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Esclavage : l'heure des excuses pour l'Université de Georgetown

L'Université de Georgetown a présenté des excuses, jeudi, pour ses liens historiques avec l'esclavage au 19e siècle, annonçant au même moment des mesures dont pourront bénéficier leurs descendants au sein de l'institution.

Un texte de Daniel Blanchette Pelletier

La prestigieuse université américaine pouvait compter sur le travail d'esclaves sur certaines de ses plantations au Maryland, dont les récoltes étaient source de revenus, comme l'était aussi le commerce d'esclaves.

En 1838, 272 d'entre eux - hommes, femmes et enfants - ont été vendus pour payer des dettes. La transaction, orchestrée par deux prêtres qui dirigeaient à l'époque Georgetown, a permis de récolter 115 000 $, ce qui équivaut aujourd'hui à 3,3 millions de dollars.

Les esclaves ont été envoyés en Louisiane, dans le sud des États-Unis, où ils ont dû travailler dans de pénibles conditions, parfois arrachés à leur famille.

Afin de tourner la page sur ce sombre pan de son histoire, l'Université de Georgetown a mis sur pied un comité, il y a un an, qui avait pour mandat d'établir comment reconnaître et réparer ce lourd passé.

Le recteur John DeGioia a demandé à ce que les excuses formelles soient présentées, en réaction à la publication du rapport de 102 pages sur le sujet.

Deux bâtiments, qui portaient le nom des deux prêtres qui avaient négocié la vente des esclaves, seront renommés : l'un au nom d'Isaac, un des esclaves vendus à l'époque, et l'autre en l'honneur de Anne-Marie Becraft, une Afro-Américaine qui avait fondé une école pour les jeunes filles noires dans le quartier de Georgetown à la même époque.

Un mémorial sera également érigé en hommage aux anciens esclaves.

La mesure la plus significative, cependant, est que les descendants des 272 esclaves seront admis plus « facilement » à Georgetown, c'est-à-dire qu'ils bénéficieront des mêmes avantages que les descendants des diplômés de l'université.

Il s'agit d'une première parmi tous les établissements d'enseignement qui ont reconnu et présenté des excuses pour leurs liens avec l'esclavage aux États-Unis, rappelle le professeur d'histoire à l'Université Johns Hopkins, François Furstenberg.

« Cela va certainement plus loin que les autres universités, d'abord parce que c'est une université avec une mission religieuse, ce qui fait appel à un sens moral plus poussé », explique-t-il.

La création d'un institut de recherche sur l'esclavage a aussi été annoncée afin de poursuivre les travaux du comité. Au fil de ses recherches, celui-ci a découvert que les liens de Georgetown avec l'esclavage allaient bien plus loin que ce que l'on croyait à l'époque.

Le travail des esclaves était l'une des sources principales de financement de l'université, selon le rapport. Certains des plus anciens bâtiments du campus ont même été construits par les esclaves, alors que d'autres étaient aussi au service des plus riches sur le campus.

Pour ces raisons, certains trouvent que toutes les mesures annoncées par Georgetown sont cependant insuffisantes.

D'abord, la « discrimination positive » à l'admission pour les descendants des esclaves vient pour l'instant sans aide financière particulière, ni bourse d'études. Georgetown devra également prouver qu'elle prend les moyens d'identifier et de joindre tous ceux qui pourraient bénéficier des mesures annoncées, et même les promouvoir.

Une parmi tant d'autres

Ancré dans l'histoire des États-Unis d'avant le 19e siècle, l'esclavage est lié à l'histoire de plusieurs universités américaines.

Brown, Columbia, Harvard, Princeton, l'Université de Caroline du Nord et celle de Virginie ne sont que quelques-unes d'une longue liste d'universités qui ont reconnu ce sombre passé.

« Ces institutions ont souvent été fondées sur des richesses accumulées par l'esclavage, des fortunes de plantation ou commerciales qui dépendaient des fruits de l'esclavage », explique le professeur François Furstenberg.

Il ajoute qu'à Brown, par exemple, les dirigeants avaient même établi des liens avec des commerçants d'esclaves.

Le district de Columbia, où se situe l'Université de Georgetown, a aboli l'esclavage en 1862.

L'entrée en vigueur du 13e amendement à la Constitution américaine, une fois la guerre de Sécession terminée, en 1865, a mis fin à l'esclavage partout aux États-Unis.

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