normes sévères et qu'elle est contrôlée par Santé Canada et par le gouvernement du Québec. Il dit également surveiller de près ce qui sort de son usine.

Benoit Grégoire affirme qu'il n'est pas étonné que les chercheurs de l'Université McGill aient trouvé des microparticules de plastique. Selon lui, le problème est attribuable en grande partie au plastique de la bouteille et du capuchon « Un bouchon avec une bouteille de plastique, ce sont deux plastiques qui vont se frotter ensemble, donc, par friction, il va y avoir usure et il va y avoir forcément des particules de plastique qui devraient tomber, mais ce n'est pas unique aux bouteilles d'eau. » M. Grégoire estime qu'on devrait aussi se pencher sur la question de l'emballage.

« On n'est pas surpris »

Pour Alice-Anne Simard, directrice générale de la coalition Eau secours, un groupe de militants environnementalistes, ces tests prouvent encore une fois que les entreprises d'embouteillage d'eau font de la publicité trompeuse. « Il y a beaucoup d'embouteilleurs d'eau qui vont faire la promotion de l'eau embouteillée comme une eau qui est plus pure, donc il y a vraiment une démonisation de l'eau du robinet qui est faite par ces compagnies-là pour pouvoir nous vendre leurs produits. »

Le vice-président de l'Association des embouteilleurs d'eau du Québec admet que l'industrie doit revoir certaines façons de faire. « Je pense qu'il faut revoir un petit peu comment on fait le marketing de nos produits, dit Benoit Grégoire. Est-ce que c'est nécessairement une bonne chose de blâmer ou de se comparer à l'eau du robinet? Je ne pense pas. Je pense qu'il faut garder en tête que l'eau embouteillée est un produit de consommation, au même titre que la boisson gazeuse, au même titre que n'importe quelle boisson du genre. »

Ce reportage a été réalisé en collaboration avec l’équipe de l’émission de CBC Marketplace.

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