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Femmes autochtones : Marilyn Poitras se confie sur les raisons de sa démission

Marilyn Poitras, l'ancienne commissaire de l'Enquête nationale sur les femmes et les filles autochtones disparues et assassinées (ENFFADA), considère que la commission « emprunte une voie qui a déjà été explorée ».

En entrevue à CBC, la professeure à l’Université de Saskatchewan d'origine métis indique qu’initialement, elle croyait entamer un processus de guérison.

Elle a toutefois démissionné de son poste mardi dernier, en expliquant avoir des problèmes avec « la structure » de l’enquête qui doit reprendre ses travaux à l’automne.

Mme Poitras a répondu à quelques questions de CBC dans la foulée de sa démission.

Pourquoi avez-vous démissionné? Quelles étaient vos inquiétudes?

« Ma principale préoccupation, c’est que la commission emprunte une voie qui a déjà été explorée, explique l’ex-commissaire. Nous avons fait des études, nous avons fait des recherches, nous avons visité et observé des Autochtones, des Métis et des Inuits pendant longtemps pour voir quel était le problème.

Racontez-nous votre triste histoire et nous trouverons quoi faire avec. Nous avons déjà fait cela et si cette méthode fonctionnait, nous aurions déjà réglé le problème. Ça ne fonctionne pas.

Nous aurions pu changer la trajectoire de la commission et la faire emprunter un chemin qui implique les gens dans les communautés dans la quête d’une solution, mais je ne voyais pas cela se produire lors des audiences. »

Qu’est-ce qui fait en sorte que la commission n’arrive pas à tisser des liens avec les communautés autochtones?

« Le modèle qu’elle utilise est celui des vieilles commissions traditionnelles avec des audiences. Cette approche coloniale fonctionne comme ceci : des audiences sont organisées, les gens viennent raconter leurs problèmes et l’on doit ensuite trouver une solution.

[...] [Pendant les audiences], quelqu'un a dit : "il faudrait que ce processus soit axé sur les communautés" et la réponse qu’elle a eue a été qu’il s’agissait d’un processus décidé par la commission, avec des audiences.

Comment allons-nous avoir les informations qui nous permettront de comprendre quoi faire dans ces communautés, si nous ne nous intéressons pas aux racines de la violence systémique? [...]. »

Quels changements doivent être apportés à l’enquête ou à la manière de faire des commissions?

« La formule de la recherche du consensus avait comme résultat de longs délais avant d’arriver à une décision. Je n’étais pas d’accord avec cette formule.

La règle de majorité implique qu’il y aura nécessairement une minorité, et à titre d’Autochtone, être la minorité est souvent un problème.

J’étais donc souvent la minorité lorsqu’il était le temps de voter sur des mesures.

Nous étions souvent en désaccord, par exemple, sur le déroulement des audiences : combien d’audiences auront lieu, où seront-elles organisées. [Il y avait] beaucoup de questions pour déterminer si cette manière de faire était la bonne, sur qui serait convoqué, sur comment les témoignages seraient entendus.

[...] J’étais très préoccupée par le fait que nous ne pouvions pas nous pencher sur toutes les juridictions. »

Est-ce que l’enquête est vouée à l’échec?

« Si l'objectif est de mener des audiences et d’entendre des familles raconter leurs histoires, ce ne sera pas un échec. Le système de justice, les commissions et les enquêtes sont conçus pour atteindre certains objectifs et s’ils les atteignent, personne ne sera déçu. [...]

Mais [la commission] ne parviendra pas aux racines de la violence systémique. Je ne vois pas comment elle pourrait y parvenir. »

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