ANALYSE - Plus que jamais, la viabilité des projets pétroliers au Canada repose sur un prix élevé du pétrole. À environ 50 $ le baril, les entreprises énergétiques sont obligées de retourner à la table à dessin. C'est ce qu'elles font d'ailleurs depuis 2014, alors que les cours ont chuté de moitié. Et c'est ce que vient de faire TransCanada en abandonnant le projet d'oléoduc pancanadien Énergie Est.

La preuve que ce projet n’était plus intéressant sur le plan financier pour TransCanada, c’est l’annonce qu’elle va prendre une charge comptable d’un milliard de dollars dans ses résultats financiers du 4e trimestre. Autrement dit, même à un milliard de dollars, le coût de renonciation à ce projet est plus avantageux que sa réalisation, selon l’entreprise. C’est tout dire...

L’enjeu financier est clairement celui qui pousse TransCanada à tout laisser tomber. Plus le temps avançait, moins le projet Énergie Est devenait pertinent. La valeur ajoutée s’est évanouie au fil du temps, alors que le premier ministre Justin Trudeau a annoncé en novembre 2016 une hausse d’environ 25 % de la capacité de transport du pétrole par pipelines au Canada en approuvant deux projets.

Cette annonce est survenue après l’inversion de la canalisation 9B entre l’Ontario et le Québec, puis a été suivie de l’approbation du projet Keystone XL par l’administration Trump.

La capacité des pipelines actuellement au pays s’élève à 4 millions de barils par jour. Il faut ajouter 1,5 million de barils par jour, en matière de capacité, pour atteindre les objectifs de l’industrie en 2030.

Le gouvernement Trudeau a réglé le problème!

Or, l’approbation de la rénovation de la canalisation 3 ajoutera 370 000 barils par jour alors que celle du projet Trans Mountain en Alberta et en Colombie-Britannique viendra ajouter une capacité de 590 000 barils par jour. Avec le projet Keystone XL, qui doit permettre de transporter quotidiennement 830 000 barils de l’Alberta au Texas, on réalise que ces trois seuls pipelines vont permettre à l’Alberta d’atteindre ses objectifs de production bien avant 2030.

L’industrie du pétrole cherche à compresser ses coûts afin de réduire le prix d’équilibre nécessaire pour atteindre la rentabilité. Elle cherche aussi de nouveaux débouchés afin de produire plus et d’écouler son pétrole à meilleur prix. Et elle espère un prix du pétrole plus élevé, ce qui est assez difficile à contrôler.

Cela dit, l’ajout de capacités supplémentaires pour transporter du pétrole devrait avoir pour effet de réduire l’écart des prix entre les marchés américain et canadien. Avec la capacité qui augmente, les experts s’attendent à ce que le prix du baril au Canada monte au même niveau que le prix américain. Actuellement, il y a toujours un escompte sur le prix canadien, de 10 à 15 $ par baril.

L'effet au Nouveau-Brunswick

La décision de TransCanada est négative à court terme pour le Nouveau-Brunswick. C’est 3700 emplois qui devaient être créés durant la construction et 260 emplois envisagés durant l’exploitation du port pétrolier à Saint-Jean. Ce n’est pas une perte sèche pour le Nouveau-Brunswick, personne ne perd son emploi aujourd’hui. Mais c’est une occasion d'affaires qui s’échappe.

Le Canada n’est pas en voie d’atteindre ses objectifs en matière de réduction des émissions de gaz à effet de serre. L’abandon du projet Énergie Est est, certes, un pas positif sur le plan environnemental. Mais, comme on vient de le voir, il est peu probable que ça vienne ralentir la croissance du secteur pétrolier au pays.

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