Retour

Exclusif - Les médecins sanctionnés se voient souvent accorder une seconde chance

Les médecins canadiens qui se livrent à un comportement inapproprié avec leurs patients - des commentaires inappropriés, des relations amoureuses, des attouchements, des abus sexuels - se voient souvent accorder une seconde chance de continuer à pratiquer la médecine, révèle une enquête de CBC.

Au cours des 15 dernières années, au moins 250 médecins ont été sanctionnés à travers le pays pour une variété d'infractions à l'égard de leurs patients, selon un examen de leurs dossiers disciplinaires. Moins du tiers ont perdu leur licence, et environ la moitié d'entre eux continuent de pratiquer la médecine aujourd'hui.

En outre, l'enquête a permis d'apprendre que 28 médecins ont fait face plus d'une fois à des mesures disciplinaires pour des comportements inappropriés avec leurs patients. Cinq d'entre eux continuent à pratiquer.

Cette situation est « inacceptable », selon Barb MacQuarrie, la directrice communautaire du Centre de recherche et d'éducation sur la violence envers les femmes et les enfants de l'Université de Western Ontario.

Selon les données des cas disciplinaires, plus de 380 patients ont été impliqués dans des interactions inappropriées avec des médecins.

Sur les 250 médecins qui se sont fait reprocher d'avoir agi de façon inappropriée avec des patients, 181 étaient des médecins généralistes et 32 étaient des psychiatres.

Manque d'uniformité

Ces données sont issues d'une analyse des dossiers disciplinaires publics de médecins disponibles pour les 15 dernières années au pays. L'analyse a été rendue difficile par le manque d'uniformité au niveau des données fournies et au niveau des règles de transparence des autorités et des organismes de réglementation, soit les Collèges des médecins et chirurgiens.

L'organisme responsable en Alberta, par exemple, ne rend public qu'un sommaire des conclusions des procédures disciplinaires des cinq dernières années. Au Manitoba, le site web ne recense que les cas disciplinaires des dix dernières années. En Ontario, l'information remonte aux années 1980. Quant au Yukon, l'organisme responsable affirme que la loi les empêche de divulguer toute information disciplinaire.

L'analyse a révélé un total de 934 cas disciplinaires concernant 817 médecins dans 10 provinces et deux territoires.


Parmi les infractions recensées, on compte la fausse représentation de compétences, des manquements à l'éthique, des fautes administratives mineures, un manque de compétences et une mauvaise prestation de soins.

Relations sexuelles avec des patients

Dans 250 cas, les médecins se sont fait reprocher un comportement inapproprié avec leur patient, notamment des agressions sexuelles criminelles, des attouchements et des relations amoureuses. Moins du tiers ont vu leur permis être révoqué. D'autres ont été autorisés à prendre leur retraite ou à démissionner plutôt que de faire face à des audiences disciplinaires.

De ces 250 médecins, 185 ont été autorisés à continuer à pratiquer la médecine au pays à la suite d'amendes, de réprimandes, de rééducation, de restrictions ou d'une suspension temporaire de leur permis. Trois médecins pratiquent actuellement dans d'autres pays.

« Les patients viennent voir les médecins, parce qu'ils leur font confiance », déclare la docteure Gail Robinson, psychiatre et professeure à l'Université de Toronto, qui a été membre de plusieurs groupes de travail sur l'abus sexuel de patients en Ontario. « Ils viennent parce qu'ils sont inquiets. Ils sont vulnérables », ajoute-t-elle.

La docteure Robinson considère que le système disciplinaire actuel favorise « le protectionnisme des professions plutôt que de se préoccuper davantage du bien-être des patients. »

Elle est critique des décisions des différents Collèges des médecins et chirurgiens qui permettent à un médecin de continuer à pratiquer, en particulier dans les cas de récidive. Le statut et le pouvoir dont jouissent les médecins peuvent devenir « un obstacle à tenir les médecins responsables de leur comportement », affirme-t-elle.

« Combien de fois devez-vous montrer que vous êtes soit incompétent, soit que vous manquez de jugement avant de dire : "Je ne pense pas que vous devriez être un médecin?" », s'interroge la docteure Gail Robinson.

Les organismes de réglementation interdisent généralement des relations sexuelles ou amoureuses entre les médecins et leurs patients, même lorsque le médecin estime qu'il détient le consentement du patient.

En Ontario, par exemple, comme dans de nombreuses autres provinces, un médecin qui a des relations sexuelles avec un patient est soumis à des sanctions disciplinaires.

Selon un reportage de Katie Nicholson, avec la collaboration de Holly Moore et Vera-Lynn Kubinec

Plus d'articles

Commentaires

Vidéo du jour


Une caméra de sécurité montre quelque chose d'extraordinaire





Rabais de la semaine