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Enquête sur les femmes autochtones : les leçons à retenir de la commission Oppal

Le Canada lancera sa toute première enquête nationale sur les femmes autochtones disparues et assassinées jeudi. À la veille de ce moment historique, Wally Oppal, ancien procureur général de la Colombie-Britannique et enquêteur public, partage les leçons apprises de son enquête provinciale sur les femmes disparues et assassinées.

Un texte de Catherine Logan

Lancée en 2010, la Commission Oppal a examiné le travail des policiers ainsi que les évènements qui ont mené à l'arrestation du tueur en série Robert Pickton.

L'homme incarcéré visait les femmes autochtones en guise de proie, et le commissaire Oppal a vivement critiqué le travail de la police de Vancouver ainsi que celui de la Gendarmerie royale du Canada (GRC).

Trop peu de temps

Bien que l'ancien procureur général de la Colombie-Britannique confirme que les commissaires de l'enquête nationale sont « hautement qualifiés », Wally Oppal craint que l'échéancier du projet soit trop serré.

« Le défi sera de suivre le plan qu'ils se sont fixé », explique-t-il.

L'enquête publique de la commission Oppal devait prendre 15 mois, mais il a fallu une prolongation de 11 mois pour mener à bien le projet.

La question de la police

Lors de l'enquête Oppal en 2010, le Service de police de Vancouver a coopéré et a offert ses excuses aux familles des femmes disparues. Toutefois, la Gendarmerie royale du Canada n'a présenté des excuses qu'« aux trois quarts de l'enquête », affirme le Britanno-Colombien.

Les familles qui ont témoigné auprès de la commission ont été confrontées à plusieurs obstacles quand elles essayaient de signaler la disparition d'un membre de la famille.

Le juge à la retraite se rappelle toujours certains de ces témoignages-là. « Ils me disaient que lorsqu'ils sont allés demander de l'aide auprès de la police, des agents leur ont répondu, "Désolé, mon gars, mais on n'a pas le temps de chercher des prostituées", ou bien "Ta fille est toxicomane ; que voulez-vous que nous fassions?" »

L'ancien commissaire prévient que les enquêteurs pourront également avoir des problèmes à mettre la main sur des dossiers policiers.

« En théorie, s'il n'y a pas eu d'arrestation ou de mise en accusation [dans le cadre d'une affaire], le dossier reste ouvert, explique Wally Oppal. Ces cas-là sont considérés alors comme des enquêtes en cours, car la découverte ou la divulgation de nouveaux renseignements pourraient permettre de résoudre l'affaire. »

Si un dossier est réactivé par des informations mises en lumière dans le cadre de l'enquête nationale, la police ne pourra plus faire de commentaires à son sujet, retardant ainsi le travail de la commission.

Un lourd fardeau émotif

En sa qualité de procureur spécial, Wally Oppal a poursuivi plus d'une cinquantaine d'affaires de meurtre au cours de sa carrière. Toujours est-il que son rôle de commissaire de l'enquête sur les femmes disparues reste le plus éprouvant sur le plan émotif.

« Ce sera très difficile pour eux [les commissaires de l'enquête nationale], relate-t-il. Pourtant, ce sont quand même des personnes très compétentes qui ont d'excellents antécédents [qui leur permettront de composer avec leur travail]. Ils se débrouilleront fort bien. »

Une évolution de l'éthique publique

Malgré les difficultés auxquelles il était confronté en 2010, M. Oppal se dit encouragé par un changement de la perception du public qu'il a observé au cours des dernières années.

En 2010, la communauté a répondu à la question des femmes autochtones disparues et assassinées avec de l'indifférence, affirme Wally Oppal. « Au moins là, il s'agit d'une bataille de moins pour les commissaires. »

Avec des informations de Stephanie Cram et Holly Moore.

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