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Femmes autochtones : des marches à l'aube de l'enquête nationale

L'annonce d'une enquête nationale a insufflé une signification particulière cette année aux marches du 14 février en hommage aux femmes autochtones disparues ou assassinées.

Un texte de Ralph-Bonet Sanon

Des commémorations ont eu lieu de Vancouver - où elles sont nées il y a 26 ans - à Montréal, en passant par Winnipeg, Saskatoon, Edmonton et d'autres villes, dont Regina pour la première fois. D'un bout à l'autre, du pays, des participants ont réitéré le besoin de justice pour les disparues et leurs proches, de protection des femmes, d'une meilleure collaboration avec les forces de l'ordre et d'engagement de la part des hommes autochtones.

« Les femmes autochtones subissent les séquelles de la colonisation de façon différente des hommes autochtones. C'est quelque chose que nos dirigeants masculins ne comprennent pas bien », a estimé la coprésidente de la marche du Downtown Eastside de Vancouver, Fey Blaney.

C'est dans le quartier Downtown Eastside que sévissait le tueur en série Robert Pickton jusqu'à son arrestation en 2002. Rien n'a vraiment changé depuis, selon Fey Blaney. « Ils ont attrapé le tueur en série, mais nous avons toujours maintenu qu'il n'y avait pas qu'un seul monstre qui ciblait les femmes autochtones », a-t-elle fait valoir.

La nouvelle ministre fédérale de la Justice, Jody Wilson-Raybould, était de la marche. Depuis décembre, elle et d'autres ministres fédérales rencontrent des familles de femmes disparues à travers le pays, pour la phase dite de pré-enquête. La dernière réunion a lieu lundi, à Ottawa.

« Il y a eu des histoires tragiques, mais nous avons aussi ressenti de l'espoir et de l'optimisme de la part des familles, des survivantes, de gens qui veulent trouver des solutions conjointement », a relaté la ministre Wilson-Raybould.

Également présent, le maire de Vancouver a salué l'engagement fédéral envers l'enquête et de meilleures relations avec les Autochtones. « C'est un jour très important, surtout pour Vancouver. Nous avons une histoire déplorable, qui subsiste encore. La Ville et la police ont à coeur la protection des femmes », a assuré Greg Robertson. 

À la marche de Montréal, la maîtresse de cérémonie et ex-présidente de l'Association des femmes autochtones du Canada plaidait pour le maintien de l'impulsion du moment. Pour Michèle Audette, il ne faut pas « tenir pour acquis que parce que le fédéral a entrepris quelque chose, on peut passer à autre chose. Non, il faut rester vigilant et s'assurer qu'on arrive à un exercice réel ».

L'Assemblée des Premières Nations (APN) estime aussi que « cette enquête nationale ne doit pas être le début ni la fin des efforts ». Dans un communiqué, le responsable du dossier de la justice de l'APN réclame un engagement « clair et ferme » du gouvernement, sous la forme d'un « plan national d'action coordonnée ». « Nous ne pouvons attendre la fin d'une enquête pour voir des résultats concrets », insiste Shane Gottfriedson.

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