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Énergie Est : les opposants remontent aux barricades

Une cinquantaine de groupes écologistes, des représentants du mouvement autochtone Idle No More et des politiciens québécois ont signé une déclaration commune pour réitérer leur opposition au projet de pipeline Énergie Est de TransCanada.

Écrite par l'économiste et professeur de sociologie Éric Pineault et la coalition Coule pas chez nous, la déclaration invite la population québécoise à former un front commun pour barrer la route au projet. Le rejet d'Énergie Est, peut-on y lire, « repose sur notre mobilisation collective ».

Les signataires y réitèrent leur « refus catégorique et sans compromis » d'un projet qui constitue une « menace aux écosystèmes, à notre santé, ainsi qu'au climat de notre planète » et leur opposition à « toute tentative d'expansion du complexe des sables bitumineux » albertains.

« L'oléoduc de TransCanada est bien plus qu'un simple tuyau où couleraient 2000 litres de pétrole à la seconde », notent-ils. « C'est un piège écologique, économique, social qui nous enfermerait pour plusieurs décennies dans la dépendance à une croissance dopée aux hydrocarbures extrêmes. »

Le texte évoque des arguments abondamment utilisés par les environnementalistes : danger pour les 860 cours d'eau que traverserait le pipeline, destruction de milieux naturels, augmentation de la pollution issue de l'exploitation des sables bitumineux et nécessité d'effectuer une transition énergétique, comme il a été convenu dans l'accord de Paris sur le climat.

Un livre destiné à servir d'outil aux militants

La déclaration coïncide avec la sortie d'un livre de M. Pineault intitulé Le piège Énergie Est. Sortir de l'impasse des sables bitumineux, décrit par les Éditions Écosociété comme « un outil pour barrer la route à cette menace ».

« En ce moment, on parle beaucoup d'acceptabilité sociale [...] , de dialogue, de conversation, de mesures pour atténuer les impacts, pour augmenter les retombées du projet », a dénoncé M. Pineault en conférence de presse.

La porte-parole de Coule pas chez nous, Anne-Céline Guyon, a d'ailleurs fait savoir que les droits d'auteurs du livre seront versés à la fondation créée par l'organisme.

« C'est un projet qui a une durée de vie estimée de 40 ans », a aussi rappelé M. Pineault. « Sur 40 ans, ce n'est pas :"il y a un risque de déversement". C'est :"il va y avoir un déversement". Reste à savoir ou, comment et de quelle ampleur et comment l'entreprise va réagir pour minimiser les impacts de ce déversement. »

Maïtée Saganash Labrecque du mouvement Idle no More a pour sa part dénoncé un « projet insensé » qui « n'apportera rien au Québec ni à ses peuples », et qui constitue notamment « une menace pour les Premières Nations ».

« En polluant leurs rivières, leurs lacs et leurs terres, on participe à la destruction déjà bien entamée de plusieurs modes de vie déjà précaires », a-t-elle fait valoir.

Des signataires issus des milieux écologistes, sociaux et politiques

La déclaration est signée par les groupes écologistes les plus réputés, dont Équiterre, Greenpeace, Nature Québec, Eau secours et la Fondation David Suzuki et plusieurs regroupements citoyens régionaux.

La Confédération des syndicats nationaux (CSN), le Syndicat de la fonction publique et parapublique du Québec (SFPQ) et l'Union paysanne l'ont aussi signée, tout comme la députée de Québec solidaire Manon Massé, le député bloquiste Xavier Barsalou-Duval et le conseiller municipal Craig Sauvé.

Parmi les autres personnalités qui appuient la cause, on note l'ex-député péquiste Camil Bouchard, l'auteur et metteur en scène Dominic Champagne, l'économiste Ianick Marcil, l'humoriste Christian Vanasse, et la militante Laure Waridel.

La députée péquiste Martine Ouellet était présente pour la conférence de presse de M. Pineault, mais son nom n'apparaît pas dans la liste des signataires. Elle affirme qu'en tant qu'élue, elle n'a pas voulu s'immiscer dans une démarche citoyenne.

Un projet qui avance lentement

Le ministre québécois de l'Environnement, David Heurtel, a annoncé la semaine dernière que TransCanada a accepté de se conformer à la loi québécoise en soumettant la portion québécoise d'Énergie Est au Bureau d'audiences publiques en environnement (BAPE), ce qu'elle avait refusé jusqu'ici.

La pétrolière a donc déposé un avis de projet, et elle devra produire une étude d'impact sur l'environnement d'ici le 6 juin 2016.

TransCanada soutient cependant que son avis de projet « est déposé de manière volontaire et sous réserve de toute opinion qu'Énergie Est pourrait avoir au sujet
de l'application des lois provinciales au projet Oléoduc Énergie Est ».

Depuis le début du débat sur Énergie Est, la firme albertaine a toujours maintenu la position que le pouvoir d'autoriser le projet relève uniquement de l'Office national de l'énergie, une institution fédérale. Québec affirme pour sa part que le projet doit être soumis à la loi québécoise.

Si tout se déroule comme prévu, les audiences du BAPE sur le projet reprendront en octobre. Un rapport final pourrait ainsi être remis au gouvernement en février 2017, qui pourrait rendre une décision en 2018.

Ces audiences devaient originalement reprendre lundi dernier, mais ont finalement été suspendues.

Cela signifie qu'on « repart sur de nouvelles bases », a précisé cette semaine un porte-parole du BAPE au Devoir, et que 300 mémoires produits en vue de cet exercice ne seront jamais publiés, une décision dénoncée par des environnementalistes.

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