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Éric Gagné raconte sa « soirée d'apocalypse » dans la vallée de Sonoma

Panique générale, confusion, voitures en feu et chevaux en flammes courant dans la nuit. Bien malgré lui, l'ex-releveur Éric Gagné s'est retrouvé au beau milieu des feux de forêt qui dévastent les régions vinicoles de la Californie depuis dimanche.

Un texte de Martin Leclerc

En l'écoutant raconter son hallucinante expérience, on comprend que le bilan provisoire des victimes (15 morts et 150 disparus) risque de s'alourdir au cours des prochains jours.

Gagné et sa femme Heather sont arrivés dimanche soir à Mayacama, un domaine privé (vignoble et parcours de golf haut de gamme) de la vallée de Sonoma. Mayacama, qui a été rasé par le feu, selon Gagné, était situé au sommet d'une montagne.

Un événement caritatif y était organisé au profit de l'hôpital pour enfants de San Francisco. De nombreuses personnalités sportives, notamment des anciens de la NFL, comme Ronnie Lott, et du baseball majeur, comme Bret Saberhagen, Barry Bonds et Gagné, étaient présentes.

« Ma femme et moi étions fatigués et nous sommes rentrés à notre chambre assez tôt », a raconté Gagné.

« Vers 23 h, alors que tout était calme dans le domaine, nous avons perdu l'électricité. J'ai trouvé ça bizarre. Le vent soufflait à l'extérieur, sans plus. Comme j'avais peine à dormir, je suis sorti et, ironiquement, j'ai allumé un feu [il n'y avait plus d'éclairage, NDLR] et je me suis installé pour lire. »

Gagné a remarqué qu'une bonne odeur de feu de camp flottait dans l'air. Ça lui semblait normal puisque c'est une pratique courante pour les restaurants de la région. Puis, le ciel s'est anormalement mis à s'éclaircir. Il est donc retourné à sa chambre, et l'électricité est brièvement revenue au même moment.

« Dès que le courant a été rétabli, les appels à notre chambre se sont mis à entrer [Mayacama n'étant pas desservie par le réseau cellulaire, seulement les lignes terrestres et le wifi permettent de communiquer, NDLR]. »

Constatant que le service de navette ne répondait pas à la demande, Barry Bonds a pris son véhicule et fait plusieurs allers-retours afin d'évacuer le plus de gens possible.

Très loin à l'horizon, les passagers de la navette voyaient qu'un incendie faisait rage. Le chauffeur a indiqué que la région de Napa, située à environ une heure, était la proie des flammes et qu'il ne fallait pas s'inquiéter.

« Pendant que nous roulions, il y a soudainement eu une très forte bourrasque. Et une partie de la montagne que nous venions de quitter s'est embrasée d'un coup! Le feu se trouvait à cinq minutes », a expliqué Gagné.

***

Le premier hôtel où s'est arrêtée la navette commençait à manquer de chambres. Gagné et ses compagnons de voyage ont été conduits vers un motel situé un peu plus loin.

« Je me disais que l'incendie était bien trop rapproché. Il y avait des tisons dans l'air, mais comme on nous avait évacués à cet endroit, nous avons tenu pour acquis que nous étions en sécurité. »

Tout le monde finit par obtenir une chambre et par s'endormir. Gagné, lui, a laissé sa porte toute grande ouverte. Il voulait entendre les sirènes si jamais la situation dégénérait.

« Vers 1 h 30, 2 h , des bruits commençaient à surgir au loin. Ça sonnait comme des pétards, mais compte tenu de l'allure de la soirée, j'ai compris qu'il s'agissait d'explosions. Je suis sorti de la chambre pour en avoir le coeur net. J'ai été frappé par une forte bouffée de chaleur, alors que la température aurait normalement dû se situer autour de 18 degrés. »

« Notre chambre donnait sur l'arrière du motel. Aucune flamme en vue. Je me suis dirigé vers le balcon avant pour en avoir le coeur net et les flammes étaient à quelques pieds de l'hôtel, il y avait du feu partout! Et nous étions juste à côté d'une station-service », a-t-il poursuivi, encore incrédule.

Il est rentré prévenir sa femme, puis a fait le tour de l'hôtel en frappant sur toutes les portes pour prévenir les autres clients. Prise de panique, la dame qui était de garde à la réception avait quitté les lieux sans déclencher l'alarme. C'est un quidam qui a finalement déclenché la manette, pendant que la réception commençait à flamber.

« Nous n'avions pas de véhicule et aucun moyen de nous enfuir. Une employée de l'hôtel était là avec sa voiture compacte. Je lui ai dit de sortir tout ce qui se trouvait dans le véhicule parce qu'il fallait évacuer le plus de gens possible. »

Avec sept personnes entassées dans la petite voiture, dans la noirceur la plus totale et pendant qu'une épaisse fumée commençait à se répandre, Gagné a pris le volant.

« Je n'avais aucune idée de la direction à prendre. On essayait juste de prendre la direction inverse de l'incendie, mais le vent tourbillonnait et il semblait y avoir du feu partout. »

***

À la recherche d'une voie rapide, il s'est mis à suivre une voiture.

« Il y avait du feu de chaque côté de la route, à deux pieds de nous. Nous avons fait un virage à droite à un certain moment et nous avons croisé des véhicules qui venaient en sens inverse. Deux d'entre eux étaient en flammes. C'était l'apocalypse. On a même vu des chevaux qui couraient alors qu'ils étaient en train de brûler. »

La chaleur a grimpé à un point tel que la vitre arrière de la voiture s'est fracassée. « Un gars qui roulait devant nous s'est arrêté à un feu rouge, il n'a plus été capable de repartir parce que ses pneus commençaient à fondre. »

« C'était l'enfer! J'avais l'adrénaline dans le tapis », a enchaîné Gagné.

Au bout de 5 à 10 minutes de route et de conduite à l'aveugle, l'ex-releveur des Dodgers de Los Angeles est parvenu à sortir de la zone sinistrée. Il s'est ensuite rendu aux abords de l'aéroport de San Francisco.

« Nous avons été vraiment chanceux. Si l'électricité n'était pas brièvement revenue quand nous étions à Mayacama, nous n'aurions pas été prévenus et nous aurions tous péri en haut de la montagne », a-t-il dit.

« Il n'y a aucun moyen de planifier une évacuation lorsqu'un incendie comme celui-là surgit. Ça allait dans tous les sens et à une vitesse folle. Les gens étaient perdus dans le noir, il y avait une épaisse fumée. C'était la panique totale. Compte tenu de ce que j'ai vu, je suis convaincu que le bilan des victimes sera beaucoup plus important que ce qui a été annoncé. »

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