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Évitez d'aller à l'urgence pour une simple fièvre, rappellent des spécialistes

La saison de la grippe qui pointe à l'horizon pousse des urgentologues et des épidémiologistes à mettre la population en garde contre la tentation de se présenter inutilement dans les urgences des hôpitaux. Seuls les patients qui souffrent de complications devraient normalement s'y retrouver, rappellent-ils.

Plus tôt cette semaine, les urgences de plusieurs hôpitaux, notamment à Montréal, ont signalé des débordements. À l'Hôpital de Montréal pour enfants, l'urgence était remplie à 95 % de sa capacité jeudi matin. Mercredi, les 265 patients qui s'y sont présentés ont dû attendre de six à huit heures en moyenne avant de voir un médecin.

À l'Hôpital Sainte-Justine, 353 personnes se sont rendues à l'urgence mardi, un achalandage inégalé depuis des années, selon des responsables. 

Cette situation coïncide avec le début de la saison de la grippe, qui survient de façon plus tardive cette année, en raison du temps doux qui a caractérisé l'hiver jusqu'ici.

Devant l'achalandage constaté aux urgences, il convient cependant de rappeler qu'il y a « une différence entre attraper la grippe et avoir des complications de la grippe », souligne le Dr Gaston De Serres, épidémiologiste à l'Institut national de la santé publique du Québec.

De façon générale, quelqu'un qui contracte la grippe va développer une infection respiratoire et fera de la fièvre pendant deux ou trois jours. Les symptômes vont ensuite en diminuant, bien qu'une toux puisse persévérer pendant 7à 10 jours. Inutile d'aller à l'hôpital dans de tels cas, note le Dr De Serres.

« S'il y a des complications qui se rajoutent, on va les voir apparaître. Après quelques jours de déclin des symptômes, on va voir réaugmenter la sévérité des symptômes. Là, des fois, ça suggère des pneumonies, par exemple », conclut-il. Dans de tels cas, les consultations sont de mises.

Les chefs médicaux des urgences pédiatriques du Centre hospitalier Sainte-Justine et de l'Hôpital de Montréal pour enfants, Antonio D'Angela et Harley Eisman, déplorent aussi que trop de parents se présentent dans leur établissement sans avoir une bonne raison.

« La fièvre comme telle, ce n'est pas dangereux. Même un niveau de fièvre de 40-41 °C, ce n'est pas dangereux », souligne le Dr Eisman à leur intention. « Nous autres à l'urgence, la seule chose qu'on a, c'est des médicaments pour baisser la fièvre, comme vous avez à la maison [...] Ce sont des maladies, des virus bénins, qui peuvent être bien guéris à la maison, avec de l'hydratation. »

« Quand on a autant d'achalandage, ça prend beaucoup de nos ressources, et nos ressources doivent être employées pour les plus malades », indique pour sa part le Dr D'Angela. « Quand la corde est étirée comme ça, ça va casser à un moment donné. Les personnes qui écopent, c'est les patients malades. Notre mission, à l'urgence de Ste-Justine, c'est de voir les patients les plus malades. »

Un épisode qui s'annonce moins sévère

Selon Gaston De Serres, le nombre de cas de grippe augmente depuis maintenant trois semaines au Québec, de sorte que le pic de l'épidémie devrait être normalement être atteint d'ici trois ou quatre semaines.

Le virus qui frappe le plus est l'influenza de sous-type H1N1, note-t-il, ce qui laisse présager une épidémie « moins dévastatrice », avec « moins d'hospitalisations et moins de décès » que l'an dernier, où les hôpitaux devaient composer avec l'influenza de sous-type H3N2.

Les autorités s'attendent du coup à ce que le vaccin antigrippal offre une « meilleure performance » : pour les virus H1N1, l'efficacité moyenne du vaccin est de 60 %, dit M. De Serres, comparativement à 40 % pour les virus H3N2.

Selon l'épidémiologiste, cela ne veut pas dire que l'épidémie durera moins longtemps pour autant. Il est par contre possible que le pic soit moins haut que l'an dernier.

Le PQ s'attaque au ministre Barrette

À Québec, la porte-parole du Parti québécois en matière de santé, Diane Lamarre, affirme que les débordements signalés ces derniers jours dans les salles d'urgence constituent une preuve que les moyens préconisés par le ministre de la Santé Gaétan Barrette pour améliorer l'accès aux omnipraticiens ont échoué.

« Ce que ça prouve aujourd'hui, c'est que même si les gens sont inscrits à un médecin de famille, ils n'ont pas nécessairement plus facilement accès à ce médecin », a-t-elle déclaré en conférence de presse jeudi matin. « Le ministre a été incapable actuellement de faire quoi que ce soit qui a amélioré l'accès. »

La système étant incapable d'assurer « un accès minimal » aux omnipraticiens, des gens qui ont la grippe se présentent donc aux urgences, où ils peuvent contaminer d'autres patients qui souffrent déjà de maladies respiratoires chroniques ou qui ont des bronchites ou des pneumonies.

Le ministre Barrette et le président de la Fédération des médecins omnipraticiens du Québec, le Dr Louis Godin, ont annoncé l'automne dernier la conclusion d'une entente en vertu de laquelle tous les Québécois qui souhaitent avoir un médecin de famille en auront un au plus tard le 31 décembre 2017.

Le Dr Godin avait précisé que la FMOQ allait travailler avec ses membres pour qu'ils modifient « leur façon de gérer leurs rendez-vous, afin qu'ils soient accessibles plus rapidement à leurs patients ».

« Ce n'est pas l'inscription qui est importante; ce qui est important, c'est l'accès réel [...] à un médecin de famille », plaide Mme Lamarre. Qui plus est, attendre jusqu'à 2018 pour avoir un omnipraticien est « inacceptable » dans le contexte actuel.

Selon elle, le ministre Barrette aurait dû s'assurer dans le cadre du projet de loi 20 que les groupes de médecine familiale (GMF) ouvrent leurs portes les soirs et les fins de semaine. Des amendements proposés par son parti à ce sujet n'ont pas été retenus, déplore-t-elle.

Diane Lamarre croit aussi qu'un recours accru à des super-infirmières dans des cliniques privées permettrait de contrôler les symptômes grippaux grippaux de multiples patients et de désengorger du coup les urgences.

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