Chef de file reconnu en matière d'éducation depuis des années, la Finlande a décidé de s'attaquer au mode de vie trop sédentaire des élèves. La Liikkuva Koulu, l'école en mouvement, vise à les faire bouger pour qu'ils apprennent mieux, en classe ou en plein air.

Un texte de Jean-François Bélanger

Comme tous les mardis, Siiri a mis ses petites bottes jaunes en caoutchouc pour se rendre à la garderie. Son imperméable et son petit sac à dos aussi. Le temps est gris et frais pour un mois de septembre. Sa mère l’a donc habillée en conséquence, sachant que la gamine passera une bonne partie de la journée à l’extérieur, dans la forêt.

Car la particularité de la Päiväkoti Kotilo est d’être une garderie en plein air. Beau temps, mauvais temps, les enfants passent au moins trois jours par semaine à l’extérieur, dans les parcs, les forêts et sur les bords de mer environnants.

En ce mardi matin, après une série de comptines entonnées en chœur, les enfants se mettent en marche à la queue leu leu derrière Sara Juhola, l’éducatrice. La destination est le petit boisé de Tyrskyvuori, distant d’environ un kilomètre. La ballade est bucolique, le long de la baie de Norra Fladet, à Espoo.

Une fois arrivés sur un point de vue en hauteur qui domine la crique, les petits bouts de chou s’assoient sur le rocher et attaquent une collation bien méritée.

Des enfants plus calmes

Difficile de trouver un cadre plus enchanteur, lance en riant Sara Juhola. Si elle travaille avec les enfants d’âge préscolaire depuis plus d’une dizaine d’années, l’éducatrice n’a intégré cette garderie d’un genre particulier que l’an dernier. Le concept, explique-t-elle, vient de Suède et s’est rapidement répandu dans tout l’espace scandinave.

Contes, jeux éducatifs, peinture à la gouache : les activités à la garderie Kotilo diffèrent peu de celles d’établissements plus traditionnels, si ce n’est qu’elles se déroulent bien souvent dans la nature.

« Les bienfaits sont nombreux. Les enfants sont plus calmes. Ils respirent de l’air frais, ils font de l’exercice, ils apprennent à prendre soin de leurs camarades et de la nature », explique Sara.

C’est cette particularité qui fait le succès de la garderie. Teemu Talasmaa y a placé ses trois enfants justement pour cette raison. Le jeune père de famille cherche surtout à éviter que ses fils soient trop sédentaires.

Une heure d’exercice par jour

En Finlande, pays d’origine de jeux vidéo ultrapopulaires comme Angry Birds, Clash of Clans et Boom Beach, beaucoup s’inquiètent de voir leurs enfants passer plus de temps le nez collé sur un téléphone intelligent que dehors à taper dans un ballon.

C’est ce qui a poussé le ministère de l’Éducation à lancer en 2010 le programme Liikkuva Koulu - ou école en mouvement -, qui vise à faire faire aux élèves au moins une heure d’activité physique par jour.

Mis en pratique sur une base volontaire, il regroupe maintenant plus de 2000 écoles et touche 88 % des élèves du primaire.

Selon Antti Blom, à l’origine du projet, il s’agit de repenser la journée scolaire en intégrant la nécessité de faire bouger davantage les enfants. De la modification des périodes de récréation à l’ouverture des gymnases le midi, en passant par l’aménagement des classes, tout peut devenir prétexte à l’activité physique. « Les enseignants peuvent créer des pauses toutes les 15 minutes; par exemple, déplacer les élèves dans la classe, leur faire changer d’activité, de position », explique-t-il.

Selon le chercheur Marko Kantomaa, beaucoup d’études ont démontré que l’activité physique a des répercussions positives sur les fonctions cognitives et exécutives des enfants. « En plus d’avoir un effet sur la mémoire, l’exercice aide au développement du cerveau. Et les recherches récentes démontrent que l’activité physique au cours de la journée scolaire augmente le plaisir des enfants et le niveau d’approbation des enseignants qui sont des facilitateurs d’apprentissage », explique l’expert.

Faire des maths en forêt

À l’école Kirsti d’Espoo, Anniina Hakkarainen a poussé très loin le concept. Non contente de faire bouger ses élèves de cinquième année en classe, elle les fait sortir dehors au moins deux fois par semaine.

Ainsi, la forêt de Pirttimäki se transforme régulièrement en salle de cours en plein air, où les jeunes élèves apprennent à s’orienter, à identifier les multiples fruits des bois, les différents types de mousse végétale, en parcourant à pied plus de 6 km.

Mais l’enseignement est loin de se limiter à la botanique. Fidèle à l’approche intégrée de l’éducation finlandaise, Anniina saisit tous les prétextes, comme la distance parcourue ou la description des espèces végétales, pour faire plancher ses élèves sur des problèmes mathématiques, affûter leur raisonnement logique ou développer leur vocabulaire finnois.

Et les enfants en raffolent.

La classe regroupe des enfants issus de l’immigration récente ou de familles étrangères expatriées temporairement en Finlande. Des enfants de tous horizons pour qui le finnois est bien souvent une langue seconde. Mais son approche a permis de créer de la cohésion dans un groupe hétéroclite, et les élèves semblent plus motivés que jamais.

Lilly McKenzie, une jeune Californienne, l’avoue : si elle trouve rébarbatives les classes traditionnelles où elle doit rester assise sans bouger, elle adore les journées passées en plein air et a l’impression de mieux apprendre et de mieux comprendre les matières enseignées.

Une impression partagée par les chercheurs du ministère de l’Éducation finlandais. S’il se garde de tirer des conclusions trop hâtives, car les études en cours n’ont pas encore dévoilé tous leurs résultats, Marko Kantomaa a peu de doutes : « les étudiants qui ont l’occasion de faire davantage d’activité physique pendant la journée ont de meilleures notes à l’école ».

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