Retour

Exclusif - Le Nouveau-Brunswick promet de rembourser la pilule abortive

Le ministre de la Santé du Nouveau-Brunswick, Victor Boudreau, affirme que la province remboursera la pilule abortive lorsqu'elle arrivera sur le marché. Il fait cette promesse alors que le nombre d'avortements pratiqués dans les hôpitaux a augmenté de 30 % en 2015.

Un texte de Catherine Allard

En janvier 2015, le Nouveau-Brunswick a éliminé l'obligation pour les femmes d'avoir l'avis de deux médecins afin d'obtenir un avortement à l'hôpital. Des militantes pro-choix se battent aujourd'hui pour l'ajout de points de services, mais le gouvernement croit que l'offre actuelle répond à la demande.

« Cette capacité que nous avons dans le système semble être suffisante pour la demande qui existe présentement. Et si la pilule vient sur le marché, je crois que la demande sera encore moindre », explique le ministre de la Santé du Nouveau-Brunswick, Victor Boudreau.

Le ministère de la Santé espère que la pilule abortive sera disponible au Nouveau-Brunswick avant la fin du mois de décembre. De plus, il assure qu'elle sera remboursée par la province.

« C'est une bonne chose, mais cette pilule doit [pour le moment] être prescrite et donnée par un médecin », dit Amely Friolet-O'Neil, la directrice générale du Regroupement féministe du Nouveau-Brunswick (RFNB).

Elle espère qu'un protocole d'entente sera mis en place entre les médecins et les pharmacies pour assurer que les femmes seront en mesure d'obtenir le médicament dans un délai raisonnable.

En 2015, 681 femmes ont subi un avortement dans les hôpitaux de la province. C'est 30 % de plus qu'en 2014 et 60 % de plus qu'en 2011. Pour l'année en cours, des chiffres préliminaires du ministère de la Santé démontrent que 374 femmes ont eu recours à une interruption volontaire de grossesse dans les hôpitaux entre janvier et septembre 2016.

Jusqu'en 2013, environ 1000 femmes par année subissaient un avortement dans la province, soit dans un hôpital ou à la clinique Morgentaler à Fredericton. La clinique privée, qui s'appelle maintenant Clinique 554, n'a pas dévoilé ses statistiques pour 2014 et 2015, ce qui nous empêche de faire un portrait global pour cette période.

Les groupes féministes se réjouissent de voir que davantage de femmes se sont faites avorter à l'hôpital, sans avoir à payer pour la procédure. Ils réclament cependant l'ajout d'autres points de services dans les grands centres de la province.

Actuellement, il est possible de se faire avorter dans les deux hôpitaux de Moncton, ainsi que dans celui de Bathurst. Les femmes peuvent aussi se rendre à la Clinique 554, mais la procédure n'est pas remboursée par la province.

« Je ne pense pas que de savoir qu'il y a eu une augmentation démontre une meilleure accessibilité. Il y a toujours des barrières qui persistent », croit Amely Friolet-O'Neil.

Même son de cloche du côté de l'organisme Justice reproductive NB. Il évoque les distances que doivent parcourir certaines femmes pour se rendre dans les hôpitaux de Moncton et Bathurst.

Le groupe explique également que certaines femmes n'ont pas le choix de se tourner vers la clinique privée, puisque les hôpitaux refusent de pratiquer un avortement après 14 semaines de grossesse, contrairement à 16 semaines à la clinique.

« Sur papier les changements au règlement semblent bien, mais il y a toujours d'importantes barrières à l'accès », affirme la porte-parole de l'organisme, Allison Webster.

Le ministre Victor Boudreau rappelle que l'avortement est considéré « comme n'importe quel autre service médical. Tous les services ne sont pas disponibles dans tous les hôpitaux ».

Lors d'une rencontre entre le RFNB et le ministère de la Santé il y a quelques semaines, les femmes ont renouvelé leur demande pour la création de nouveaux points de services, par exemple à Edmundston ou à Saint-Jean.

« C'est quelque chose qu'on va certainement regarder, mais pour l'instant je pense que les changements qu'on a apportés ont quand même répondu à l'engagement que nous avions fait comme gouvernement », répond Victor Boudreau, en précisant qu'il n'y a actuellement pas de liste d'attente pour l'obtention d'un avortement dans la province.

Victor Boudreau avait promis d'évaluer la situation un an après l'entrée en vigueur des changements, mais huit mois après la date butoir « l'évaluation est en train de se faire ». Le ministre promet qu'il va faire le point sur ce dossier dans les prochaines semaines.

La Clinique 554 à Fredericton refuse de rendre public le nombre d'avortements pratiqués depuis son ouverture en janvier 2015.

La directrice de la clinique, Valerie Eldeman, affirme qu'ils ont pratiqué « des centaines d'avortements » depuis l'ouverture, mais elle refuse de donner un chiffre précis ou même de faire une comparaison avec le nombre d'avortements pratiqués par la clinique Morgentaler.

Au ministère de la Santé, on assure ne pas être en possession de cette information, mais le ministre Victor Boudreau croit que le nombre de procédures effectuées dans la province est resté le même.

« Lorsqu'on regarde le total dans les années précédentes [ cliniques et hôpitaux ] il y avait une certaine consistance d'un peu plus de 1000 avortements qui se faisaient annuellement entre les deux systèmes. Maintenant qu'on en fait plus dans les hôpitaux, on peut présumer que ça a diminué [dans les cliniques] », dit Victor Boudreau.

La clinique urge le gouvernement d'abolir un article du Règlement 84-20 pour permettre le remboursement des avortements faits à l'extérieur du contexte hospitalier.

Valerie Eldeman demande au gouvernement de financer les activités de la clinique privée, en rappelant qu'il s'agit de la seule clinique au Canada à offrir ce service sans financement gouvernemental.

« Tant et aussi longtemps que nous avons la capacité à l'intérieur du système public, pourquoi payer une pratique privée? Je ne peux pas voir que cette position-là change », dit Victor Boudreau.

Les femmes qui font affaire avec la Clinique 554 doivent débourser entre 700 $ et 850 $ pour se faire avorter.

Plus d'articles