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Éducation sexuelle : alors que Québec va de l’avant avec son nouveau programme, l’Ontario revient à celui de 1998

La décision du gouvernement ontarien fraîchement élu de revenir au programme d'éducation sexuelle enseigné il y a 20 ans est « régressive », soutient le président de l'Association provinciale des enseignantes et enseignants du Québec.

« C'est quelque chose qui va dans le sens contraire de ce qui devrait se passer », a suggéré Sébastien Joly, appelé à commenter la mesure au cours d’une entrevue à CBC.

Mercredi, la nouvelle ministre ontarienne de l'Éducation, Lisa Thompson, a fait savoir que le programme d'éducation sexuelle enseigné aux enfants au cours de la prochaine année scolaire serait celui de 1998, alors que la version plus récente, mise en place en 2015, serait retirée.

Le retour au programme de 1998 demeurera en vigueur jusqu'à ce qu'un programme révisé voit le jour, après avoir consulté les parents, tel que l’avait promis le parti conservateur de Doug Ford en campagne électorale.

Le programme mis en œuvre par le précédent gouvernement libéral a suscité la controverse parmi des citoyens plus conservateurs sur le plan social. Il abordait notamment l'intimidation en ligne et le sextage.

Il abordait également les thèmes du mariage homosexuel, de l'égalité des sexes et de la masturbation, suscitant l’ire des opposants.

La chef de l'opposition officielle à Queen's Park, Andrea Horwath, a dénoncé la suspension du programme d'éducation sexuelle dans les écoles.

« C'est très troublant de constater à quel point le premier ministre est éloigné de la réalité, si ignorant sur ce qui se passe dans le monde aujourd'hui. Peut-être parce qu'il vient d'un monde plutôt privilégié, et c'est sans doute ce qui le fait écouter de petits groupes davantage que la majorité », a-t-elle jugé.

Pendant ce temps, au Québec

Alors que l'Ontario devrait faire ce changement de programme à l'automne, le Québec, quant à lui, recommencera à donner des cours d’éducation sexuelle. Ce sujet avait été retiré du programme scolaire il y a une dizaine d'années. En septembre, la matière sera obligatoire à tous les niveaux, à partir de la maternelle.

« Nous mettons en œuvre un programme d'éducation sexuelle beaucoup plus large, de l'élémentaire au secondaire, qui tient compte de la réalité d'aujourd'hui, a affirmé Sébastien Joly. Il aura une perspective beaucoup plus large sur les enjeux sexuels. »

Les modifications apportées sont le résultat de plusieurs années de travail, testées au cours d’un projet pilote de trois ans mené dans 200 écoles, a expliqué M. Joly.

Dans cette nouvelle approche, les enfants de la maternelle seront initiés à différentes notions telles que les parties du corps et la façon dont les bébés sont faits. Les élèves de 3e et 4e année apprendront ce qu’est l’homosexualité et l'homophobie. Des questions plus approfondies, comme la gestion des conflits dans les relations, seront apprises dans les classes plus âgées.

Il y a eu de la résistance de la part de parents, comme en Ontario, a indiqué M. Joly, relatant le fait que certains ont demandé à ce que leur enfant ne soit pas exposé au contenu du nouveau programme d'éducation sexuelle.

« Un autre élément, c’est évidemment les raisons religieuses, des croyances ou des raisons culturelles », a ajouté M. Joly.

Qu’apprendront les élèves?

L’ancien programme d’éducation sexuelle au Québec était davantage axé sur la santé, comme la prévention des maladies transmissibles sexuellement, et la planification des naissances, a dit M. Joly, qui a enseigné pendant 19 ans.

Presque aucun contenu n'était enseigné à l'école primaire, relate M. Joly; ils l’étaient plutôt au niveau secondaire, le tout dans une vision plutôt « étroite » de la sexualité, a-t-il indiqué.

« Les enseignants n'étaient pas nécessairement à l'aise d'aborder ces sujets avec les élèves dans la classe », a précisé M. Joly.

« Nous avons maintenant une vision beaucoup plus large de cette question, qui va au-delà de la seule composante mécanique. Elle parle beaucoup de relations, ainsi que d'autres éléments en lien avec la sexualité. »

Le nouveau programme inclura également des sujets comme le sextage et la pornographie en ligne. Ces sujets ne seront plus abordés en Ontario au cours de la prochaine année scolaire.

« Le sextage et les médias sociaux, qui se sont développés au cours des 15 dernières années, cela n'aurait évidemment pas fait partie de la discussion en 1998 », a dit le président de l'Association provinciale des enseignantes et enseignants du Québec.

M. Joly a dit craindre que les élèves ontariens soient « mal préparés » en apprenant un programme d'études vieux de 20 ans.

« Le rôle de l'école est de bâtir un esprit critique, de sensibiliser les jeunes à ces différents enjeux et, en fin de compte, de leur permettre de se protéger eux-mêmes », a-t-il avancé.

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