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Échange massif de photos pornographiques : des victimes témoignent

Pornographie de vengeance, hameçonnage ou partage de photos osées... Des internautes s'échangent des milliers d'images à caractère pornographique sur des plateformes en ligne accessibles à tous, sans le consentement des personnes photographiées. Un phénomène qui prend de l'ampleur ces derniers temps en Atlantique.

Un texte de Margaud Castadère avec les informations de Catherine Dumas

Depuis plusieurs jours, des photos osées, voire pornographiques, de jeunes femmes en Atlantique se trouvent, à leur insu, sur des sites web. Certaines d'entre elles étaient même mineures lorsque les photos ont été prises.

C’est le cas de Samantha Estey, de Moncton. La jeune femme de 22 ans a appris l’an dernier d’une amie qu’une photo d’elle dénudée se trouvait sur Internet.

Sous le choc, Samantha consulte le site en question. Elle y trouve des photos d’elle, nue, face à son miroir de salle de bain. Elle avait 17 ans. Cette photo, elle l’avait envoyée à l’époque en message privé à un ancien copain.

La photo de Samantha se trouve parmi des centaines, voire des milliers d’autres visages et de silhouettes féminines présentes sur le site, qui réunit des images de femmes aux quatre coins de la planète. Le forum classe par régions les photographies, majoritairement de jeunes femmes, la plupart à caractère pornographique. Aux images sont associés le nom et la ville de résidence des personnes montrées, et parfois même leur lieu de travail.

« Les personnes peuvent rechercher plus et regarder sur Facebook par ton nom, par ta ville, où tu travailles... C’est beaucoup d’informations! Ce n’est pas moi qui ai mis ça. Je n’ai pas demandé pour ça », s’insurge la jeune femme de Moncton.

Le forum a ses règles. Si un utilisateur souhaite voir la photo d’une personne en particulier, il doit en ajouter une autre. « Comment ça fonctionne, c’est qu’il [un utilisateur ] request le nom d’une personne, et toutes les personnes sur le site qui ont des photos de cette personne les envoient pour que les gens puissent les avoir », explique Samantha.

Des sites dont la popularité augmente d’heure en heure

La popularité des sites a augmenté à une vitesse fulgurante depuis trois jours dans la région de Moncton, à la suite d’une publication partagée sur Facebook. Les demandes d’échange de photos ont alors grimpé en flèche.

« Depuis les dernières 32 heures, je reçois message après message de gens qui me disent qu’ils m’ont aperçue sur un site web. Il y a même des gens qui envoient des photos de moi », atteste Samantha.

Sasha Tardif a vécu la même histoire dans les derniers jours. La jeune femme de 24 ans originaire de Grand-Sault, au Nouveau-Brunswick, a appris, par l'entremise d'une amie, qu’une photo d’elle avait été publiée sur le forum.

Sa photo provient de son compte Instagram, qui est public. En échange de sa publication, un internaute a demandé une photo d’elle nue.

Sur le forum, elle dit avoir reconnu une dizaine de jeunes femmes, qu’elle a tout de suite tenté de joindre pour les avertir. « C’est un petit monde Moncton », lance-t-elle.

Pas de plaintes déposées jusqu'ici

Selon les porte-parole de la GRC des quatre provinces de l’Atlantique, aucune plainte n’a encore été déposée concernant ces échanges de photos.

La porte-parole de la force policière au Nouveau-Brunswick, Jullie Rogers-Marsh, affirme que dès que la GRC recevra une plainte, elle mettra sur pied une équipe d’enquêteurs.

La GRC rappelle que le simple fait de partager une photo explicite d’une personne sans son consentement n’est pas nécessairement un crime. Si la photo se trouvait sur un site public, tel que Facebook ou Instagram, le partage de cette image n’est pas illégal. Par contre, si la photo avait été envoyée par message privé, ou que cela concerne des mineurs, le partage devient illégal.

La police encourage les victimes à porter plainte ou, s'ils voient des photos d'enfants, à remplir un formulaire présent sur le site de la Centrale canadienne de signalement des cas d’exploitation sexuelle d’enfants sur Internet, cybertype.ca, avec laquelle elle coopère.

Entre peur et intimité bafouée

Même si Samantha et Sasha ont accepté de témoigner à visage découvert, elles avouent avoir peur.

Elles ont le sentiment que leur intimité a été bafouée.

« Je trouve que c’est très intrusif, c’est ta vie privée et ton identité. Si quelqu’un veut publier une photo d’elle-même, c’est O.K., mais demander des photos de quelqu’un et le demander à des personnes de la région, c’est épeurant », affirme Sasha.

Une sensibilisation nécessaire

Un sentiment d’impuissance les envahit face à cette situation. Leurs photos ont abouti sur ces sites d’échange à leur insu, et elles ne peuvent en arrêter la propagation.

« Quand tu dis qu’il y a des photos de toi sur Internet, l’attitude des gens c’est comme too bad, il n’y a rien que tu peux faire. C’est vraiment frustrant parce qu’il n’y a pas beaucoup de support », avance Samantha.

Pour Sasha, les jeunes ont grand besoin de sensibilisation concernant la publication de photos personnelles sur les réseaux sociaux.

« Nous devons leur dire ne pas envoyer de photo de vous, même si c’est une personne que vous aimez, car ces photos peuvent se retrouver dans n’importe quelle main », explique Sasha.

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