Retour

Entre promesses et critiques, le GNL objet de toutes les attentions

Après l'adoption en juillet d'une nouvelle loi entourant l'exploitation du gaz naturel liquéfié (GNL) en Colombie-Britannique, ce secteur devrait connaître des développements majeurs au cours des prochains mois. Qu'est-ce que cette industrie peut apporter ? Quels sont les projets en cours ? Éléments de réponse dans ce dossier consacré au GNL.

Un texte de Anne-Diandra Louarn

Depuis 2011, c'est une véritable industrie qui tente de sortir de terre en Colombie-Britannique : les projets d'exploitation de gaz naturel explosent dans la province, que ce soit pour des pipelines ou des terminaux pour liquéfier le gaz pour l'exportation vers les marchés asiatiques.

Dans le cadre de son plan pour l'emploi en Colombie-Britannique (Canada Starts Here: BC Jobs Plan), le gouvernement provincial prévoit l'ouverture d'au moins trois terminaux de GNL d'ici à 2020. Le but : créer de l'emploi et une économie attractive pour les investisseurs.

Ces derniers sont d'ailleurs déjà nombreux à avoir proposé des projets de pipelines ou de terminaux. Les étapes sont nombreuses ainsi que les opposants, principalement les écologistes et plusieurs Premières Nations, qui dénoncent une industrie dangereuse pour l'environnement.

La plupart des projets sont situés dans le nord-ouest de la Colombie-Britannique. Ils représentent, selon Victoria, le plus important investissement du secteur privé dans l'histoire de la province.

  • Le GNL, qu'est-ce que c'est ?

Le gaz naturel liquéfié, composé principalement de méthane, est l'état liquide du gaz naturel. Pour obtenir ce résultat, le gaz naturel est refroidi à -160 °C et devient alors un liquide clair, transparent et inodore. Le GNL est environ deux fois plus léger que l'eau et a un volume 600 fois plus petit qu'à son état gazeux.

Selon le ministère britanno-colombien du Développement du gaz naturel, le GNL est l'énergie fossile la plus propre au monde. Un argument que réfutent les environnementalistes, qui estiment notamment que le développement de terminaux de GNL conduirait à intensifier l'extraction du gaz naturel, ce qui augmenterait significativement les polluants et les émissions de gaz à effet de serre.

  • Où sont les réserves en Colombie-Britannique ?

Selon le ministère britanno-colombien du Développement du gaz naturel, la province dispose d'énormes réserves de gaz naturel, principalement dans le nord-est. Elles sont estimées à 83 milliards de mètres cubes (2933 milliards de pieds cubes).

Les réserves sont réparties dans quatre zones principales : le bassin de la rivière Horn, le Montney, le bassin Liard et la baie Cordova. Victoria affirme que les quantités de gaz naturel dans le sol britanno-colombien suffisent à couvrir l'ensemble des besoins du Canada et du reste du monde pour les 150 années à venir.

  • Pourquoi en Colombie-Britannique ?

Pour Victoria, la demande en énergies est croissante, surtout du côté des marchés asiatiques, et le GNL peut y répondre. « La demande mondiale en GNL va augmenter de deux fois et demie au cours des deux prochaines décennies », indique le ministère du Développement du gaz naturel.

La province compte actuellement 40 125 km de pipelines, dont une grande majorité transporte déjà du gaz naturel.

  • Espoirs de créations d'emplois ?

La première ministre britanno-colombienne Christy Clark assure que l'exportation du GNL vers les marchés asiatiques représente une manne financière de plusieurs milliers de milliards de dollars et la création de quelque 100 000 emplois. Cette promesse électorale demeure l'un des arguments principaux de Christy Clark pour faire valoir sa politique.

En 2013, le gouvernement a commissionné une entreprise d'analyses indépendante, Grant Thornton, pour faire approuver ses chiffres. Partant sur une base de cinq centrales de GNL en 2021, les experts ont conclu que le secteur créerait 39 000 emplois par an sur une période de construction de neuf ans, ainsi que 75 000 autres emplois une fois les centrales entrées en activité.

  • Concurrence et conjoncture économique

La Colombie-Britannique n'est pas la seule à disposer d'abondantes réserves en gaz naturel. Le Canada est même plutôt en retard dans son exploitation par rapport à plusieurs pays d'Asie du Sud-Est, principaux fournisseurs du Japon, ou encore l'Australie et le Qatar qui font la course en tête des pays exportateurs depuis des années.

De nouveaux acteurs sont aussi récemment entrés dans la compétition comme la Russie, riche en gaz, qui affiche deux projets stratégiques de terminaux dans la mer Baltique et sur la péninsule de Lamalie.

Mais qui dit production abondante et compétition, dit baisse des prix. La manne financière tant rêvée par Christy Clark pourrait donc se transformer en écran de fumée. D'autant que dans plusieurs régions du globe, dont l'Europe, les prix du gaz sont indexés sur ceux du pétrole qui sont en chute libre depuis la fin 2014.

Selon les statistiques annuelles de l'énergie dans le monde publié par BP, le marché du GNL a toutefois augmenté de 2,4 % en 2014, notamment grâce à la Chine et au Royaume-Uni qui ont respectivement augmenté leurs importations de 10,8 % et 20 %.

  • Vives critiques

Les anti-GNL sont nombreux, à commencer par les opposants politiques du gouvernement de Christy Clark qui estiment que la promesse de création d'emplois n'est qu'un écran de fumée. Certains, comme le député David Eby, dénoncent aussi le manque de travailleurs britanno-colombiens qualifiés pour remplir les futurs emplois.

Autres opposants de poids, les environnementalistes et plusieurs Premières Nations qui craignent les répercussions du boom de cette industrie. Parmi eux, le chercheur David Hughes du Centre canadien de politiques alternatives (CCPA) qui a publié au printemps dernier un long rapport à charge contre le GNL.

Il affirme qu'en prenant compte de l'exploitation du gaz naturel depuis son puits d'origine jusqu'à sa transformation en GNL, celui-ci produit des taux d'émission de gaz à effet de serre similaires à ceux issus du charbon en raison des fuites « substantielles » de méthane lors du processus.

David Hughes souligne également que pour arriver à ses fins, le gouvernement devra autoriser quelque 44 000 nouveaux puits d'ici 2040, soit presque le triple du nombre de puits creusés depuis 1954 dans ce secteur de la province.

La Fondation David Suzuki estime pour sa part que l'industrie du GNL est incompatible avec l'engagement de la province de réduire ses émissions de gaz à effet de serre de 33 % d'ici à 2020. « Nous sommes très inquiets par la chasse aux redevances menée par la province, l'augmentation des émissions et les potentiels dommages pour les écosystèmes locaux », peut-on lire notamment dans une note de blogue signée Tyler Bryant et Ryan Kadowaki.  

Selon une étude d'une étudiante-chercheuse à l'Université de Victoria, Erin Gray, réalisée pour l'organisme Sierra Club, la province ignore totalement le but qu'elle s'est fixé. Erin Gray prend pour exemple l'accord passé entre la compagnie Petronas et Victoria pour installer un terminal de GNL à Prince Rupert et qui pourrait, selon elle, émettre presque 11 millions de tonnes de gaz à effet de serre d'ici à 2030.

Le CCPA estime enfin que les réserves en GNL ont été grandement exagérées par le gouvernement.

  • Cartes : le GNL en Colombie-Britannique

Pipelines existants et projets en cours à la fin août 2015 :

Plus d'articles

Commentaires