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Extrême droite, populisme, néonazisme... petit guide pour éviter les amalgames

Il existe 917 groupes de haine aux États-Unis, selon le Southern Poverty Law Center. Ils sont à la fois unis et divisés au regard de leurs idéologies. Comment les définir? Quelles sont leurs convictions? Voici un petit lexique pour démêler les différentes affiliations politiques de la droite radicale.

Un texte de Mélanie Meloche-Holubowski

1. Alt-right (droite alternative)

Le président américain Donald Trump utilise souvent dans ses discours le terme alt-right (droite alternative), qui englobe des idéologies d’extrême droite très divergentes.

Ce mouvement est décrit comme étant un mélange de racisme, de nationalisme blanc et de populisme. Ses partisans refusent de traiter avec égalité les femmes, les juifs, les homosexuels, les musulmans, les immigrants et d'autres minorités. Ils veulent à tout prix éliminer la gauche politique.

L’Associated Press, comme plusieurs autres médias américains, recommande à ses journalistes d’éviter d’utiliser « droite alternative », puisque plusieurs suprémacistes l’utilisent comme euphémisme pour cacher leur idéologie raciste. Le groupe de presse recommande plutôt de définir tout simplement la droite alternative comme étant un mouvement nationaliste blanc.

Donald Trump a également utilisé alt-left en parlant des manifestations à Charlottesville, en Virginie. Cette expression n’a jamais été associée à un groupe ni à un mouvement, mais est souvent utilisée par des commentateurs sur Fox News pour décrire ceux qui s’opposent à la droite alternative.

Enfin, il y a les alt-light (droite alternative édulcorée), ceux qui veulent s’éloigner de la droite alternative en raison de son extrémisme nationaliste.

2. Nationalisme

Le nationalisme est un mouvement politique qui revendique pour une nationalité le droit de former une nation. On peut parler notamment de nationalisme québécois, européen, chinois ou catalan.

Toutefois, cette doctrine politique peut prendre une dimension xénophobe et radicale, lorsqu’elle définit qui peut faire partie de cette nation. Par exemple, les nationalistes blancs prônent une ségrégation raciale parce qu’ils se considèrent comme une nation distincte qui mérite une protection légale, politique et territoriale. Les nationalistes blancs aux États-Unis croient qu’ils sont victimes de génocide causé par l’immigration et la mixité raciale.

Quelques variations :

Nativisme : une politique qui favorise les natifs d’un pays au détriment des immigrants.Ultranationaliste : un nationaliste ayant un point de vue extrême (p. ex. : Golden Dawn en Grèce).

Exemples : Identity Evropa, White Lives Matter, Canadian Nationalist Party, Pegida, La Meute

3. Suprémacisme

Plusieurs nationalistes sont également des suprémacistes, puisqu’ils croient qu'une race (ou un sexe, une culture, une religion) est supérieure aux autres et qu’ils devraient contrôler toutes les personnes qui ne sont pas de cette race. On peut parler entre autres de nationalistes blancs, nationalistes musulmans et nationalistes mâles (ou misogynes).

Le séparatisme blanc est une forme de suprémacisme blanc qui estime que les Blancs devraient vivre dans un État avec seulement des Blancs.

Exemple : Vanguard America

4. Néonazisme

Les groupes néonazis s'inspirent de l'idéologie nazie d'Adolf Hitler et entretiennent une haine profonde pour les Juifs. Ils détestent d’autres groupes minoritaires, mais croient principalement que les Juifs sont responsables de tous les problèmes sociaux et qu’ils contrôlent les gouvernements, les institutions financières et les médias.

Groupes aux États-Unis : Klu Klux Klan, National Socialist Movement, Traditionalist Worker Party, Aryan Guard

5. Fascisme

Cette idéologie politique a été élaborée par Benito Mussolini au début du 20e siècle. Selon le site Perspective Monde de l’Université de Sherbrooke, « cette doctrine politique rejette le libéralisme, le marxisme, l'individualisme et la démocratie parlementaire ». Les fascistes croient qu’il est nécessaire d’avoir un dictateur charismatique comme dirigeant et prônent le corporatisme, le parti unique et le nationalisme ethnique.

De plus, « par extension, le terme est utilisé pour désigner des formations d'extrême droite ou pour qualifier péjorativement une attitude élitiste et autoritaire ».

« On perd la spécificité de ce qu’est le fascisme. Tout devient fasciste. Le fascisme se veut par définition [...] ni d’extrême droite ni d’extrême gauche. Pour eux, ils sont au-delà de la querelle politique », souligne Christian Nadeau, professeur de philosophie.

Exemple : American Blackshirts

6. Populisme

Le populisme est composé de personnes qui se présentent comme antiélites, antisystèmes, sans être nécessairement associées à la droite politique ni à la gauche. Ce credo politique tend à ressurgir lors de périodes économiques difficiles.

Selon l'historienne Marise Bachand, il existe sept caractéristiques du populisme américain :

  • Apologie des gens ordinaires et du « gros bon sens »
  • Vision nostalgique de la culture et de la société américaine (famille, religion, communauté)
  • Antiélitisme, haine des riches, des experts
  • Méfiance envers les intellectuels
  • Peur de la centralisation
  • Forte tendance au protectionnisme et à l’isolationnisme

Mme Bachand ajoute qu’aux États-Unis, il existe un populisme inclusif, qui s’attaque aux élites économiques et aux politiciens qui les soutiennent. Le populisme exclusif, un courant raciste et xénophobe, s’en prend aussi aux élites, mais s’adresse aux citoyens blancs, tout en dénigrant les Noirs, les Mexicains, les Chinois et les musulmans.

Exemple : Syriza en Grèce, Front national en France

7. Patriotes (États-Unis)

Ces groupes s’opposent particulièrement au gouvernement fédéral et au « nouvel ordre mondial ». Ils veulent à tout prix protéger la Constitution américaine et veulent que le gouvernement cesse de s’ingérer dans les questions de droits territoriaux, de possession d’armes, de liberté d’expression.

Plusieurs patriotes se préparent militairement et accumulent des réserves en cas d’agression de la part du gouvernement.

Le mouvement a pris racine après le siège de Waco en 1992 et a pris de l’ampleur depuis l’élection de Barack Obama.

Exemple : Oathkeepers, Get out of our House, Citizens Militia of Mississippi, Georgia Militia

8. Kekistanisme

Il s’agit d’une religion satirique des nationalistes blancs qui a une grenouille (Pepe the frog) en guise de dieu. Cette pseudo-religion a été créée pour se moquer des libéraux. Pepe la grenouille s’inspire du dieu égyptien Kek, qui représente le chaos et l’obscurité et qui souhaite renverser l’ordre mondial existant – un concept fréquemment véhiculé par les nationalistes blancs.

Le logo vert et blanc des « kekistans » est composé de quatre « K » entourant la lettre « E » et s’apparente au drapeau nazi allemand.

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