La pièce de Robert Lepage et d'Ariane Mnouchkine Kanata sera produite sans l'implication d'Autochtones. Lors de la rencontre d'hier avec les cosignataires de la lettre ouverte publiée dans Le Devoir il y a quelques jours, les metteurs en scène ont été catégoriques sur ce point.

Un texte de Gabrielle Paul

« Ils [Robert Lepage et Ariane Mnouchkine] nous ont demandé de leur faire confiance et d'attendre de voir la pièce », dit la réalisatrice abénaquise Kim O'Bomsawin, l'une des cosignataires qui ont participé à la rencontre.

La rencontre, qui s'est terminée à 23 h jeudi soir, a donné lieu à de nombreux débats philosophiques.

« Il y a eu beaucoup d'échanges sur ce que c'est le théâtre finalement. C'est surtout parce qu'eux revendiquent le droit que n'importe qui peut personnifier l'autre », raconte-t-elle.

« Personnellement, je me suis rendu compte qu'on était devant deux postures philosophiques irréconciliables », ajoute-t-elle.

« Une des cosignataires, Maya Mollen Cousineau , leur a dit "Excusez-moi, mais vous parlez à des peuples qui ont été censurés pendant plus de 400 ans. On en connaît un bail sur la censure et ce n'est pas ça qu'on fait". »

« Il n'y aura pas de tribunal, précise Kim O'Bomsawin. On avait de grands questionnements sur la démarche artistique. Quand on nous a dit que les sujets des pensionnats et des femmes autochtones assassinées ou disparues allaient être abordés sans qu'on fasse partie de l'aventure, on a eu très peur. »

Autre proposition

Ariane Mnouchkine a invité des troupes de théâtre autochtones à aller collaborer au Théâtre du Soleil, à Paris.

Kim O'Bomsawin demeure quant à elle prudente.

« Les gens de théâtre étaient très heureux de ça, dit-elle. Ça assure une représentativité autochtone dans le théâtre, mais ça n'assure pas le succès de Kanata. »

Les craintes persistent

Malgré le dialogue entamé, Kim O'Bomsawin croit que Kanata risque de heurter certaines personnes.

« J'ai peur de l'accueil que ça va avoir dans nos communautés, confie-t-elle. Ça va être douloureux pour beaucoup de personnes. Les pensionnats ne sont pas une blessure du passé, c'est encore une plaie béante. »

« Oui, les grands principes de théâtre du genre "l'autre peut jouer ma souffrance", dans les faits, c'est vrai, mais après on s'expose à faire plus de tort que de bien au nom de l'art. »

« Plus j'y pense et je me dis "À quoi ça sert, quel est le rôle de l'art si aucune responsabilité sociale ne vient avec ça?" », se demande la réalisatrice.

« Kanata est une incohérence »

Robert Lepage pilote actuellement le projet du théâtre Le Diamant, à Québec. L'une des lignes directrices de ce projet est l'implication des Premières Nations.

« Robert Lepage est un ami des Premières Nations depuis de nombreuses années, rappelle Kim O'Bomsawin. Kanata est une incohérence. Même pour Mme Mnouchkine, qu'on sent comme une femme progressiste. Elle a fait des pièces formidables en impliquant des gens des communautés qui étaient concernées. Elle collabore d'habitude avec les principaux intéressés du sujet. »

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