Le Blade Runner de Ridley Scott est depuis longtemps considéré comme un film culte. Une suite à la hauteur de ce chef-d'œuvre de science-fiction semblait irréelle, mais le réalisateur québécois Denis Villeneuve a réussi l'impossible.

Une critique de Louis-Philippe Ouimet

N'ayons pas peur des mots : Blade Runner 2049 est un grand film, somme toute ambitieux.

Trente ans après la dernière scène de Blade Runner, nous retrouvons Harrison Ford dans la peau de Rick Deckard, un traqueur de robots à l’apparence humaine (les réplicants) en compagnie d’un Ryan Gosling fascinant dans le rôle de son émule.

Il y a aussi l'ultime mégalomane, Niander Wallace (troublant Jared Leto), et son assistante Luv (surprenante Sylvia Hoeks).

Autour d'eux gravitent des humanoïdes et des humains en quête de leur propre humanité.

Et puis il y a des réponses, beaucoup de réponses, à des questions laissées en suspens dans le premier film. Ça surpasse tout ce qu'on avait pu imaginer.

Retour vers le futur

Le premier Blade Runner était librement inspiré du roman Les androïdes rêvent-ils de moutons électriques? de Philip K. Dick.

Avec la suite, on pousse encore plus loin la complexité des personnages imaginés au départ. Ces réplicants, humanoïdes plus humains que les humains, nous font rêver d'un monde sombre. Ce nouveau cauchemar est encore plus réel que l'original.

Dès les premières secondes, ce Blade Runner 2049 nous plonge lentement mais sûrement dans un monde intense, puissant et souvent violent. Denis Villeneuve s'est fait une fierté de veiller aux ambiances sonores dès le début du tournage, et non à la fin comme on le fait si souvent au cinéma. Les planchers craquent, les murs éclatent et on éventre avec délicatesse. Ce résultat stupéfiant pourrait bien mériter l'Oscar du meilleur montage de son (ex aequo avec Dunkerque).

Chaque image a été visiblement filmée avec passion par l'un des meilleurs directeurs de la photographie, Roger Deakins, qui, une fois de plus, se surpasse. Plusieurs scènes ont été imaginées en tableaux, peints avec des tons d'orange et d'ocre. Puis il y a ce noir urbain enrobé de néons, un poème en soi. Pourquoi pas ici aussi un possible Oscar?

Une machine bien huilée

Le long métrage a bénéficié d'un budget de 200 millions de dollars américains et de près de 120 jours de tournage en Hongrie.

Il faut saluer le courage de Denis Villeneuve, qui s'est fié à sa caméra plutôt qu'à des ordinateurs pour créer ce monde de rêves. Les décors sont réels et le jeu des acteurs en sort gagnant.

Si Harrison Ford est à la hauteur, c'est Ryan Gosling qui vole la vedette. Bien malin sera celui qui entendra des fausses notes dans l'interprétation du reste de la distribution.

Pas parfait, mais...

Le rythme est lent, parfois trop, dans ce film de deux heures et quarante minutes. Un souhait du réalisateur qui, visiblement, s'est éloigné du simple divertissement pour nous faire vivre une véritable expérience cinématographique.

On ne va pas voir ce film pour s'amuser, mais pour le vivre.

Vous vous souvenez de la première fois, celle où vous avez vu Lawrence d'Arabie (David Lean, 1962), Apocalypse Now (Francis Ford Coppola, 1979), ou plus récemment Dunkerque (Christopher Nolan)? Comme ces œuvres, Blade Runner 2049 est un film qui nous habite. C'est à prendre ou à laisser.

Bien sûr, cette superproduction n'est pas parfaite, à l'image de ces réplicants et de ces humains. Certaines scènes auraient pu être raccourcies, voire retranchées. Mais encore là, qui sait si le film n'aurait pas perdu en profondeur en lui insufflant plus de rythme. Les amateurs de vitesse et de films d'action gonflés à bloc seront déçus.

Blade Runner 2049 est-il meilleur que l'original? Difficile à dire, puisque les deux films sont tellement différents.

Ce qui est certain, c'est qu'il faut impérativement voir le premier comme le deuxième dans une salle de cinéma. Visionner ces œuvres autrement serait trop dommage. Sinon ces précieux moments de cinéma seraient « perdus dans le temps comme des larmes le sont dans la pluie ».

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