ANALYSE – L'étape était cruciale pour le chef du Parti québécois. Surtout que lorsque Jean-François Lisée a pris le pari de se soumettre à un vote de confiance, son ciel politique était beaucoup plus bleu. Depuis son élection comme chef il y a 11 mois, le PQ a perdu sept points de pourcentage dans les intentions de vote. Mais, visiblement, à un an des élections générales, ses militants estiment qu'une troisième course à la direction serait suicidaire. Ils lui ont donc dit oui à 92,8 %. Après la course à la direction du parti et le congrès, il a maintenant toute la légitimité pour passer à la troisième étape : l'élection générale d'octobre 2018.

Une analyse de Martine Biron

Mais pour réussir son congrès, Jean-François Lisée y a mis toute la gomme. Il a écrit un discours sur mesure pour ses militants. Un discours particulièrement long, d’une heure et vingt minutes, à l’allure clientéliste. Chaque geste et chaque mot de la soirée d’ouverture avaient pour but de séduire sa clientèle péquiste, celle qui allait voter pour ou contre lui.

Il a joué l’équipe. Lisée n’est pas entré dans la salle avec sa conjointe comme la tradition le veut, il a plutôt choisi d’entrer dans la salle avec son caucus. Tout près de lui, ses adversaires de la course à la direction, Véronique Hivon et Alexandre Cloutier. Il a aussi réussi à asseoir côte à côte les premiers ministres Bernard Landry et Pauline Marois. Lisée s’est assuré qu’ils soient tour à tour salués et chaleureusement applaudis par les militants.

Il a aussi chatouillé la corde nostalgique en citant René Lévesque, Jacques Parizeau et Lucien Bouchard. Il a parlé culture et de Camille Laurin, évoqué le nationalisme économique avec le plan Biron (qui, en passant, n’a aucune parenté avec moi) et le plan Paillé. Les vieux péquistes ont été bercés par Lisée qui les a mis en valeur en faisant lever de leurs sièges ceux qui ont voté pour le rassemblement pour l’indépendance nationale (RIN) en 1966. Il a disserté sur le pays, l’identité et de la langue. La salle était conquise.

Le discours du chef péquiste avait le défaut d’aller dans tous les sens, mais la qualité de rejoindre les intérêts de chaque militant. Les purs et durs comme les modérés. Avec une pointe de démagogie ici et là pour flatter les plus récalcitrants.

Quand le bureau de vote a ouvert ses portes samedi matin on sentait sur le plancher du congrès que Lisée avait accompli sa mission.

La suite des choses

Le congrès passé et le chef confirmé dans son poste, Jean-François Lisée changera de posture. Il a maintenant les coudées franches pour faire un peu de ménage dans les propositions plus radicales adoptées en atelier.

On sait déjà que Lisée n’est pas favorable à l’idée d’imposer la loi 101 dans les CPE, pas plus que de revenir à l’affichage unilingue francophone à l’intérieur et à l’extérieur des commerces.

Même si les décisions qui se retrouvent dans le programme du parti ne sont pas nécessairement parties de la plate-forme électorale, le chef péquiste doit considérer que son opération charme change de cible. Elle vise maintenant la population générale.

Avec ce vote décisif, le moral péquiste est à la hausse. En ces temps difficiles pour le PQ, il donnera l’énergie nécessaire au parti et à son chef pour entreprendre la troisième étape vers le scrutin d’octobre 2018.

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