Retour

Entre audace et raison : réparer les pots cassés au NPD

Un chef peu inspirant, une plate-forme ennuyante, un parti trop au centre, une organisation déficiente : chacun a sa théorie sur le retentissant échec électoral du Nouveau Parti démocratique (NPD). Mais surtout, chacun des quelque 1700 militants réunis à Edmonton porte l'espoir d'un renouveau, le rêve d'une seconde chance.

Emmanuelle Latraverse

  Une analyse d'Emmanuelle Latraverse

Pour y arriver, il faut réparer les pots cassés. Il est là le défi, réunir encore une fois les néo-démocrates autour d'un projet commun. Et si la défaite électorale leur a appris une chose, c'est que l'attrait du pouvoir ne suffit pas.

Thomas Mulcair peut-il inspirer?

Après des mois à ratisser le pays, des mois à écouter ses troupes dans les sous-sols d'église et les centres communautaires, Thomas Muclair n'a toujours pas réussi à entièrement consolider sa direction.

Pour preuve, à quelque 24 heures du vote de confiance fatidique, les dés ne sont toujours pas joués.

Certes, son caucus l'appuie, les grandes centrales syndicales, comme le SCFP, Unifor, les Metallos aussi, des centaines de militants également. Pourtant, l'enthousiasme n'y est pas.

Le constat brutal de ceux qui réclament haut et fort son départ est implacable.

D'ailleurs, si le président du Congrès du Travail du Canada avait la ferme intention d'inspirer plutôt que de rabrouer dans son discours d'ouverture du congrès, Hassan Yusseff a lancé un message limpide aux membres du NPD.

« Le progrès et les élections ne sont pas gagnés au parlement ou pendant la période des questions », a-t-il affirmé. 

Le message est clair : appuyer Thomas Mulcair sous prétexte qu'il est un parlementaire hors pair ne suffit pas. À la croisée des chemins, contre un gouvernement libéral qui joue la carte progressiste et un Justin Trudeau charismatique, le NPD doit oser, inspirer.

C'est ainsi que nombre de délégués demeurent indécis, attendent d'entendre le discours de leur chef dimanche matin, attendent surtout de voir de quel côté le vent va tourner avant de faire leur choix.

Ils ne demandent qu'à être convaincus. Car il ne faut pas oublier que le NPD et ses membres n'ont jamais renoncé à leur idéalisme. Pour preuve : encore à ce jour, on cite toujours la dernière lettre de Jack Layton à ses militants avant sa mort.

Après avoir fait le calcul d'un chef qui promettait de sauvegarder les gains au Québec, professionnaliser le parti et lui offrir les clés du pouvoir, les néo-démocrates rêvent d'un chef capable des les inspirer et d'inspirer le reste du pays.

Et il est là tout le problème pour Thomas Mulcair. Ce chef si rationnel, si méthodique peut-il réussir à les convaincre de lui donner une deuxième chance? Thomas Mulcair peut-il donner envie de rêver à des jours meilleurs pour son parti qui refuse de renoncer à son idéalisme?

Un bond vers l'avant?

L'examen de la campagne électorale avait déjà fait état du manque d'audace de la plateforme néo-démocrate. Voilà que les néo-démocrates se cherchent un nouveau grand projet.

C'est ainsi que le « Bon vers l'avant », ce « manifeste pour un Canada fondé sur le souci de la planète et la sollicitude des uns envers les autres » qu'aucun candidat n'osait discuter en campagne électorale plane sur le congrès.

Certes, l'enjeu ne sera voté que dimanche matin et encore là, s'il est adopté, ce ne sera que pour permettre des discussions au fil des deux prochaines années. Mais il est révélateur que ce NPD si soucieux de rassurer les Canadiens en campagne électorale soit soudainement prêt à débattre ouvertement de démocratie énergétique, d'un programme universel de maisons écoénergétiques, d'une agriculture plus locale, d'un vaste virage en faveur des énergies renouvelables afin d'abandonner une fois pour toutes les industries fossiles.

Car avec ce manifeste, fini les compromis. Ici, on déclare que « l'austérité est une forme de pensée fossile qui menace la vie sur Terre ». On juge que la crise dans l'industrie pétrolière est « un cadeau qui nous a donné l'occasion rare de regarder ce que nous sommes devenus... et de décider de changer ».

Le porte-étendard du manifeste est omniprésent dans les couloirs du congrès et se défend bien de promouvoir des idées trop radicales, trop gauchistes.

Sans surprise, le leader parlementaire du NPD a tenté de minimiser cette volonté d'un grand virage vers une gauche plus militante. « Il faut lire dans ces résolutions la continuité des débats qu'on a à chaque congrès », affirme Peter Julian.

En effet, l'idée de faire une croix sur l'exploitation des ressources naturelles, d'endosser un salaire minimum garanti, d'ouvrir la boite de pandore d'une vaste redistribution de la richesse par le biais de la taxation est loin de faire l'unanimité au sein du parti. Sauf que cette fois-ci, le débat est réellement ouvert.

« Il y a eu un changement de culture au NPD et je crois que la satisfaction d'être la conscience du Parlement ne suffit plus à satisfaire ces gens », plaide le député de Skeena-Bulkley Valley, Nathan Cullen.

Retour à la case départ donc. Le NPD demeure à la recherche d'une recette gagnante, celle qui permettra d'inspirer l'électorat canadien, sans pour autant lui faire peur.

« Peu importe ce qui se passe dimanche avec M. Mulcair, il va y avoir du changement », promet Sarah Marriott, la déléguée de Nepean en Ontario

Changement de chef ou changement de stratégie, l'avenir du NPD pèse dans la balance. Entre l'audace et la prudence, les jeux sont loin d'être faits. Et dans le climat actuel, l'issue de ce débat au sein du NPD risque fort de ne pas être réglée au terme de ce congrès.

Plus d'articles

Commentaires