Oui, le café pourrait devenir plus rare et plus cher, en raison notamment des changements climatiques. Portrait de la situation à l'occasion dimanche de la Journée internationale du café.

Un texte de Danielle Beaudoin

Quelque 25 millions de familles vivent de la production du café dans une soixantaine de pays, pour un marché mondial de 100 milliards de dollars, selon les données de l’Organisation internationale du café (OIC). Il s’agit là de la marchandise la plus négociée après le pétrole, signale Sylvain Charlebois, professeur en distribution et politique agroalimentaire à l’Université Dalhousie, en Nouvelle-Écosse.L’OIC estime que la production s’élèvera à près de 153,9 millions de sacs (60 k) pour 2016-2017. Un record historique, d’après l’OIC.

Source : Organisation internationale du café

Le Brésil est de loin le plus grand producteur, avec ses quelque 55 millions de sacs de café pour 2016. Il est suivi du Vietnam, avec 25,5 millions de sacs, de la Colombie, avec 14,4 millions de sacs, et de l’Indonésie, avec 11,4 millions de sacs.La grande majorité des producteurs, soit 80 %, sont de petits paysans, qui sont très mal rémunérés pour leur travail. Une bonne partie d’entre eux vivent sous le seuil de la pauvreté. Ce sont des gens vulnérables. « Ils n’ont pas la capacité de développer des économies d’échelle, ils n’ont pas les équipements nécessaires. Ce n’est pas une production sophistiquée, comme on le voit en Occident », précise Sylvain Charlebois.

Mais malgré une production record, la demande dépasse l'offre, et ce, depuis quelques années déjà. Il y a un engouement de plus en plus grand pour le café, notamment dans les pays en voie de développement.Par exemple, les Chinois ont doublé leur consommation de café au cours des cinq dernières années, passant de 1,6 million de sacs en 2012 à 3,1 millions en 2017, selon les chiffres du département américain de l’Agriculture.Cela dit, les Européens sont les plus grands buveurs de café. À eux seuls, ils consomment près du tiers du café, suivis des Américains et des Brésiliens.

« En Occident, il y a eu une recatégorisation du café qui s’est faite de façon subtile depuis 20-30 ans. Ce qui a augmenté le prix du café, et on le voit un peu partout. Moi j’appelle ça le phénomène du Starbucks », observe Sylvain Charlebois, expert en agroalimentaire.

Sylvain Charlebois relève que les recherches encouragent la consommation du café, contrairement à celle du bœuf, par exemple. « On suggère ce matin dans les médias qu’en buvant du café on peut vivre plus longtemps. Qu’est-ce que vous pensez qu’il va arriver avec la demande? »

Moins de terres cultivables

Tant les pays producteurs que les experts s’inquiètent ouvertement des impacts des changements climatiques. L’Organisation internationale du café, qui regroupe 43 pays exportateurs et sept pays importateurs, prédit que la hausse des températures va toucher de nombreux caféiculteurs.De plus en plus d’experts abondent dans le même sens. « Dans un contexte de changement climatique qui est déjà en marche, ce qu’on appréhende au cours des prochaines années, c’est une diminution des terres qui sont appropriées à la culture du café », explique Alain OIivier, professeur en agroforesterie à l’Université Laval, titulaire de la chaire en développement international.

Une étude publiée cette semaine dans les Comptes rendus de l’Académie américaine des sciences (PNAS) révèle que la production de café en Amérique latine pourrait diminuer de près de 90 % d’ici 2050 en raison du réchauffement climatique.

Un café de moins bonne qualitéLa hausse des températures et des précipitations moindres dans certaines zones vont nuire aux caféiers, souligne Alain Olivier. Il rappelle que le meilleur café, en particulier l’arabica, a besoin de fraîcheur et est souvent cultivé en altitude. « Avec les changements climatiques, les conditions ne seront plus là pour avoir à la fois un bon rendement, mais surtout une bonne qualité de café. »

De plus en plus de maladiesAlain Olivier ajoute que les cultures sont de plus en plus ravagées par des maladies comme la rouille du café. Elles sont aussi attaquées par des insectes comme le scolyte, un insecte qui fait des ravages dans les caféiers.Que feront les agriculteurs, des gens qui ont souvent peu de moyens? « Les rendements diminuant, la qualité diminuant, les agriculteurs ne pourront plus arriver à avoir un bon revenu. Devant de nouveaux pathogènes, de nouveaux insectes, ils vont peut-être abandonner la culture du café, qui va se déplacer vers d’autres zones, des zones plus en altitude, plus fraîches », prédit Alain Olivier.

Et cela aura un impact important sur la déforestation, croit-il, parce qu’il faudra trouver de nouvelles terres non cultivées dans des zones plus fraîches, en altitude, où se trouvent souvent les dernières forêts.Cultiver le café au Canada?Sylvain Charlebois croit qu’avec les changements climatiques, il est fort possible que des pays comme le Canada se mettent à cultiver le café. « Je pourrais facilement voir le Canada. En fait, on en parle déjà dans le sud de l’Ontario. […] Le problème avec le café, c’est que ce n’est jamais stable. Actuellement, le prix du café est en baisse. »

Le café, un produit de luxeDes experts estiment que la consommation de café va doubler d’ici 2050 et que de plus en plus de gens vont vouloir un produit de qualité. Cela, alors qu’on s’attend à une réduction des terres cultivables et à la production de grains de moins bonne qualité, explique Alain Olivier.

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