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Employés demandés à Jasper... mais pas de place pour les loger

Avec le 150e anniversaire de la Confédération et l'entrée gratuite dans les parcs nationaux, la municipalité de Jasper prévoit une saison touristique estivale record. Toutefois, cette bonne nouvelle vient avec un inconvénient de taille : les employeurs ne sont pas en mesure de trouver la main-d'oeuvre nécessaire parce qu'il n'y a pas assez de logements disponibles dans cette localité située au coeur des Rocheuses albertaines.

Un texte de Marie-Pier Mercier

Les hôtels affichent déjà complet pour la grande majorité de l’été à Jasper. Certains entrepreneurs se sont préparés à la vague d'achalandage qui les attend, mais la plupart n’ont pas été en mesure de l'être.

C’est le cas de Wendy et Mark Kellis, propriétaires du restaurant Karouzo's. Il est difficile pour le couple d’attirer de nouveaux employés.

Mark est le chef cuisinier de l’établissement. Il espère pouvoir engager un assistant sous peu, parce qu’en ce moment, il travaille de 8 h à 23 h tous les jours.

« C’est une entreprise familiale, la situation a toujours été comme cela, mais cette année est définitivement pire que les autres », affirme Wendy Kellis.

Il y a environ 400 postes disponibles à Jasper et seulement 40 % d’entre eux incluent le logement. « Cela devient bien difficile de remplir les autres postes parce qu’il n’y a pas de place où loger les employés dans la communauté », explique Ginette Marcoux, directrice du Centre emploi et éducation de Jasper.

Puisque les parcs nationaux sont régis par des règles très strictes, il est impossible d’agrandir la zone de construction dans la municipalité ni de construire plus haut que deux étages, ajoute-t-elle.

« En tant qu’employeur, poursuit Wendy Kellis, la solution c’est d’acheter une maison pour loger nos employés. Mais avec les prix des maisons qui peuvent atteindre 700 à 800 000 $, ce n’est pas quelque chose qui peut se faire du jour au lendemain. »

« On arrive toujours avec le même problème : pas de logement, pas de travail », explique Yves Marchand, lui aussi propriétaire d'un restaurant, le Lou-Lou's Pizzeria.

C’est pour cette raison que lui et son associé ont pris la décision d’acheter une maison avec les profits de leur entreprise pour loger leurs futurs employés. Cette année, il a engagé quatre Philippins. Ils paient leur loyer avec l’argent gagné au restaurant.

« À la mi-août, le gros problème, c’est qu’environ 50 % de nos employés retournent aux études. Cette année, nous avons pris des mesures en fonction du 150e en engageant cinq personnes qui vont pouvoir être avec nous jusqu’à la fin de la haute saison, qui s’est terminée au mois de novembre l’année dernière », dit-il.

L'organisme Jasper Community Housing Corporation est en train d’établir une stratégie afin de créer plus de logements dédiés au personnel et aux aînés, a déclaré la municipalité dans un communiqué.

Jasper négocie également le rapatriement d'une partie des pouvoirs de planification de son territoire, présentement réservés à Parcs Canada. Un processus qui risque d'être long.

« Je dois avouer que nous en sommes seulement au début des pourparlers, mais nous progressons vers la bonne direction », a déclaré Patty Pavlov, directrice générale de la Chambre de commerce de Jasper.

La jeunesse à la rescousse

Il manque tellement d’employés que plusieurs employeurs engagent de jeunes adolescents pour subvenir à leurs besoins. Puisqu'ils ont déjà un toit à Jasper, beaucoup de jeunes de 12 à 14 ans travaillent dans les restaurants et les hôtels de la municipalité, selon Ginette Marcoux.

Bien qu’il soit légal pour ces adolescents de travailler en hôtellerie, les employeurs doivent toutefois respecter des règles particulières. Par exemple, les jeunes ne peuvent pas travailler plus de 2 heures par jour lors d’une journée scolaire et pas plus de 8 heures lors d’une journée normale. Ils ne peuvent pas non plus travailler après 21 h et avant 6 h le matin, et les parents doivent donner leur autorisation écrite à l’employeur.

« Nous avons besoin d’éduquer les parents et les employeurs pour protéger nos jeunes adolescents, parce que ce n’est pas tout le monde qui connaît la loi. Pour cette raison, les règles ne sont pas toujours respectées », ajoute Ginette Marcoux.

En raison de ses difficultés de recrutement, le couple Kellis a dû engager à plusieurs reprises des jeunes de la région au cours des dernières années.

Leurs deux enfants font d’ailleurs partie de l’équipe depuis qu’ils ont 12 ans.

« Moi je n’engage pas du 13-14 ans. C’est trop jeune », soulève pour sa part Yves Marchand. Il a pris la décision d’engager des jeunes à partir de 17-18 ans, dont sa fille qui s’est envolée du Québec pour venir travailler à Jasper cet été. « En bas de cet âge-là, on prend de gros risques. C’est sérieux la business » conclut-il.

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