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Entente avec les médecins spécialistes : l'opposition veut un report post-électoral

Les deux principaux partis d'opposition à l'Assemblée nationale demandent au gouvernement Couillard de reporter la signature officielle de la plus récente entente conclue entre Québec et les médecins spécialistes après le prochain scrutin. Ce faisant, le Parti québécois (PQ) et la Coaltion avenir Québec (CAQ) visent à faire de cet épineux dossier une question électorale.

Alors que le ministre de la Santé, Gaétan Barrette, a fait mardi l'apologie de l'entente conclue avec la Fédération des médecins spécialistes du Québec (FMSQ), le chef de la CAQ, François Legault, a lui imploré le premier ministre Couillard de ne pas la signer avant le résultat de la prochaine élection générale. Il réclame que le gouvernement attende le verdict populaire.

« Le gouvernement Barrette-Couillard veut passer un sapin aux Québécois », a déploré M. Legault.

« C’est injuste que les médecins spécialistes gagnent plus que les médecins de l’Ontario, mais que les autres travailleurs du réseau de la santé du Québec gagnent moins que les Ontariens », a-t-il ajouté, avant de répéter qu'il faut absolument attendre l'élection du prochain gouvernement, le 1er octobre, avant d'entériner cette entente.

« C’est rare, mais je suis d’accord avec François Legault », a déclaré le chef du Parti québécois, Jean-François Lisée. « On demande que l’entente [avec les médecins spécialistes] ne soit pas signée, qu'elle ne soit pas appliquée. »

« Je fais le pari que le nombre de médecins qui sont contre cette entente, qui se disent qu’ils aimeraient avoir l’argent, mais que ça nuit à leur réputation, augmente quotidiennement, a-t-il poursuivi. Et qu’après l’élection, nous aurons le mandat de rouvrir l’entente et nous auront des interlocuteurs valables. »

« Mon premier objectif est de négocier avec des gens qui se rendent compte que ce 3 milliards de dollars là, ce n’est pas dans leur poche que ça doit aller, mais dans la qualité des soins aux patients », d'ajouter M. Lisée.

Québec « paie ses dettes »

Le premier ministre Couillard est intervenu dans les coulisses de l’Assemblée nationale pour défendre l’entente avec les médecins spécialistes en début d'après-midi, mardi. Il a répété que l’entente ne faisait que respecter les engagements du gouvernement envers les médecins spécialistes tout en assurant plus de services pour les patients.

« On paie nos dettes, on paie ce qui était accumulé [par les spécialistes], c’est de l’argent qui vient d’ententes précédentes. Il n’y a pas d’argent neuf », a-t-il répété.

« On regarde les chiffres de salaires. Par rapport au citoyen moyen, ce sont des chiffres de revenus qui sont excessivement élevés. Je comprends tout à fait ça. Par contre, on est dans le milieu médical nord-américain, canadien. » M. Couillard avance que les médecins spécialistes sont rendus à parité et même « parfois un peu au-dessus » par rapport à leurs collègues continentaux, selon certaines études.

Le premier ministre accuse M. Legault de vouloir entretenir un « climat de conflit » entre le gouvernement et les médecins spécialistes jusqu’à l’élection générale de l’automne prochain.

Attentes budgétaires réduites

Mardi, toujours, le ministre Barrette a soutenu que l'entente conclue avec la FMSQ permettait d'économiser suffisamment d'argent pour réduire ses attentes budgétaires.

Un article paru dans La Presse avançait que le ministre Barrette réclamait 5,2 % d'augmentation budgétaire pour son ministère dans le prochain budget alors que le Conseil du Trésor consentirait à lui octroyer une hausse de 4 %.

Or, selon le ministre de la Santé, interrogé peu après en journée, « l’entente dont on a convenu la semaine dernière, qui entraîne une économie substantielle, vient réduire la pression des demandes que l’on fait à la Santé lorsqu’arrive la question du budget ».

Écarté des négociations avec la FMSQ par son patron Philippe Couillard, le ministre a en outre chanté les louanges de l’entente conclue par son collègue Pierre Arcand, du Conseil du Trésor.

« Le chiffre dont on a besoin – que je ne dévoilerai pas évidemment aujourd’hui – il est à la baisse, considérant l’entente qu’on a signée vendredi passé, a-t-il souligné. L’abandon de la clause remorque, qui a été identifiée à 5,25 %, faites le calcul sur une période de cinq ans, vous allez comprendre que la pression est beaucoup moins importante qu’elle ne l’était. »

Questionné sur le prétendu bras de fer qui se jouerait entre le Conseil du Trésor et lui, M. Barrette a indiqué que tous les ministres défendent les intérêts budgétaires de leur ministère à l’approche du dépôt du budget.

« On a des conversations très positives et constructives pour ce qui est du budget, a déclaré le ministre de la Santé. Nos échanges avec les Finances et le [Conseil du] Trésor sont excellents. Je vous dirais qu’il y a lieu d’être optimistes. »

Des tensions normales pour un secteur « inflationniste »

Professeur à l’école de sciences infirmières de l’Université de Victoria, Damien Contandriopoulos estime qu’il est normal que des tensions apparaissent entre le ministre de la Santé et le Conseil du Trésor à la veille du dépôt d’un nouveau budget. « Le secteur de la Santé est un secteur très inflationniste, c’est-à-dire que les dépenses en santé augmentent nettement plus vite que la richesse collective et que le reste des dépenses de l’État », a-t-il expliqué en entrevue à l'émission Midi info.

Il souligne que les autres postes budgétaires, comme l’Éducation, seront directement touchés par les importantes hausses salariales consenties aux médecins spécialistes. « C’est vraiment un principe de vase communiquant », estime M. Contandriopoulos. « Les médecins spécialistes se sont déjà réservé une part significative du gâteau des dépenses de Santé pour les prochaines années […] ça veut dire que tout le reste du secteur de la santé » devra se partager la part restante, ajoute-t-il.

Le dossier des médecins spécialistes réglé, le ministre Barrette a indiqué qu’il tournait désormais son attention sur les demandes des infirmières.

M. Contandriopoulos estime toutefois que le gouvernement québécois aura du mal à les satisfaire. « Si on donne autant d’argent aux médecins spécialistes, comment va-t-on faire pour éviter de se retrouver avec des ratios de patients/infirmières » trop élevés? questionne-t-il.

Or, il estime que le réseau québécois de la santé peut difficilement se permettre de rogner sur sa capacité à dispenser des soins de qualité en raison des « compressions historiques en Santé depuis 2010 ».

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