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Explosions chez Hydro-Québec : des disjoncteurs remplacés prématurément

De nombreux disjoncteurs du réseau électrique québécois, qui ont été remis à neuf depuis les années 90, devront être remplacés prématurément. À la suite de plusieurs explosions récentes, Hydro-Québec doit dépenser de façon urgente plus d'un demi-milliard de dollars pour remplacer tous les disjoncteurs PK de 735 000 volts sur son réseau.

Un texte de Mathieu Dion

De 1992 à 2010, des nombreux disjoncteurs PK ont été remis à neuf à des coûts importants. Ils devaient avoir une durée de vie jusqu'en 2040. En novembre 2015, la société d'État a même défendu la fiabilité de ceux-ci devant la Régie de l'énergie.

Or, le nouveau président-directeur général d'Hydro-Québec, Éric Martel, a récemment pris la décision de remplacer immédiatement tous les disjoncteurs PK qui se trouvent au sein des quelque 500 postes d'Hydro-Québec.

Le remplacement des disjoncteurs PK est en cours depuis 10 ans, nuance le porte-parole d'Hydro-Québec, Serge Abergel. « Ce qu'on fait ici, c'est qu'on accélère le calendrier. Deux incidents motivent notre décision de devancer le calendrier, car ils créent une préoccupation pour la sécurité des employés et la fiabilité du réseau. La régie doit se pencher sur le calendrier qu'on lui propose. »

Dans les deux dernières années, par temps froid, plusieurs disjoncteurs PK ont explosé soudainement. Des débris métalliques et de porcelaine ont été catapultés sur des dizaines de mètres.

La CAQ réagit

Mercredi, la Coalition avenir Québec (CAQ) a dévoilé un rapport d'Hydro-Québec datant de 2003. Le rapport, réalisé par l'ingénieur Stéphane Proulx, démontrait alors l'importance d'agir sur ces disjoncteurs. Il proposait entre autres la remise à neuf de certains disjoncteurs et le remplacement progressif d'une partie du parc des PK par des SF6 sur une base annuelle. L'ingénieur expliquait que le remplacement devrait être priorisé.

La porte-parole de la CAQ en matière d'énergie, Chantal Soucy, a brandi ce rapport lors de la période des questions à l'Assemblée nationale.

Le ministre de l'Énergie, Pierre Arcand, a répondu que chaque année Hydro-Québec fait des travaux de réfection sur son réseau. « Les disjoncteurs en question ont été posés et fabriqués dans les années 70. La décision d'Hydro-Québec est très réaliste. Ils seront remplacés », a-t-il dit. Le ministre Arcand s'en remet à la Régie de l'énergie qui devra analyser les demandes faites par la société d'État et approuver la dépense.

Dividendes à tout prix?

L'état actuel du réseau vieillissant d'Hydro-Québec inquiète toutefois l'ancien responsable de la santé et sécurité au travail au Syndicat des technologues, Pierre Lemieux. Il affirme que l'entretien est de plus en plus négligé et que les travailleurs doivent se battre face à leur employeur afin de faire avancer les dossiers en matière de santé et sécurité. Il a l'impression que les dividendes remis à l'État passent avant tout.

Pourtant, les explosions se comptent par dizaines parmi de nombreux appareils électriques du réseau.

Le Syndicat des technologues d'Hydro-Québec, qui a souvent fait appel dans différents dossiers à la Commission des normes, de l'équité, de la santé et de la sécurité du travail (CNESST), craint qu'un incident grave blesse des travailleurs avec l'augmentation du nombre d'explosions.

Pour assurer la sécurité des travailleurs dans les postes à risque, des zones de sécurité sont établies. Dans certains cas, un véhicule blindé est utilisé pour circuler. « Il y a évidemment beaucoup de problématiques en santé et sécurité au travail, fait savoir Pierre Turgeon de la CNESST. On parle en plus d'électricité. Hydro-Québec a une expertise et collabore avec nous, même chose pour le syndicat. Ce qui nous réjouit, c'est quand le milieu prend en charge ces questions et c'est présentement le cas. »

Une gestion saine du réseau

« Le réseau est géré dans une optique de saine gestion, de fiabilité et de sécurité avec un regard sur les coûts, insiste Serge Abergel d'Hydro-Québec, parce que tout investissement sur le réseau peut se refléter sur les tarifs que les Québécois paient. »

Hydro-Québec doit dépenser près d'un milliard de dollars en 2016 pour améliorer l'ensemble de ses installations, ce qui pourrait entraîner des augmentations tarifaires.

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