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Écrasement d’avion en Égypte : Moscou et Le Caire écartent la thèse d'un attentat

Un avion de ligne russe transportant 224 passagers et membres d'équipage s'est écrasé samedi dans le Sinaï. Il n'y a aucun survivant, selon les autorités russes et égyptiennes.

Le groupe armé État islamique affirme avoir abattu l'avion; les autorités avancent de leur côté qu'une défaillance technique est à l'origine de l'écrasement.

L'Airbus A-321 de la compagnie Kogalymavia, aussi connue sous le nom Metrojet, avait décollé de la station balnéaire égyptienne de Charm el-Cheikh à destination de Saint-Pétersbourg. L'accident s'est produit dans la région d'Hassana, une zone montagneuse du centre de la péninsule, peu après le lever du jour, précise le ministère égyptien de l'aviation.

Selon un membre des services de sécurité qui s'est rendu sur le site de l'écrasement, l'appareil est complètement détruit. « Je suis face à une scène tragique. De nombreux morts jonchent le sol et beaucoup sont décédés sur leur siège », a-t-il déclaré sous le sceau de l'anonymat. « L'avion s'est brisé en deux parties, une petite qui a pris feu côté queue et une plus grande qui s'est écrasée sur un rocher. »

Jusqu'à maintenant, 129 corps ont été récupérés. Des corps ont été retrouvés sur un périmètre de cinq kilomètres, dont certains étaient calcinés, ont précisé les responsables égyptiens de la sécurité.

Les deux « boîtes noires » de l'avion, qui ont enregistré des données de vol, ont été retrouvées et seront analysées, a confirmé le gouvernement égyptien.

Les autorités égyptiennes précisent que 214 passagers sont russes et 3 ukrainiens; on compte 138 femmes, 62 hommes et 17 enfants. Sept membres d'équipage se trouvaient à bord de l'avion, selon l'agence de presse RIA, qui cite une source proche de l'aviation civile russe.

L'Airbus immatriculé KGL-9268 avait décollé de Charm el-Cheikh à 6 h 51 (3 h 51 GMT). Le pilote aurait signalé un problème technique après 23 minutes de vol, alors que l'avion était à une altitude de 11 000 mètres. L'avion aurait alors perdu beaucoup d'altitude.

Le pilote aurait tenté d'atterrir à l'aéroport d'El Arich, près de la mer Méditerranée, mais les contrôleurs aériens ont perdu sa trace, a précisé Sergueï Isvolski, porte-parole de l'aviation civile russe, cité par l'agence Interfax. 

Un premier examen du site de l'accident montre que l'écrasement serait dû à une défaillance technique de l'avion, selon les services de sécurité égyptiens. Ils rapportent que l'avion a chuté verticalement, ce qui a brûlé de grandes parties de la structure.

L'avion qui s'est écrasé a été construit en 1997 et était exploité par la compagnie russe depuis 2012. Il avait accumulé 56 000 heures de vol et près de 21 000 vols.

Airbus indique que l'avion fonctionnait avec des moteurs V2500 de la société International Aero Engines (IAE), mais ne possède aucune autre information factuelle à ce stade.

L'EI revendique la responsabilité de l'écrasement

Rien n'indique que l'avion a été abattu, dit-on de sources proches des services de sécurité égyptiens. Le groupe armé État islamique en Égypte a toutefois affirmé sur Twitter être responsable de l'écrasement de l'avion. Le groupe indique avoir agi en représailles à l'intervention russe en Syrie.

Le nord de la péninsule est le théâtre depuis deux ans d'une insurrection islamiste qui a fait plusieurs centaines de morts dans les rangs de la police et de l'armée.

L'hypothèse d'un attentat terroriste commis de l'intérieur de l'avion ne peut pas être totalement exclue pour l'instant, selon des experts. « On voit deux gros morceaux de la carcasse de l'avion et d'autres partis éparpillés. Ça se pourrait qu'il y ait eu une explosion à l'intérieur de l'avion ou un sabotage », a affirmé à Radio-Canada André Marinier, conseiller principal en sûreté aérienne chez Aviation Strategies International.

La revendication par le groupe EI « ne peut être considérée comme exacte », a rejeté samedi le ministre russe des Transports, Maxime Sokolov. « Nous nous trouvons en contact étroit avec nos collègues égyptiens et les autorités aériennes de ce pays. À l'heure actuelle, ils ne disposent d'aucune information qui confirmerait de telles insinuations », a-t-il ajouté.

De leur côté, les transporteurs Air France et Lufthansa ont annoncé qu'ils ne survoleraient plus la zone du Sinaï jusqu'à nouvel ordre à titre de précaution.

La Russie ouvre une enquête

Le comité russe d'investigation a ouvert une enquête à l'encontre de la compagnie aérienne Kogalymavia pour « violation des règles de vol avec préméditation » après l'écrasement, rapportent les agences de presse russes. 

Les bureaux de la compagnie à Moscou ont fait l'objet d'une perquisition samedi et des documents ont été saisis. Le comité veut s'assurer que la compagnie aérienne a bien respecté les règles de sécurité.

Les agences de presse russes rapportent que des infractions à la réglementation ont été découvertes lors de la dernière inspection de routine faite à la compagnie, en mars 2014.

La compagnie aérienne aurait depuis remédié aux problèmes. Elle a affirmé n'avoir aucune raison de mettre l'écrasement de l'Airbus sur le compte d'une erreur humaine. 

Kogalymavia indique qu'une équipe de conseillers techniques se tient à la disposition des enquêteurs.

Par ailleurs, deux enquêteurs du Bureau enquête accident français accompagnés et six conseillers techniques d'Airbus se rendront dimanche en Égypte pour participer aux enquêtes.

Le président Vladimir Poutine a présenté ses condoléances aux familles, selon des agences de presse russes citant le service de presse du Kremlin. Le chef de l'État a ordonné à ses ministres de leur apporter toute l'assistance nécessaire, ajoutent-elles.

Le Kremlin a par ailleurs décrété un jour national de deuil, dimanche.

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