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Études françaises à l'Université Laurentienne : « On est en train de mourir à petit feu »

« On est sur la corde raide », déplore la professeure de littérature Johanne Melançon, qui craint aujourd'hui pour la survie du Département d'études françaises de l'Université Laurentienne. Depuis son arrivée à la Laurentienne en 2005, dit-elle, l'administration s'efforce de réduire le nombre de professeurs du département, ce qui engendre à son tour une réduction de la taille des programmes et, conséquemment, du nombre d'étudiants inscrits. L'Université répond pour sa part qu'elle ne fait que répondre aux inscriptions étudiantes.

Un texte d'Isaac GauthierTwitterCourriel

Le cri du coeur de la professeure survient quelques jours après le dévoilement d'un rapport de l'Association canadienne des professeures et professeurs d'université (ACPPU) critiquant la Laurentienne. 

Le rapport allègue que l'administration fait de l'ingérence dans les affaires universitaires, utilise des mesures disciplinaires inappropriées lorsque les professeurs s'y opposent et ne maintient pas un nombre suffisant de professeurs, notamment en ce qui concerne l'enseignement francophone. 

Professeurs non renouvelés 

Depuis son arrivée à l'Université Laurentienne, Johanne Melançon explique que le Département d'études françaises a été restructuré en trois programmes : langue, littérature et linguistique.

Elle soupçonne que ce changement a été apporté pour permettre à l'administration de maintenir un moins grand nombre de professeurs pour chacune des spécialisations.

Le nombre et la taille des cours offerts en littérature ont considérablement diminué depuis les dernières années, explique-t-elle. Un étudiant qui désire donc compléter un baccalauréat dans ce programme doit obligatoirement compléter des cours hors-programme, faute d'une variété suffisante de cours. 

Présentement, l'Université compte deux professeurs de littérature, indique Johanne Melançon. Chacun enseigne une charge complète de cinq cours : « Si l'un d'eux devait tomber en congé sabbatique... il faudrait annuler des cours ». 

L'administration peut toujours embaucher des chargés de cours, mais selon Mme Melançon, Sudbury est un si petit marché que peu de candidats se portent volontaires pour enseigner une charge allégée. 

Mourir à petit feu

Le moral au plus bas parmi les professeurs du Département d'études françaises, selon Johanne Melançon.

« Entre collègues, des fois, on a des moments de démotivation, pour ne pas dire des moments de découragement. Où est-ce qu'on s'en va? On veut offrir un programme beaucoup plus intéressant que ce qu'on peut offrir en ce moment avec les ressources qu'on a. »

Selon elle, le Département d'études françaises n'est plus le phare de la culture franco-ontarienne qu'il a déjà été si l'on remonte aux années 70 au moment de la création de la maison d'édition Prise de parole et de la Nuit sur l'étang.

L'Université Laurentienne réagit

« Il y a une conjoncture importante au niveau de la Faculté des Arts qui n'est pas unique à l'Université Laurentienne », répond le recteur Dominic Giroux. 

Dans ce contexte, « l'Université se doit de répondre à la demande étudiante et donc, doit ajuster son déploiement du corps professoral », explique Dominic Giroux. La faculté de gestion, selon lui, manque de professeur alors que la Faculté des arts a l'un des meilleurs ratios d'étudiants par professeurs au pays.

Il ajoute que les universités ontariennes doivent aussi fonctionner avec une diminution du financement provincial par étudiant depuis les neuf dernières années. 

Durant cette même période, « l'Université a consenti des augmentations de salaire généreuses aux membres du corps professoral. Malgré la conjoncture, nous lançons cet automne de nouveaux programmes bilingues en génie mécanique, chimique et minier. Nous avons lancé sept nouvelles spécialisations en français au baccalauréat d'administration des affaires, une nouvelle maîtrise exclusivement en français en orthophonie et en sciences infirmières », énumère le recteur.

En somme, l'Université a continué de diversifier l'offre de programmes en français, selon lui. 

Le recteur Dominic Giroux ajoute, en réponse à une question, que la professeure Johanne Melançon ne subira aucunes représailles pour avoir parlé aux médias : « Ça viendrait enfreindre la liberté universitaire! »

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