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Érosion des berges : les changements climatiques ne sont pas les seuls responsables

Le déploiement de plusieurs moyens sera nécessaire pour contrer l'érosion des berges, mais dans certains cas, il faudra se résigner à s'éloigner de celles-ci  : « un jour ou l'autre, il faudra partir ».

Le Bar des sciences de l'émission Les années lumière de Radio-Canada sur l'érosion des berges et les submersions côtières a rassemblé une centaine de citoyens de Rimouski et de sa région venus entendre trois spécialistes de la question sur le thème « La mer va-t-elle nous engloutir? ».

Dès le début de la rencontre, une résidente de Sainte-Luce, Jeannine Gagné, a défini les enjeux en rappelant qu'elle avait vu partir à la mer six à huit mètres de son terrain lors des grandes marées de 2010 qui ont frappé l'Est-du-Québec.

L'un des spécialistes invités au débat, le professeur Pascal Bernatchez, de l'Université du Québec à Rimouski, a même ajouté que selon lui, la brutalité et la soudaineté de ces événements auraient fait des morts si le déferlement du fleuve était survenu en pleine nuit.

Pas uniquement la faute aux changements climatiques

Sans nier le rôle des changements climatiques dans ce phénomène, un autre scientifique invité, le géomorphologue Alain Hénaff, de l'Université de Bretagne occidentale, en France, a mis en garde l'auditoire contre un raisonnement trop facile.

Car pour lui, les choix que nous avons faits par le passé ont favorisé l'érosion. Il cite à cet égard le prélèvement de sable sur les plages, qui diminue la capacité naturelle de ces dernières à absorber l'assaut des vagues. Ou encore ce désir de s'établir tout près des cours d'eau. Ou carrément de gagner du terrain sur les cours d'eau.

Le choix des moyens

Le professeur Bernatchez de l'UQAR soutient que les mentalités ont beaucoup changé depuis les grandes marées de 2010. Il rappelle qu'à l'époque, le réflexe spontané des citoyens et des élus devant l'ampleur des dégâts était d'ériger une muraille entre le fleuve et la berge.

Cette approche se développe également en France, selon le Pr Alain Hénaff. Mais au-delà des moyens de protection à mettre en place, il dit que dans certains cas, il faudra se résigner à abandonner les berges et à démolir ce qui y a été construit, ce qu'il appelle une « stratégie de repli ».

S'adapter, mais aussi résister

S'il y avait unanimité des participants pour prioriser des moyens plus naturels comme l'ensablement ou la plantation de foin de mer pour contrer l'érosion, l'ingénieur et professeur de génie civil de l'Université Laval, Luca Sorelli, a plaidé en faveur de moyens plus actifs.

Le Pr Sorelli avance qu'un avantage accessoire à la présence de ces structures serait de produire de l'énergie en y intégrant des turbines.

Il n'hésite pas à dire que la construction de murs de protection demeure une option valable, mais en optant pour des matériaux plus performants et plus résistants.

Cette idée d'utiliser des moyens de force pour contrer l'érosion a soulevé un certain scepticisme chez des riverains présents dans la salle.

Une dame rappelait la décision « malheureuse » du ministère des Transports d'opter pour un enrochement massif sur une distance de quatre kilomètres, non loin de Marsoui, en Gaspésie, afin de protéger la route 132 des assauts du fleuve.

Cette structure « coupe l'accès visuel au fleuve » a-t-elle dit en plus d'avoir un impact négatif sur l'industrie touristique.

Agir sur plusieurs fronts

Présent parmi la foule, le maire de Rimouski, Marc Parent, a parlé du phénomène de l'érosion comme d'un « combat inégal entre la nature et l'homme. » N'empêche, il a plaidé pour des actions de protection, mais aussi pour un changement de nos habitudes de vie.

Le professeur Pascal Bernatchez de l'UQAR a conclu les échanges en disant que l'élément le plus positif de tout ce défi qui se pose à une bonne partie de l'humanité, c'est qu'il pousse les citoyens et les élus à réfléchir aux meilleures pratiques à mettre de l'avant en zone côtière.

Son collègue de l'Université de Bretagne occidentale, Alain Hénaff, a pour sa part estimé, qu'« on a quand même du temps  devant nous » pour réagir.

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