Retour

Faut-il vraiment 60 % pour passer au secondaire?

Selon des informations obtenues par Radio-Canada Estrie, deux commissions scolaires de l'Estrie font passer des élèves d'un niveau à l'autre sans qu'ils aient obtenu la note de passage de 60 %. Une situation que dénonce le Syndicat de l'enseignement de l'Estrie.

Depuis la réforme scolaire de la fin des années 1990, les élèves de première et de deuxième secondaire qui ont échoué dans plusieurs matières doivent reprendre leur année au complet, et non pas ces seules matières.

Par contre, d'autres, qui n'ont échoué que dans une ou deux matières, peuvent passer au niveau suivant sans cependant avoir les acquis nécessaires, une situation qui ne cesse de prendre de l'ampleur

« C'est vraiment une décision d'école. Il n'y a rien dans la Loi sur l'instruction publique et dans le Régime pédagogique qui établit des règles claires », explique le président du Syndicat de l'enseignement de l'Estrie, Benoît Houle.

Ainsi, l'idée selon laquelle les élèves doivent avoir au moins 60 % à la fin de l'année dans chaque matière pour passer à un autre niveau est fausse.

« Pour le premier cycle [première et deuxième secondaire], le 60 % est un peu fictif. Certains n'ont pas réussi le secondaire 1, puis leur secondaire 2, et là, on les envoie en secondaire 3. C'est à peu près sûr que le jeune va frapper un mur », déplore-t-il.

Cette situation amène une autre problématique, pour les enseignants cette fois.

« Ils se retrouvent avec des classes où ils doivent adapter leur enseignement aux jeunes qui ont des acquis et à ceux qui n'ont pas les acquis. Ça fait un drôle de milieu d'apprentissage », estime celui qui représente 3500 enseignants dans trois commissions scolaires de l'Estrie.

Benoît Houle a lui-même vécu la situation. « J'avais au moins 4 ou 5 élèves dans un de mes groupes qui avaient échoué leur secondaire 1 et qui étaient en secondaire 2. J'avais des élèves là-dedans qui avaient eu, en secondaire 1, 37 % , 40 % et 42 %. Quand on regardait le bulletin, ils n'avaient pas plus réussi leur sixième année. »

Aux commissions scolaires de décider

La Loi sur l'instruction publique prévoit que la décision de permettre à un élève de passer d'une année à l'autre et du 1er cycle au 2e cycle du secondaire appartient aux commissions scolaires : elles décident donc des règles de passage de leurs élèves.

À la Commission scolaire de la Région-de-Sherbrooke, bien que la note de passage soit établie à 60 %, il arrive que des élèves accèdent au niveau suivant sans avoir atteint ce seuil.

« On a toujours le choix, à ce moment-là, de le faire passer à un niveau supérieur avec des mesures d'appui [...] ou si on le fait redoubler », explique la directrice du Service des ressources éducatives à la Commission scolaire de la Région-de-Sherbrooke, Isabelle Boucher.

Même son de cloche à la Commission scolaire des Sommets. « Supposons que l'élève a échoué ses mathématiques ou qu'il a réussi faiblement et qu'on décide de l'envoyer en secondaire 2, il faut mettre des mesures de soutien en place pour cet enfant », soutient la directrice générale de la Commission scolaire des Sommets, Édith Pelletier.

Mais pourquoi alors des jeunes échouent-ils dans la même matière pendant plusieurs années? Parce que les mesures d'accompagnements sont souvent absentes ou insuffisantes et qu'elles compliquent l'organisation scolaire, selon le syndicat.

On ne dira jamais ça aux parents et on ne dira jamais ça aux élèves que c'est pour des problèmes d'organisation scolaire.

Le président du Syndicat de l'enseignement de l'Estrie, Benoît Houle

Passation par matière pas plus appliquée

Ensuite, au deuxième cycle (3e à 5e secondaire), les élèves peuvent échouer par matière s'ils n'atteignent pas les 60 % exigés.

« Dans les faits, ce n'est pas ça qui s'applique. La passation par matière est non respectée dans nos milieux et c'est problématique. Des fois, le jeune a réussi ses mathématiques, son français et son anglais, mais il a coulé son univers social. On le fait quand même monter en quatrième secondaire. C'est souvent pour des problèmes d'organisation scolaire ou d'horaire que ça se fait », explique M. Houle.

Ce dernier soutient que le Syndicat fait des interventions auprès de ces commissions scolaires qui sont en défaut à ce titre.

Ni le ministère de l'Éducation ni la Commission scolaire de la Région-de-Sherbrooke ne collige de statistiques concernant les échecs scolaires et le doublement des élèves du secondaire.

Plus d'articles

Vidéo du jour


Un gros chien fait des vagues en apprenant à nager





Rabais de la semaine