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Extraction gazière : les émissions de méthane sous-estimées, selon une étude

La pollution par les fuites de méthane provenant de l'industrie gazière et pétrolière de Colombie-Britannique serait 2,6 fois plus élevée que ce que disent les chiffres officiels du gouvernement provincial, selon un rapport obtenu par Radio-Canada.

Un texte de Francis Plourde

L'étude, effectuée par des chercheurs de l'Université Saint-Francis-Xavier, en Nouvelle-Écosse, et de la Fondation David Suzuki, soulève des questions sur les méthodes de calcul des gaz à effet de serre en Colombie-Britannique et dans l'ensemble du pays, au moment où le Canada tente d'atteindre les cibles de réduction fixées par l'Accord de Paris.

L’étude, sur le point d’être publiée dans le journal scientifique Atmospheric Chemistry and Physics Discussions, serait la première au Canada à étudier sur le terrain les émissions fugitives, des émissions secondaires dégagées de façon intentionnelle ou non par l’industrie gazière ou pétrolière.

Pendant deux mois, en 2015, les chercheurs ont circulé dans le secteur de Montney, dans le nord-est de la Colombie-Britannique, dans des véhicules équipés d’instruments de détection des gaz. C’est dans cette région que se produit la majorité (55 %) de l’extraction gazière dans la province, principalement par fracturation hydraulique.

Au total, ils ont franchi 8000 km et observé plus de 1600 infrastructures gazières et pétrolières, certaines abandonnées, d’autres toujours en activité.

Les chercheurs sont revenus en 2016 pour visiter les installations à l’aide d’une caméra à infrarouge. Cette caméra a permis de valider les données précédentes et d’identifier la provenance des fuites de gaz.

À l’heure actuelle, l’industrie déclare 78 000 tonnes d’émissions de méthane en Colombie-Britannique. Or, le méthane mesuré dans la région de Montney atteint 111 800 tonnes. En extrapolant les données à l’échelle de la Colombie-Britannique, les chercheurs concluent que le volume actuel de gaz relâchés dans l'air est 2,6 fois plus élevé que les émissions fugitives déclarées.

Selon Marc Brullemans, membre biophysicien du collectif scientifique sur la question du gaz de schiste, cette estimation confirme ce qui a été observé aux États-Unis. « Cela correspond à d’autres études faites aux États-Unis, où on se rend aussi compte que les émissions inventoriées sont inférieures à celles qui sont mesurées. »

Effet important sur le calcul des émissions

Selon les chercheurs, les données recueillies feraient aussi en sorte que la première source d’émissions en Colombie-Britannique ne serait pas, comme il est indiqué actuellement, le transport, mais bien le gaz et le pétrole.

« Ces émissions, on ne les voit pas, mais elles représentent [dans le secteur couvert par l’étude] l’équivalent de 2 millions de voitures supplémentaires sur les routes de Colombie-Britannique, souligne John Werring, coauteur. Dans un tout petit secteur comme Fort St-John, c’est énorme! »

Ces nouvelles données remettent aussi en question les affirmations du gouvernement provincial selon lesquelles le gaz naturel obtenu par fracturation est une source d’énergie propre.

Le fédéral sous la loupe

À l’échelle du pays, cette étude pourrait aussi forcer le gouvernement fédéral à revoir sa stratégie pour lutter contre les changements climatiques.

À l’occasion du Sommet des leaders nord-américains, en 2016, le Canada s’était engagé à réduire les émissions de méthane du secteur pétrolier et gazier de 40 à 45 % d’ici 2025 par rapport aux niveaux de 2012.

Récemment, la mise en oeuvre de la réglementation, qui devait être terminée en 2020, a été repoussée à 2023. Selon le cabinet de la ministre de l’Environnement et du Changement climatique, ce délai supplémentaire « donnera plus de temps à l'industrie pour apporter les changements à leurs activités et le capital nécessaire à leur budget ».

En comptabilisant le méthane provenant de gaz fugitifs, l’objectif, déjà difficile à atteindre, devient pratiquement impossible, selon les auteurs de l'étude.

À la lumière de cette étude, la Fondation David Suzuki recommande une meilleure réglementation et une meilleure surveillance de l’industrie, ainsi qu’une mise à jour de l’inventaire pour tenir compte de ces émissions non signalées.

À l’heure actuelle, la fracturation hydraulique représente environ la moitié de la production gazière au pays. Selon Ressources naturelles Canada, les gaz de schiste pourraient atteindre 80 % de la production canadienne en 2035.

« En réglementant plus sévèrement les émissions fugitives de méthane dans l’industrie du gaz de schiste, on pourrait très rapidement faire des gains dans la lutte contre les gaz à effet de serre », souligne Karel Mayrand, directeur général de la Fondation David Suzuki pour le Québec et l'Atlantique.

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