Retour

Fentanyl : des accusations d'homicide involontaire contre des vendeurs de drogue

Des policiers ontariens lancent un avertissement aux vendeurs de fentanyl : vous pourriez être tenus responsables de la mort de vos clients qui meurent d'une surdose en utilisant vos produits. Plusieurs corps policiers en Ontario, mais aussi en Alberta, ont commencé à déposer des accusations d'homicides involontaires contre des vendeurs de drogue à la suite de surdoses mortelles.

Un texte de Christian Noël

Le détective Brad Reynolds en a assez des ravages et des surdoses mortelles causés par le fentanyl dans sa communauté de South Simcoe. Selon lui, les vendeurs de drogues doivent être tenus légalement responsables quand leurs clients meurent d'une surdose.

Chaque cas est unique, reconnaît le détective, et ça ne sera pas toujours possible de retracer l’origine de la drogue qui a causé la mort. Mais avec des preuves suffisantes, dit-il, les policiers ne devraient pas hésiter à déposer des accusations d’homicide.

Tendance à la hausse

L’an dernier, 2816 Canadiens sont morts d’une surdose liée aux opioïdes. C’est plus de sept personnes par jour. Mais jusqu’à maintenant, moins d’une dizaine de trafiquants ont été accusés d’homicides involontaires au Manitoba, en Alberta et en Ontario.

C’est que d’un point de vue légal, la cause n’est pas toujours facile à prouver, indique l’avocat criminaliste Walid Hijazi. D’abord, dit-il, l’enquête doit établir un lien direct entre la drogue consommée et le revendeur. Ensuite, la Couronne doit démontrer que le trafiquant savait que la substance pouvait causer la mort.

D’ailleurs, le mois dernier, des accusations d’homicide involontaire contre un vendeur de drogue de Calgary ont été abandonnées, après que l'accusé eut plaidé coupable à des accusations de trafic de stupéfiants.

Aux États-Unis, une dizaine d’États, dont la Californie, la Floride, le Michigan, l’Ohio, le Massachusetts et l’Illinois, ont adopté des lois qui visent à punir les trafiquants pour la mort par surdose de leurs clients. Seulement une poignée de cas se sont conclus par des condamnations.

« Une criminalisation à outrance »

Ce type d’approche policière peut faire plus de tort que de bien, selon Zoe Dodd, une travailleuse sociale auprès des toxicomanes de Toronto.

« Je comprends que les familles des victimes souhaitent que quelqu’un soit puni pour la mort de leur proche. Mais la criminalisation à outrance n’aura pas un effet dissuasif sur les criminels », soutient Mme Dodd.

La Colombie-Britannique, qui se trouve à l'épicentre de la crise du fentanyl, a choisi de ne pas accuser les trafiquants d'homicide involontaire. Au Québec, pour le moment, aucune cause du genre n’a été recensée.

Plus d'articles

Commentaires