C'est le port passager le plus achalandé d'Europe, fréquenté chaque année par 20 millions de voyageurs. En ce mois d'avril, les imposants traversiers vers les îles grecques dominent le paysage du port du Pirée. Mais ces jours-ci, une myriade de tentes multicolores dressées çà et là leur font concurrence. Chacune de ces tentes héberge une famille venue de Syrie, d'Irak ou d'Afghanistan. Partout, les enfants jouent pour occuper les longues journées, mais l'ambiance n'est pas à la fête, car les migrants du Pirée y ont échoué bien malgré eux.

Jean-François Bélanger

  Un texte de Jean-François Bélanger

En tout, autour de 5000 migrants ont élu domicile ici, incapables de poursuivre leur route depuis la fermeture de la frontière avec la Macédoine. Marwan Ali a piqué sa tente dans le port du Pirée il y a déjà plus d'un mois et il refuse de bouger jusqu'à ce qu'on lui permette de se rendre en Allemagne.

Comme beaucoup d'Irakiens ici, il est membre de la communauté yézidie, cible principale des persécutions du groupe armé État islamique. Lorsqu'il a quitté sa maison dans la ville de Sinjar, il a tout laissé derrière. « Les gens de l'État islamique ne font pas de cadeau pour les yézidis qui ne veulent pas se convertir à l'islam, dit-il. Si nous étions restés, nous serions tous morts. »

La responsabilité de mettre à l'abri sa petite famille pèse lourd sur ses épaules surtout depuis cet arrêt forcé et prolongé en Grèce. Bien conscient que le port n'offre pas de conditions de vie adéquate pour sa femme et ses trois enfants, il craint de voir sa situation encore empirer s'il cède aux pressions des autorités qui souhaitent que les migrants s'installent plutôt dans un camp à l'abri des regards.

À l'approche de la saison touristique, les policiers se font de plus en plus insistants. C'est ainsi un peu la mort dans l'âme que Majid Sardany monte avec sa famille dans le bus à destination du camp. Ce Syrien de 20 ans, étudiant en économie, a habité le port du Pirée pendant un mois, mais les piètres conditions de vie ont eu raison de sa détermination.

Alors que le bus s'apprête à partir, il ne cache cependant pas son appréhension, car personne ne lui a précisé la destination.

Au milieu de cette atmosphère morose, le sourire de Redwan Eid se remarque aisément. Le jeune syrien s'exprime dans un anglais impeccable. Il explique avoir étudié la littérature anglaise et se destiner à une carrière de journaliste. S'il est venu jusqu'en Grèce, c'est après avoir épuisé toutes les options légales et officielles pour obtenir l'asile en Europe. Il raconte avoir été éconduit du consulat du Canada à Istanbul, où on lui a dit que le Canada ne reçoit les demandes d'asile qu'en Jordanie ou au Liban. Il s'est alors tourné vers la France, qui lui a adressé une fin de recevoir sans la moindre explication.

Heureusement pour lui, une fois arrivé en Grèce, la chance a tourné. Contre toute attente, il a pu déposer son dossier de demande d'asile en vue d'un transfert vers un des pays de l'Union européenne. Le mécanisme de redistribution des réfugiés, prévu depuis des mois, tarde à se mettre en place, mais Redwan veut croire en ses chances de se rendre en Irlande. En attendant sa convocation, il offre son aide en tant que traducteur bénévole aux ONG qui oeuvrent dans le port et se désole du sort des autres migrants laissés à eux-mêmes, sans information, sans perspective.

Il en veut surtout aux différents pays de l'Union européenne qui se rejettent la balle en permanence quand il s'agit d'accueillir des réfugiés, ce qui constitue pourtant une obligation légale dans le cadre de la Convention de Genève.

« Les gens sont bloqués ici, coincés entre l'un et l'autre pays qui jouent un sale jeu entre eux, dit-il. Pourtant, nous, tout ce que nous voulons c'est trouver un endroit où aller pour refaire nos vies. »

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