Retour

En Hongrie, des policiers lancent des sandwiches aux migrants

La police hongroise ouvrira une enquête afin « d'établir les faits » après la diffusion d'une vidéo montrant des policiers lançant des sandwiches à des migrants au camp de Roszke.

La vidéo filmée secrètement par une bénévole autrichienne montre des dizaines de migrants s'entassant entre des clôtures dans une grande salle. Ceux qui sont à l'avant reçoivent des sandwiches des mains des policiers portant casques et masques hygiéniques.

Or, ceux qui sont à l'arrière se bousculent pour recevoir les sandwiches lancés par des agents. On retrouve dans cette foule chaotique des femmes et des enfants. Certains escaladent les barrières ou lancent des sifflements pour tenter d'attirer l'attention des autorités.

La vidéo a été diffusée sur la page YouTube de l'homme politique autrichien Alexander Spritzendorfer. Elle a été filmée par l'épouse de ce dernier, Michaela Spritzendorfer-Ehrenhauser.

Des personnes présentes déplorent la façon dont la scène s'est déroulée. « C'était comme nourrir des animaux enfermés dans un enclos, comme un Guantanamo en Europe », a déclaré Klaus Kufner, collègue de Mme Spritzendorfer-Ehrenhauser.

« C'était inhumain, et cela dit aussi quelque chose de ces gens [les migrants], de voir qu'ils ne se sont pas battus pour la nourriture, alors que manifestement ils avaient très faim », a de son côté dit Michaela Spritzendorfer-Ehrenhauser.

William Apindler, porte-parole du Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés, a réagi vendredi à ces images. « Les réfugiés qui viennent en Europe cherchent à se protéger des souffrances qu'ils ont vécues, on doit les traiter humainement. On ne doit pas les recevoir à coups de bâton, de gaz lacrymogène. Ni les enfermer dans des endroits clôturés », a-t-il déclaré.

Les droits des migrants en Hongrie

Plus tôt cette semaine, l'agence de l'ONU pour les réfugiés avait critiqué les conditions très dures du camp hongrois de Roszke. Le Haut Commissariat pour les réfugiés est la seule organisation internationale qui peut aller voir la situation dans les camps, mais de façon très limitée et sans pouvoir apporter de l'assistance.

« C'est un rôle de surveillance », explique en entrevue à 24/60 Catherine-Lune Grayson, chercheuse au CÉRIUM et à l'Observatoire canadien sur les crises et l'action humanitaire.

La communauté internationale a une capacité essentiellement morale d'imposer le respect des droits des réfugiés à la Hongrie, précise Mme Grayson. « On s'attend à ce que les pays qui adhèrent à certaines conventions les respectent et, après, on fait des pressions pour qu'ils les respectent. »

La Hongrie reçoit un afflux record de migrants au cours des dernières semaines. Ces derniers traversent les frontières du pays pour tenter d'atteindre l'Europe occidentale.

La Hongrie est l'un des pays européens, avec la Grèce et l'Italie, qui reçoivent le plus de demandeurs d'asile parce qu'ils sont près de la frontière.

Or, depuis plusieurs mois, le premier ministre hongrois dit qu'il ne veut pas de réfugiés dans son pays et qu'il n'y a pas de problème de réfugiés en Hongrie, souligne Frédéric Merand, professeur agrégé et directeur du Centre d'études et de recherches internationales à l'Université de Montréal.

« Le paradoxe, c'est que les propositions européenne et allemande, c'est de relocaliser les demandeurs d'asile, les redistribuer pour que chaque pays ait à assumer son propre fardeau au niveau européen. Et là, Orban joue un drôle de jeu, parce que d'un côté, il dit qu'il y a trop de demandeurs d'Asile en Hongrie et il les traite de manière peu humaine, mais d'un autre côté, il s'oppose à toutes les propositions qui viseraient justement à européaniser la question », remarque M. Merand.

Situation fragile à la frontière gréco-macédonienne

Jeudi, des militaires macédoniens débordés par un afflux important de migrants ont parfois utilisé la force pour contenir la foule.

Des centaines de réfugiés ont attendu des autobus sous la pluie battante à la frontière gréco-macédonienne, les trains étant arrêtés en raison d'une grève des conducteurs de locomotive macédoniens. Un très petit nombre de policiers tentait de contenir une foule parfois agitée. On peut voir sur certaines images des policiers intervenant à coups de matraque.

Selon une responsable de l'ONU citée par l'agence officielle macédonienne MIA, environ 7600 migrants sont entrés en Macédoine entre jeudi soir et vendredi matin, un record depuis le début de la crise migratoire.

Plus d'articles

Commentaires