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Star Wars : Les derniers jedi, « revivre son premier amour »

[CRITIQUE] L'attente aura été longue, mais elle en aura valu la peine. La force est avec Star Wars, épisode VIII : Les derniers jedi, sans aucun doute le meilleur film de la série depuis Le retour du jedi, sorti il y a 35 ans.

Une critique de Louis-Philippe Ouimet

L’univers de Star Wars est parsemé de fausses bonnes idées (les épisodes I, II et III, sortis entre 1999 et 2005), d’une occasion ratée (l’épisode VII : Le Réveil de la force, sorti en 2015) et d’un brillant sursaut de lucidité (Rogue One : Une histoire de Star Wars (2016)). Certains nostalgiques avaient soif de retomber en amour avec un Star Wars imprévisible, haletant, au scénario soigné et qui en même temps répondrait à plusieurs questions laissées sans réponse. Star Wars : Les derniers jedi est tout ça et bien plus.

Luke, je suis ton…

Les films de Star Wars sont articulés autour d'un juste mélange de retrouvailles, de résurrections et de crises existentielles sur fond de combats au sabre laser et de menaces provenant d’armes de destruction massive. Il est toujours hasardeux d’effectuer des variations sur un même thème avec des personnages que le père de la psychanalyse, Sigmund Freud, aurait peut-être aimé recevoir dans son bureau.

Dans ce nouvel opus de cette épopée intergalactique, on ne vous révèle rien en vous disant que le Premier Ordre (le méchant Snoke, le troublé Kylo Ren et des milliers de soldats impériaux) cherche encore et toujours à anéantir à tout jamais la Résistance (la tenace Rey, l’ambivalent Finn, le farouche Poe, la princesse Leia et une poignée de combattants). Le Mal veut tuer le Bien, à moins que ce ne soit le contraire. Oh, et il y a un Luke Skywalker version hipster qui se demande entre autres s’il doit retourner à bord du Faucon Millenium ou rester sur son île habitée par des créatures pieuses et voilées. Tout est en place pour que ce film soit une simple redite. C’est tout le contraire qui se produit.

Que la force soit avec toi

Depuis les débuts de Star Wars, maître Yoda s’est évertué à dire à ses apprentis Jedi que tout est une question d’équilibre dans la Force. Le jeune réalisateur Rian Johnson (à qui l'on doit notamment Looper) a bien appris la leçon en jouant habilement entre la noirceur et la lumière, faisant de ce film un exercice d’équilibriste réussi.

Tout en respectant l’intention originelle, il fait avancer le récit comme jamais auparavant. Le véritable exploit de ce 8e épisode est de susciter une certaine émotion dans le cerveau reptilien du fan de la première heure tout en éveillant la curiosité du millénaire et en se gardant le loisir de divertir le nouveau venu dans l’univers Star Wars. « La peur est le chemin vers le côté obscur », disait Yoda. Les producteurs de cet épisode ont osé sortir des sentiers battus et ils ont évité des raccourcis parfois utiles en matière de cinéma hollywoodien et essentiels pour vendre des produits dérivés. Bien sûr, il y a de drôles de petits animaux pour nous faire sourire et quelques répliques teintées d’humour, mais sans plus.

Ce film de deux heures trente minutes aurait pu s’enliser dans les sables mouvants d’un scénario faible et sans nuance. Nettement plus solide que dans l’épisode précédent, l’intrigue fait place à une certaine noirceur chez des personnages pourtant essentiellement lumineux. Et on voit bien que nos héros bien intentionnés peuvent faire le mal. Parfois, le spectateur ne sait plus sur quel pied danser, et c’est tant mieux.

L’épisode VIII ne cesse de nous surprendre par ses revirements de situation. Bien vite, on en arrive à apprécier Rey (Daisy Ridley), Kylo Ren (Adam Driver) et Poe Dameron (Oscar Isaac), des personnages fraîchement débarqués de l’épisode VII. On ne peut maintenant plus se passer d’eux.

Retour à un certain esthétisme

Tout en prenant en compte que Les derniers jedi est un film grand public, il faut applaudir ce quelque chose de cinématographiquement grandiose dans cette œuvre. Alors que l’épisode IV, Un nouvel espoir, faisait dans le blanc beige, que l’épisode V, L’Empire contre-attaque, faisait dans le bleu et que l’épisode VI, Le Retour du Jedi, faisait dans le vert, le nouveau film est celui du rouge. La grande salle du trône du méchant Snoke est d’un rouge éclatant, mettant la table à la scène finale tout aussi rouge et qui est à couper le souffle. Il fallait non seulement y penser, mais aussi bien exploiter ce filon.

Même les chorégraphies des combats ont un réalisme qui nous rappelle les premiers films. On revit notre premier amour. Ajoutez à cela qu’il n’y a pas de temps mort ni de scène inutile dans ce film réglé au quart de tour et dans lequel la direction de la photographie vole souvent la vedette.

« Fais-le ou ne le fais pas. Il n'y a pas d'essai », disait Yoda

Il faut bien l’avouer, Le réveil de la force nous avait laissés un peu sur notre faim. Les derniers jedi est le film qu’on n’attendait plus de la part du propriétaire de la franchise, Disney. Et c’est tant mieux : on peut enfin savoir ce qu’est réellement devenu Luke Skywalker, un Mark Hammill resplendissant, après que celui-ci eut brûlé le corps de son père, le méchant Dark Vador, à la toute fin du Retour du jedi.

La mauvaise nouvelle : la suite ne verra le jour qu’en décembre 2019 et elle sera réalisée et scénarisée par J.J. Abraham, à qui nous devons Le réveil de la force. La bonne nouvelle, Disney aurait confié au réalisateur des Derniers jedi, Rian Johnson, les commandes d’une toute nouvelle trilogie de Star Wars qui pourrait voir le jour en 2020.

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