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Erik Guay, 35 ans, deux genoux, encore debout

BILLET - Erik Guay est encore en piste parce qu'il manque un fleuron à sa collection : une médaille olympique. À l'aube de cette nouvelle saison, après 20 ans de compétition de haut niveau et assez d'opérations pour remplir un « scrapbook », on avait presque envie de parler d'acharnement. Mais le bougre d'homme vient (encore) de nous faire taire.

Erik Guay a pris la 3e place du super-G de Val Gardena, vendredi. C’était son 24e podium en Coupe du monde. Au moment d’écrire ces lignes, j’ignore encore comment il va se débrouiller en descente, samedi. Mais il a déjà prouvé que son optimisme en présaison n’était pas de la frime pour faire plaisir aux commanditaires. L’oncle Erik est encore là.

35 ans

Des 65 skieurs qui ont complété le super-G à Val Gardena, seulement 12 ont 30 ans ou plus. Quatre ont 35 ans. Certains skieurs, parmi les plus grands, ont remporté des titres à cet âge, âge que j’hésite à qualifier d’avancé. Mais c’est ce qui fait d’eux les plus grands, justement.

Sur leur vieille charpente raboutée, ces athlètes d’exception s’élancent à 100 km/h en sachant l’immense risque qu’ils prennent. Au-delà de la quête d’un podium, d’un championnat, d’un globe de cristal, ils perpétuent leur mode de vie. Profession : casse-cou.

La médaille

Erik Guay veut une médaille olympique. Il a raté le bronze en super-G par 10 centièmes de seconde à Turin, en 2006. Quatre ans plus tard, il l’a de nouveau raté par 3 petits centièmes, à Vancouver, encore une fois en super-G.

Toujours à Vancouver, en descente, il a terminé en 5e place, à 24 centièmes de seconde du podium.

Ces trois écarts additionnés font moins d’une demi-seconde. C’est peu, très peu. À Val Gardena, vendredi, ils étaient seulement quatre à terminer à moins d’une demi-seconde du vainqueur, le Norvégien Kjetil Jansrud, dans une seule épreuve, pas trois! On en trouve ensuite 15 avec un retard de moins d’une seconde. Les 45 autres n’étaient carrément pas dans le coup.

Plus de trois secondes…

Loin derrière, tout en bas du classement : Jan Hudec. Médaillé de bronze en super-G à Sotchi sous les couleurs du Canada, Hudec, 35 ans lui aussi, ne s’est plus approché d’un podium depuis. Les blessures l’ont miné.

Il a fini à 3,29 secondes de Jansrud, à Val Gardena. Il court désormais sous les couleurs de la République tchèque, son pays natal. Son manque de résultats l’a exclu de l’équipe canadienne. La reconnaissance n’est pas un critère d’évaluation chez Ski Canada. Ça ne l’est nulle part, d’ailleurs. Hudec est parti drapé dans l’amertume. Il a vendu son équipement aux couleurs du Canada, manteaux, tuques, gants, sur Kijiji.

Ça vous donne une idée additionnelle de la ténacité dont Guay, Hudec et les meilleurs skieurs au monde doivent faire preuve. Et entre tenace et têtu, il n’y a souvent pour différence que la hauteur d’un podium.

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