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Enfants autochtones au N.-B. : des intervenants lancent un cri du coeur

Au Nouveau-Brunswick, les enfants autochtones sont plus nombreux à passer leur enfance dans une famille d'accueil que les enfants non autochtones. Les intervenants du milieu dénoncent le manque de financement et de ressources.

Un texte de Fanny Samson

Selon des données compilées par le ministère fédéral des Affaires autochtones et du Nord, 216 enfants autochtones ont été confiés à une famille d'accueil en 2015 au Nouveau-Brunswick. Un nombre qui varie légèrement d'une année à l'autre.

Près du quart des enfants pris en charge par l'État sont autochtones. Pourtant, les enfants autochtones ne représentent que 3 % des enfants de la province.

L'ancien ombudsman et défenseur des enfants du Nouveau-Brunswick, Bernard Richard, n'est pas surpris.

À la fin du mois de janvier, le Tribunal canadien des droits de la personne a conclu que le gouvernement fédéral a discriminé les enfants autochtones, en ne leur offrant pas le même niveau de services sociaux que celui offert aux autres petits Canadiens.

« Le modèle de financement du fédéral encourage presque les agences autochtones à prendre les enfants en charge plutôt que de les laisser dans leur famille et de fournir des services de soutien », affirme Bernard Richard.

Sous-financement

Le jugement du tribunal précise aussi que le sous-financement du soutien à la famille entraîne une augmentation du nombre d'enfants autochtones qui doivent être placés en famille d'accueil ou en adoption.

« Le Tribunal canadien des droits de la personne a dit qu'il faut tenir compte des réalités différentes plus difficiles qui existent dans les communautés autochtones dans le financement », dit Bernard Richard.

Il ajoute que tous les coûts liés à la prise en charge sont remboursés, mais que les services de prévention et d'intervention sont sous-financés.

La directrice d'une agence responsable de fournir des services aux autochtones de la province, Joanne Brun Cormier, dénonce le manque de financement. « On a le même mandat que les travailleurs sociaux du ministère du Développement social du Nouveau-Brunswick, on a les mêmes attentes, mais avec beaucoup moins de ressources et d'argent », explique-t-elle.

Les problèmes dans les réserves autochtones sont nombreux selon l'ancien ombudsman du Nouveau-Brunswick. « Par exemple, le syndrome d'alcoolisation foetale : le taux est 20 fois plus élevé dans les communautés autochtones », précise Bernard Richard.

À cela s'ajoutent les problèmes de dépendance, les grossesses adolescentes, le décrochage scolaire et les démêlés avec la justice.

Aide provinciale et fédérale

Depuis la publication d'un rapport sur le bien-être à l'enfance des Premières nations du Nouveau-Brunswick, publié en 2010 par le bureau de l'ombudsman, plusieurs initiatives ont été mises en place par le gouvernement provincial.

« Plusieurs initiatives sont reliées à nos recommandations, la province a accepté toutes nos recommandations, explique Bernard Richard. Par exemple, ils ont embauché des autochtones au ministère du Développement social pour assurer des rapports plus étroits avec les agences. »

Le gouvernement provincial s'est aussi engagé à fournir de la formation complète. Mais selon Joanne Brun Cormier, cette aide n'est pas suffisante.

Le changement le plus important est la restructuration des agences autochtones, acceptée par le gouvernement fédéral. En ce moment, 10 agences desservent les 15 communautés autochtones de la province. Le projet vise à réduire leur nombre à trois. « Une pour desservir les communautés Micmacs, une pour les Malécites et une pour la communauté d'Elsipogtog », précise Bernard Richard, qui coordonne le projet.

Ce sera cependant aux chefs des bandes de prendre la décision pour la transition finale en juin.

Statut d'Indien

Plusieurs changements apportés au fil des ans à la loi sur les Indiens font que plusieurs Autochtones n'ont pas droit au statut d'Indien. Par conséquent, les autochtones sans statut qui vivent quand même dans les réserves ne sont pas pris en compte par la formule de financement fédérale.

« On a de plus en plus d'enfants qui vivent sur les réserves qui sont sans statut. Moi, je ne reçois pas une cenne du fédéral ni du provincial et je dois aider ces enfants et ces familles-là », raconte Joanne Brun Cormier.

« On l'a dit à la province plusieurs fois, on a eu plusieurs discussions pour avoir du financement pour ces enfants-là sans statut, mais la province continue de nous dire : nous, on a des autochtones qui vivent hors réserve et on s'en occupe, alors ça revient au même », affirme-t-elle.

Avenir meilleur

À la suite de la décision du Tribunal canadien des droits de la personne, la ministre fédérale des Affaires autochtones, Carolyn Bennett, a assuré qu'il y a un changement d'attitude de la part de son ministère. 

Pour l'instant, le gouvernement Trudeau n'a pas spécifié quels changements seront apportés, mais sur le terrain, on sent déjà un changement de ton.

« Il y a une ouverture, il y a moins de résistance bureaucratique. On sent qu'il y a une ère de plus grande collaboration qui s'amorce, mais il reste qu'il faut que ça se traduise par des investissements concrets, indique Bernard Richard. C'est clair qu'on n'est pas au bout du tunnel encore, mais on voit la lumière. »

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