Rencontre avec le journaliste français Hakim Kasmi, aveugle de naissance, qui contribue à faire tomber les préjugés au sujet des personnes ayant un handicap visuel.

Un texte de Marie-France Abastado, à Désautels le dimanche

Dans le studio de France Culture à Paris, c’est l’heure du bulletin de nouvelles de 12 h 30. Autour de la présentatrice, les journalistes, notes en mains, se préparent à intervenir. L’un d’entre eux fait glisser à toute vitesse les doigts sur sa feuille, car ses notes sont en braille : Hakim Kasmi est non-voyant.

Pour devenir journaliste, un métier qu’il a toujours rêvé d’exercer malgré son handicap, il a dû travailler fort.

« Le journalisme a toujours été un rêve d’enfant et j’ai toujours aimé la radio, qui m’accompagne depuis que je suis tout petit. Elle a toujours été pour moi un outil pour avoir accès à la culture », précise le journaliste de France Culture.

Mais Hakim Kasmi a du caractère, de la détermination. À l’époque où il poursuit des études à l’Institut pratique du journalisme à Paris, il doit passer une entrevue avec Radio-France qui l’embauchera peut-être pour un stage.

« L’école qui avait voulu m’aider n’a pas prévenu Radio-France que j’étais non-voyant. Donc quand il m’ont vu arriver pour le grand oral de motivation, ils ont eu un grand choc, se souvient-il. Ils ne s’attendaient pas à voir un non-voyant débarquer avec sa canne. »

L’entrevue se passe très bien. Évidemment, des questions lui sont posées sur son handicap et sur la façon dont il entend s’y prendre pour faire son métier et se déplacer. Hakim Kasmi est finalement embauché.

La technologie au service des non-voyants

Il faut dire que l’évolution de la technologie a rendu accessible un métier qui autrefois ne l’aurait pas été pour un non-voyant.

Par exemple, Hakim Kasmi a accès à toutes les dépêches des agences de presse grâce au logiciel Vocal Press. Même s'il ne voit pas le sonogramme, cette ligne que dessine le son sur l’écran de l’ordinateur, des innovations technologiques lui permettent aussi de faire du montage sonore, comme le ferait n’importe quel journaliste de radio.

Devenir grand reporter

Après ces années de stage et quelques contrats à plus court terme, Hakim Kasmi est embauché de façon permanente par Radio-France, où il travaille par la suite dans les différentes antennes. Mais la plus grande satisfaction de Hakim Kasmi, c’est d’avoir été nommé grand reporter et d’aller faire des reportages à l’étranger. Mais il a d’abord dû convaincre ses patrons qu’il était en mesure de le faire.

« Des fois, je ne vous cache pas que j’ai eu beaucoup de frustrations. C’était dur parfois à accepter, parce que pendant ces moments-là, on a l’impression d’avoir son handicap qui vous revient en pleine figure, dit-il. Ce n'était pas fait méchamment, c’était de la bienveillance, en fait. Quand les chefs ne voulaient pas que j’aille à l’étranger, ce n’était pas pour me punir, au contraire. C’était en fait parce qu’ils avaient peur qu’il m’arrive quelque chose. Mais c’est comme tout dans la vie, il a fallu un déclic et ils m’ont laissé partir une fois. »

Hakim Kasmi est envoyé au Brésil, en Jordanie, à Dubaï, au Mali et même à... Montréal. Chaque fois, la direction des ressources humaines de Radio-France paie un accompagnateur et ses frais de déplacement.

« Pour moi, explique Frédéric Barreyre, rédacteur en chef de la salle des nouvelles de France Culture, Hakim est un journaliste comme les autres, avec toutes ses capacités et j’oublie que Hakim est aveugle. Je l’ai nommé grand reporter il y a deux ans. Il me propose des sujets et les questions que je me posais au début, à savoir s’il serait capable d’aller au Maroc, en Afrique du Sud, partout dans le monde, aujourd’hui, je ne me les pose plus, je sais qu’il est capable. »

N’empêche, faire des reportages à l’étranger alors qu’on n’y voit rien, même avec un accompagnateur, on se demande comment Hakim Kasmi y parvient.

Conseils aux jeunes non-voyants

Hakim Kasmi répète souvent la même chose aux jeunes qu’il rencontre lorsqu’il donne des conférences dans les écoles. « Il faut toujours tenter, pour ne pas avoir de regrets. Moi, ça a toujours été un principe que je me suis fixé. Si j’avais écouté les gens, souligne-t-il, je n’aurais pas été journaliste, j’aurais fait kinésithérapeute. C’est un beau métier, en plus, adapté aux non-voyants. Mais non, je vais tenter d’être journaliste. Au moins si je n’y arrive pas, je n’aurai pas de regrets à 60 ans. »

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