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Énergie Est : à TransCanada de convaincre la population, dit Trudeau

De passage à l'hôtel de ville de Montréal mardi matin, le premier ministre canadien a déclaré qu'il revenait à TransCanada, et non au gouvernement fédéral, de convaincre la population que son projet d'oléoduc Énergie Est est « dans l'intérêt de tous ». Le rôle d'Ottawa, dit Justin Trudeau, est plutôt d'agir comme un « arbitre responsable » dans ce dossier.

Un texte de François Messier

« Ce n'est pas au gouvernement fédéral de décider à l'avance quels projets il veut faire ou ce qu'il veut pousser », a fait valoir M. Trudeau au terme de cette rencontre d'environ 30 minutes. « Le rôle du gouvernement fédéral, c'est de mettre en place un processus par lequel TransCanada ou toute autre compagnie pourrait aller démontrer qu'un projet est dans l'intérêt public et d'avoir l'approbation des Canadiens. »

Ce nouveau processus d'évaluation environnementale, qu'il a promis de mettre sur pied en campagne électorale, « va regarder l'ensemble des émissions de gaz à effet de serre liées à un projet, qui va bâtir sur le travail déjà fait, et qui va donner une occasion pour les Canadiens, les différents paliers de gouvernement, les scientifiques, les peuples autochtones, de se prononcer et de participer à la prise de décisions », a-t-il précisé.

« Mon objectif, c'est de reconnaître qu'une des responsabilités d'un gouvernement du Canada, c'est de pouvoir trouver des façons d'exporter nos produits, nos ressources, de façon responsable », a ajouté le premier ministre lorsqu'on lui a demandé s'il avait fait pression sur l'administration Coderre dans ce dossier. « Au 21e siècle, ça implique une responsabilité environnementale, une approbation communautaire, un partenariat avec les communautés autochtones. »

Attaqué, Coderre réplique

Attaqué par une bonne partie de la classe politique albertaine et par l'opposition conservatrice à Ottawa, le maire Coderre a défendu la décision des 82 maires de la Communauté métropolitaine de Montréal de rejeter le projet d'oléoduc Énergie Est dans sa forme actuelle. Il n'a toutefois pas fermé la porte de façon définitive au projet de TransCanada.

« Ce que je retiens du premier ministre aujourd'hui, c'est toute cette notion de responsable, et de trouver cet équilibre - il l'a dit depuis le début, on le salue - entre le développement économique et le développement durable », a pour sa part commenté le maire Coderre, en saluant la volonté d'Ottawa d'agir comme arbitre.

Lundi, Denis Coderre a accusé TransCanada d'être « une compagnie très arrogante qui ne veut pas nous parler », de ne pas avoir fait ses devoirs, dénonçant entre autres l'absence de plan de contingence. « Prenez-vous-en à la compagnie qui n'a pas fait son travail! » a-t-il lancé.

Le maire argue que le projet actuel comporte trop de risques pour des retombées économiques négligeables. Selon lui, le projet va se traduire par « 33 jobs et au plus 2 millions de dollars aux municipalités par année », alors qu'il va traverser des cours d'eau, des boisés et des milieux humides le long des 110 km du territoire montréalais.

Un projet porteur pour le Québec, plaide Deltell

Selon le député conservateur Gérard Deltell, le premier ministre Trudeau « n'assume pas ses responsabilités » en refusant d'appuyer résolument un projet qu'il juge profitable pour l'économie canadienne et québécoise. « Quand un projet est bon pour l'économie canadienne, il est du devoir d'un premier ministre du Canada d'être présent pour que ce projet aille de l'avant », a-t-il plaidé à l'émission Midi Info.

Selon M. Deltell, le projet va aussi engendrer des retombées d'un milliard de dollars lors de sa phase de construction, et va permettre de créer 3000 emplois. Il ajoute aussi que les raffineries de la province peuvent bénéficier du projet, bien qu'il soit essentiellement destiné à l'exportation. « Nous avons deux raffineries pétrolières au Québec, qui pourraient très bien être clientes de ce pétrole-là, plutôt que de faire affaire avec l'étranger », a-t-il souligné. « Ce serait très porteur pour notre économie locale. »

« M. Coderre, [...] quand il parle des Pierrafeu, c'est pas exactement ce qui permet un bon dialogue à travers le Canada », a encore dit le député conservateur. Il a cependant convenu que TransCanada n'avait peut-être pas été à la hauteur dans ses efforts pour convaincre la population du bien-fondé de son projet. « TransCanada a peut-être des devoirs à faire là-dessus et [doit] se regarder dans le miroir », concède-t-il.

Interrogée dans le cadre de la même émission, la ministre albertaine de l'Environnement, Shannon Phillips, s'est montrée très diplomate en assurant que le gouvernement néo-démocrate de Rachel Notley entend adopter une approche « respectueuse » envers les autres provinces dans ce dossier. « L'acceptabilité sociale au Québec est aussi importante que l'acceptabilité sociale au Manitoba, en Alberta ou en Colombie-Britannique », a-t-elle affirmé.

Elle assure que son gouvernement n'entend pas s'engager dans « de petites batailles avec les autres niveaux de gouvernement ou d'autres provinces » dans ce dossier. « Nous pensons que nos actions vont démontrer au pays que nous sommes sérieux à propos de deux choses : le développement économique, ici en Alberta, et dans tout le Canada, et aussi nos responsabilités environnementales, pas seulement ici en Alberta, mais aussi pour tout le pays ».

TransCanada doit bonifier son projet, dit la CAQ

À Bromont, où il participe au caucus de son parti, le porte-parole de la Coalition avenir Québec en matière de finances publiques, François Bonnardel, a affirmé que la société TransCanada devait bonifier son projet.

« Il faut satisfaire, rassurer les Québécois, les maires, et je pense que TransCanada a bien compris la situation », a-t-il déclaré.

M. Bonnardel a expliqué que son parti refusait d'écarter le projet Énergie Est, puisque le pétrole albertain va inévitablement transiter par le Québec, par train ou par bateau, sinon par oléoduc. Il demande cependant au gouvernement Couillard de négocier de plus importantes retombées économiques pour le Québec.

« On est assurément capable de négocier avec TransCanada pour avoir plus de redevances pour le Québec », a-t-il fait valoir.

« S'il passe un million de barils de pétrole par jour sur le territoire québécois, ce sera au premier ministre et au ministre des Ressources naturelles à définir combien vaut ce baril de pétrole, combien on peut laisser sur la table pour le Québec, et recevoir minimalement des sous jusqu'au jour où le pipeline ne sera plus fonctionnel. »

Le projet d'oléoduc de 4600 km vise à acheminer quotidiennement 1,1 million de barils de pétrole des sables bitumineux albertains jusqu'à Saint-Jean, au Nouveau-Brunswick. L'essentiel de ce pétrole doit être exporté, mais une partie doit permettre d'approvisionner les raffineries de Suncor à Montréal et de Valero à Lévis.

Le coût du projet, dont le tracé définitif demeure à l'étude, est désormais estimé à 15,7 milliards de dollars, selon la dernière version du projet soumise par TransCanada à l'Office national de l'énergie. Le gouvernement doit d'ailleurs redéfinir les normes d'évaluations pour les projets en cours comme Énergie Est.

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