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Excédée par des conflits, une commission scolaire largue Hockey Québec

BILLET - Plus le hockey scolaire gagne en popularité au Québec, plus Hockey Québec s'embourbe dans des manoeuvres ridicules pour tenter de combattre ce phénomène irréversible.

Un texte de Martin Leclerc


Le plus récent chapitre de ce mauvais feuilleton s'est déroulé dans la région du Bas-Saint-Laurent il y a une dizaine de jours. Mêlée bien malgré elle à l'invraisemblable guerre que Hockey Québec livre à ceux qui « osent » participer à l'éclosion du hockey scolaire, la Commission scolaire des Phares a tranché le débat de façon spectaculaire, en évinçant la fédération d'une de ses écoles!

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L'école du Mistral est située à Mont-Joli. Depuis 14 ans, cette maison d'enseignement publique abritait, en mode sport-études, des équipes de la structure d'excellence de Hockey Québec : une équipe pee-wee AA (11-12 ans), une équipe bantam AA (13-14 ans) et une équipe midget Espoir (15-16 ans).

Toutefois, Hockey Québec a décrété qu'il n'y aurait plus de hockey midget Espoir à Mont-Joli à compter de la saison 2016-2017. « Cette décision a causé une commotion dans notre communauté. Ici, les gens adorent le hockey et ils suivaient beaucoup leur équipe midget Espoir », raconte le président de la commission scolaire des Phares, Gaston Rioux.

Après des négociations très ardues avec Hockey Bas-Saint-Laurent, les dirigeants de la commission scolaire se sont retrouvés avec le scénario suivant : à compter de l'an prochain, Mont-Joli allait abriter deux équipes pee-wee (relève et élite) ainsi qu'une équipe bantam relève dans la structure d'excellence de Hockey Québec.

Pour offrir une option valable à leurs jeunes de 15 à 17 ans, les dirigeants de la commission scolaire des Phares ont alors décidé de faire une demande d'admission à la Ligue de hockey préparatoire scolaire (LHPS) afin de pouvoir y former une équipe de calibre M-17. La LHPS n'est pas affiliée à Hockey Québec.

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« Adhérer à la LHPS en catégorie M-17 était une excellente option pour nous. Ça nous permettait de garder nos jeunes dans notre communauté. En procédant autrement, on forçait nos jeunes de 15-16 ans à quitter la région, à vivre en pension à Rivière-du-Loup (à 1 h 45 de route) et à s'inscrire dans une école privée pour continuer à pratiquer du hockey compétitif », explique Gaston Rioux.

Or, Hockey Bas-Saint-Laurent et Hockey Québec ont catégoriquement refusé qu'une équipe de la LHPS soit admise dans une école où l'on retrouvait déjà des programmes de hockey de la fédération.

Comme bien d'autres avant eux, les dirigeants de la commission scolaire se sont alors retrouvés au milieu d'un débat surréaliste voulant que les « purs » (membres de Hockey Québec) ne puissent étudier dans la même école que des « impurs » qui participent à une ligue de hockey scolaire non fédérée.

La Commission scolaire des Phares a fini par trancher. Assez les folies! Et elle a décidé de mettre une croix sur les équipes de Hockey Québec. Si bien qu'à compter de la saison prochaine, l'école du Mistral comptera trois équipes de la LHPS de catégorie M-13, M-15 et M-17.

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À la fin de notre entretien, Gaston Rioux m'a raconté un incident témoignant à quel point les relations avec la fédération étaient devenues anormales pour sa commission scolaire.

« Durant l'hiver, les gens de Hockey Bas-Saint-Laurent nous ont dit qu'ils allaient désormais eux-mêmes choisir les entraîneurs chargés de diriger les équipes de hockey de l'école du Mistral.

« Imaginez un peu, les entraîneurs de nos équipes sont des éducateurs physiques employés par la commission scolaire. Ce sont des salariés permanents. Il aurait fallu quoi? Qu'on congédie nos employés pour nous plier à des décisions du hockey mineur? Ça n'avait pas de bon sens. »

Le 7 avril dernier, la commission scolaire des Phares a publié le communiqué de presse suivant :

« La Commission scolaire des Phares est heureuse de vous annoncer sa décision finale, qui est de développer la Ligue de hockey préparatoire scolaire (LHPS) à son école du Mistral.

« Après les pourparlers avec Hockey Bas-Saint-Laurent et Hockey Québec qui ne veulent aucunement qu'une cohabitation se fasse dans notre école, nous devions prendre cette décision. »

Que dire de plus?

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« Hockey Bas-Saint-Laurent et Hockey Québec ne laissaient pas d'espace pour négocier. Nous avons été très déçus de leur attitude », déplore Gaston Rioux.

« Par la suite, quand nous nous sommes mis à réfléchir à la possibilité d'adhérer complètement au hockey scolaire, nous nous sommes rendus compte que les plus étaient plus nombreux que les moins pour nos jeunes. Et ça correspond exactement à notre mission de favoriser les études.

« Et puis, la LHPS connaît une expansion presque exponentielle. Ce n'est pas un cul-de-sac. Si nos jeunes ont le talent nécessaire, ça ne les empêchera pas de se faire recruter ou de se faire remarquer par les équipes du niveau supérieur (comme la LHJMQ) », estime le président de la Commission scolaire des Phares.

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Si cette histoire vous laisse bouche bée, je vous conseille de lire cet article paru ces derniers jours dans le Nouvelliste de Trois-Rivières.

On y apprend que les athlètes issus du hockey scolaire doivent débourser 300 $ de plus que les hockeyeurs membres de Hockey Québec pour participer au camp préparatoire d'une équipe de hockey midget AAA.

Au lieu de débourser 150 $ pour avoir le « privilège » de disputer trois ou quatre matchs sans signification, les athlètes issus du hockey scolaire se font imposer une amende de 300 $ pour soi-disant adhérer à Hockey Québec et ainsi être couverts par les assurances de la fédération.

Ça ne frôle pas le ridicule. C'est d'un ridicule achevé.

Tout comme l'exclusion de la petite Catherine Birch (12 ans) du prestigieux Tournoi pee-wee de Québec l'hiver dernier. L'une des meilleures défenseuses au Québec, Catherine Birch, avait ainsi été écartée de la première équipe féminine de l'histoire du tournoi parce qu'elle était membre d'une équipe de hockey scolaire.

Le hockey québécois est gangrené par des gens qui sont beaucoup plus intéressés par leurs petites guerres corporatistes que par le bien des enfants. C'est un spectacle franchement désolant.

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