Le vote du 19 octobre n'a pas encore eu lieu, mais cette campagne marque déjà un tournant dans l'histoire politique canadienne. La traditionnelle lutte à deux a cédé la place à un combat serré entre trois partis. Ce qui pose la question d'une coalition avec plus d'acuité.

Un texte de Danielle Beaudoin

L'échiquier politique fédéral change, constate Antonia Maioni, professeure de sciences politiques à l'Université McGill. « La suite normale des choses, c'est d'avoir deux partis plus forts avec d'autres partis qui sont plus faibles, mais là, on dirait bien qu'on a trois partis! »

Une coalition à quelles conditions?

L'électorat se montre encore changeant à deux semaines du vote et l'on pourrait assister à des transferts importants de voix vers l'un ou l'autre parti. Mais si les Canadiens élisent à nouveau un gouvernement conservateur minoritaire le 19 octobre prochain, il est possible que le Nouveau Parti démocratique et le Parti libéral forment une coalition, selon le politologue André Lamoureux.

Pour le politologue Alain-G. Gagnon, l'idée d'une coalition NPD-PLC « reviendra à l'avant-scène uniquement si les néo-démocrates sont en mesure de devancer les libéraux de façon importante lors du vote du 19 octobre ». Il croit que la coalition serait alors la seule façon de mettre fin à la domination conservatrice.

Si les conservateurs obtiennent le plus grand nombre de sièges sans majorité, ce sera très ardu pour les partis d'opposition de former une coalition, croit pour sa part Antonia Maioni, professeure au Département de sciences politiques de l'Université McGill.

« On peut simplement avoir un gouvernement minoritaire, comme ce fut le cas récemment avec les conservateurs ou le Parti libéral dans le passé », ajoute-t-elle.

Le NPD doublé sur sa gauche

Plus largement, Alain-G. Gagnon croit que les électeurs sont en train d'assister à une « repolarisation sur l'axe gauche-droite au Canada ». Il rappelle que les années 90 ont été marquées par la régionalisation du système partisan sur la scène fédérale, avec l'arrivée du Bloc québécois, du Parti réformiste et de l'Alliance canadienne.

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M. Gagnon explique que dans les années 2000, toutes les formations politiques se sont déplacées vers la droite de l'échiquier politique. Cela a contribué à donner « de l'ascendant et de la légitimité aux politiques conservatrices des gouvernements Harper appelés à se succéder à Ottawa ».

En adoptant des politiques plus conservatrices, les libéraux de Jean Chrétien, Paul Martin, Stéphane Dion et Michael Ignatieff ont perdu des électeurs : « Cela a contribué à faire migrer leur clientèle électorale vers les néo-démocrates pour les plus interventionnistes, ou vers les conservateurs pour les plus affairistes. »

Il y a en effet une polarisation gauche-droite, selon Antonia Maioni. « Si les libéraux gagnent, qu'ils sont en deuxième place, c'est parce qu'ils ont occupé à gauche. Par exemple, dans leur plan économique, ils se sont mis à gauche des néo-démocrates.

Au-delà de cette polarisation gauche-droite sur le plan économique, il y a une polarisation sur la question des valeurs, croit Antonia Maioni. Elle explique que les questions de citoyenneté, d'intégration, de laïcité reviennent dans le débat, et pas seulement au Québec.

Un test crucial pour trois partis

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Le vote pourrait se transformer en test pour trois partis, estime le politologue André Lamoureux : le NPD, le PLC et le Bloc.

Si le NPD ne gagne pas les élections, « ça susciterait une interrogation sur le leadership de Thomas Mulcair et sur la capacité du NPD de prendre le pouvoir au Canada, parce que ça fait plus de 50 ans qu'il est dans l'opposition », croit l'expert.

Le défi des libéraux, c'est de « redonner l'élan que le PLC avait tout le long du 20e siècle », lorsqu'il était un parti dominant, explique André Lamoureux.

Quant au Bloc québécois, il ne peut se permettre une défaite comme celle subie en 2011, selon le professeur. « Si le Bloc se retrouve avec deux ou trois sièges, ou même zéro, ce serait une catastrophe pour ce parti. Peut-être même la disparition éventuellement. « Disons que si le Bloc réussit à obtenir 15-20 sièges, à ce moment-là, ce sera peut-être un signe de relance », estime-t-il.

Avec le Bloc, l'arrivée du multipartisme

Rappelons qu'à l'élection de 1993, le Bloc québécois avait obtenu 54 sièges au Parlement, devenant ainsi l'opposition officielle. Un tremblement de terre pour le paysage politique canadien, selon André Lamoureux, et la fin officielle du bipartisme au pays. Jusque-là, la scène politique fédérale était dominée par les libéraux et les conservateurs.

C'est donc à partir de 1993 que le multipartisme s'installe, avec l'arrivée de quatre ou cinq partis, représentés aux Communes.

Mais M. Lamoureux estime que le processus d'érosion du bipartisme a commencé bien avant, en 1961, avec la création du NPD. « Avant 1961, il y a eu des tentatives de briser ce bipartisme, mais c'était trop marginal, ce n'était que des tiers partis », explique-t-il.

L'expert estime que l'arrivée du Parti réformiste, en 1987, a été un choc déterminant pour le bipartisme. « Le fait que le Reform Party est devenu une puissance dans l'Ouest canadien et qu'il a participé à la belle mort du Parti progressiste-conservateur est l'expression même de cet éclatement. » Et, d'ajouter que la cassure définitive est survenue à l'élection de 1993. 

Selon Mme Maioni, les gouvernements minoritaires de plus en plus fréquents, tant au fédéral que dans les provinces, sont un autre signe de l'effritement du système bipartite. « Ça veut dire qu'il y a des luttes souvent à trois qui se développent, et aussi un électorat de plus en plus divisé. »

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