Retour

Équilibre budgétaire : Mulcair concède qu'il devra faire des « choix difficiles »

Thomas Mulcair concède qu'il devra faire des « choix difficiles » pour parvenir à équilibrer le budget fédéral dès l'an prochain, si les Canadiens confient les rênes du pouvoir au Nouveau Parti démocratique. Face à des questions de plus en plus pressantes sur les moyens qu'il prendra pour y parvenir, le chef du NPD admet à demi-mot que sa promesse de réinvestir dans les transferts en santé ne sera pas facile à respecter dans le contexte actuel.

Rappelant que le directeur parlementaire du budget prévoit que le gouvernement fédéral pourrait enregistrer un déficit de 1 milliard de dollars au terme de l'exercice financier en cours, M. Mulcair a admis jeudi que l'incertitude économique met à mal cette promesse, faite en marge d'un discours prononcé l'an dernier devant l'Association médicale canadienne.

Le chef du NPD avait alors promis de « remettre en place la formule de financement de la santé pour les provinces » et « d'annuler les coupes conservatrices de 36 milliards de dollars ». Il faisait ainsi référence à la décision unilatérale du gouvernement Harper de limiter l'augmentation des transferts aux provinces à compter de 2017. L'augmentation, auparavant fixée à 6 %, sera réduite à la croissance du PIB, avec un seuil minimum de 3 %.

« Nous avons deux ans avant que les restrictions n'entrent en vigueur », a déclaré Thomas Mulcair lorsqu'une journaliste l'a relancé à ce sujet. « Nous avons dit que tout surplus - parce que M. Harper promettait des surplus - serait consacré d'abord et avant tout à éviter ça. Maintenant, ça semble évident qu'il n'y en aura pas. Mais pendant ces deux ans, notre ministre de la Santé aura comme priorité de conclure un nouvel accord sur la santé. »

Thomas Mulcair continue néanmoins d'affirmer que la plateforme budgétaire chiffrée qu'il déposera ultérieurement prouvera que toutes les promesses du NPD tiennent la route. « À chaque fois que le NPD annonce quelque chose, c'est chiffré à la cenne près. Les gens savent exactement d'où l'argent vient et qu'est-ce qu'on fait avec », a-t-il répété jeudi.

Depuis le début de la campagne, M. Mulcair multiplie les engagements coûteux. Il répète notamment sans relâche qu'un gouvernement néo-démocrate créera un million de places en garderie coûtant au maximum 15 $ par jour, une promesse dont le coût est évalué à 5 milliards de dollars par année une fois que le programme sera complètement implanté, dans huit ans.

Il s'est aussi engagé à investir, au cours d'un premier mandat, 400 millions de dollars dans une bonification du Programme de supplément du revenu garanti et 550 millions dans le rétablissement du Fonds de recrutement. Il compte aussi ramener le taux d'imposition des PME de 11 % à 9 %, ce qui priverait le Trésor public de revenus évalués à 1,2 milliard de dollars. Divers crédits d'impôt moins importants ont aussi été promis aux Canadiens.

M. Mulcair demeure cependant avare de commentaires sur les mesures qu'il adoptera pour parvenir à ses fins, promettant une plateforme chiffrée plus tard dans la campagne. Il se borne à dire haut et fort qu'il annulera le fractionnement du revenu, récupérant ainsi 2 milliards de dollars destinés aux familles les plus riches, et qu'il augmentera l'impôt sur le revenu des sociétés, actuellement établi à 15 %, mais sans dire à quel niveau.

Le chef néo-démocrate a déjà fait valoir que l'investissement annoncé dans un programme national de garderies sera ultimement profitable pour l'État, puisque des femmes retourneront au travail et qu'elles dépendront moins de programmes gouvernementaux, comme l'a conclu l'économiste Pierre Fortin dans une étude portant sur le programme québécois. Il soutient aussi que la baisse du taux d'imposition des PME contribuera à créer des emplois, ce qui pourrait augmenter les revenus de l'État.

« Il y a toute une série de choses que nous allons faire différemment de Stephen Harper », a aussi dit Thomas Mulcair jeudi. « Il a subventionné les compagnies pétrolières avec des milliards de dollars pendant qu'il était au pouvoir. Nous ne ferons pas ça. Il a dépensé un milliard pour combattre les Premières Nations. Nous ne ferons pas ça. Il a dépensé 1 milliard de dollars pour le Sénat. Je vais tenter de m'assurer que les Canadiens ne dépenseront pas un autre sou dans ce gaspillage. »

Le chef néo-démocrate a aussi déploré que le gouvernement conservateur de Stephen Harper ait dépensé « une fortune en dépenses gouvernementales » au cours des dernières années, laissant entendre qu'il n'en ferait pas autant.

« On a vu les conservateurs faire huit déficits consécutifs. Les libéraux nous disent maintenant qu'ils veulent faire des déficits pendant plusieurs années », a aussi dit Thomas Mulcair, qui était accompagné d'Andrew Thomson, qu'il a déjà présenté comme son futur ministre des Finances. « J'en ai assez de voir le gouvernement mettre cette dette sur le dos des générations futures. À un moment donné, il faut avoir des priorités. »

Le chef libéral Justin Trudeau, qui n'entend pas équilibrer le budget avant 2019, répète à qui veut l'entendre que le plan de M. Mulcair n'est qu'un « mirage » et que le chef du NPD fait des promesses « qu'il ne pourra pas tenir ». Il laisse entendre qu'il devra tôt ou tard adopter des mesures d'austérité qui nuiront à l'économie canadienne.

Le chef conservateur, Stephen Harper, soutient de son côté que le plan de M. Mulcair va entraîner « une avalanche d'augmentations de taxes et d'impôt » qui vont « écraser notre économie ».

Une bourse du carbone, mais pas seulement ça?

Thomas Mulcair a semblé aussi assouplir sa position en matière de lutte contre le réchauffement climatique. Lors d'une allocution devant la Chambre de commerce du Montréal métropolitain en juin dernier, il avait affirmé que son parti avait « opté pour une bourse du carbone, une approche privilégiée par le Québec qui gagne de plus en plus d'appuis ».

Jeudi, le chef du NPD a plutôt affirmé qu'une bourse du carbone constituait « le meilleur moyen de garantir une réduction » des émissions de gaz à effet de serre, mais que « de plus en plus d'informations sur d'autres possibilités » lui parvenaient et que son parti n'allait donc pas adopter une approche unique (« one size fits all  ») pour autant.

Il a réitéré qu'il allait discuter de cette question avec les provinces et les territoires.

La semaine dernière, le chef libéral, Justin Trudeau, avait accusé Thomas Mulcair de « manquer de respect pour les provinces » en dictant la voie à suivre. Il avait noté que d'autres provinces avaient opté pour une taxe carbone, et que ce travail allait être « bousillé » par l'approche néo-démocrate.

Plus d'articles

Commentaires