Le talent pour la musique est-il inné? Une étude réalisée à l'Université McGill laisse croire que oui.

Un texte de Dominique Forget, à Découverte

Indiana Wollman, chercheuse postdoctorale en neurosciences, a tenté une expérience inusitée pour sonder les mystères du cerveau musical. Elle a scruté le cerveau d'apprentis musiciens pendant qu'ils jouaient du violoncelle dans un appareil d'imagerie par résonance magnétique (IRM).

Il ne s’agissait évidemment pas d’un violoncelle standard. L’instrument est trop gros pour entrer dans l’espace confiné d’un IRM. Les collègues d’Indiana Wollman, du Département de génie électrique et informatique, ont conçu un instrument sur mesure pour l’expérience. Il est essentiellement composé d’un manche et de cordes en boyaux. Même l’archet a été miniaturisé.

Quatre semaines, trois scans

Indiana Wollman, qui travaille sous la supervision du professeur Robert Zatorre, a recruté des volontaires qui ne connaissaient rien à la musique. Pendant quatre semaines, elle leur a appris les rudiments du violoncelle. Les élèves ont appris à jouer couché, dans un environnement confiné, pour se préparer en vue de l’IRM.

En l’espace de quatre semaines, il n’était pas question pour les débutants de s’attaquer aux grandes œuvres du répertoire. Les volontaires ont simplement appris à jouer quatre séquences, de cinq notes chacune.

Indiana Wollman a scanné leur cerveau à trois reprises. Au premier scan, les participants n’avaient pas encore touché au violoncelle. Ils écoutaient simplement des séquences musicales dans la machine IRM. Un second scan du cerveau a été effectué après une semaine de cours et un troisième après quatre semaines. À ces deux dernières occasions, les élèves jouaient de l’instrument dans l’appareil.

Les neurones au diapason

La chercheuse a constaté que l’organisation des neurones s’est modifiée au cours de l’apprentissage. Par exemple, le volume de la matière grise a augmenté dans la zone du cerveau responsable de la représentation de la main gauche, celle qui se déplace sur le manche de l’instrument pour sélectionner les notes.

L’étude a révélé un résultat plus étonnant encore : il serait possible de prédire, avant même le début des leçons de musique, quels élèves auront plus de facilité à jouer du violoncelle.

En effet, chez les volontaires qui se sont avérés particulièrement doués, une petite zone du cerveau s’est activée au premier scan, alors que les participants écoutaient tout simplement des séquences musicales.

Cette région, c’est la partie antérieure de l'aire motrice supplémentaire, ou pré-AMS. Des recherches antérieures ont montré qu’elle est impliquée dans la planification et la coordination des mouvements.

Talent et plaisir

Indiana Wollman ne va pas jusqu’à dire que le simple scan d’un cerveau permet de départager ceux qui ont du talent pour la musique de ceux qui n’en ont pas.

« La musique, c'est quelque chose de beaucoup plus complexe que ce que nous avons demandé là à nos participants », dit-elle.

Elle se garde bien de décourager qui que ce soit d’apprendre à jouer de la musique. À son avis, tout un chacun peut apprendre et progresser. « Il est évident que les niveaux atteints et les vitesses d'apprentissage seront très différents en fonction des individus. » Qu’importe. Ce qui compte pour elle avant tout, c’est d’y trouver du plaisir.

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