Les légendes de l'Amérique latine assurent que l'âme des morts revient sur ses pas avant de partir vers l'au-delà. Ce rite de passage permettrait au défunt de revoir les siens une dernière fois et de demander le pardon de Dieu pour obtenir son absolution ou son indulgence.

Ainsi, si l’on croit aux traditions judéo-chrétiennes et au syncrétisme religieux prédominant dans la région, la caravane qui transporte les cendres de Fidel Castro et qui a parcouru Cuba durant les huit derniers jours a permis à l’âme de cet homme de revenir sur ses pas.

En fait, le cortège funèbre de Fidel Castro – qui est parti de La Havane pour arriver à la ville de Santiago – a parcouru le chemin inverse de celui que les « barbus » révolutionnaires cubains avaient emprunté, il y a 57 ans, avant d'arriver victorieux à La Havane.

Aujourd’hui, Fidel Castro est un homme connu partout dans le monde, haï ou aimé, admiré ou décrié. Personne ne peut nier qu’il a été un mythe vivant, « le dernier monstre sacré de la politique mondiale », l’un des derniers vestiges de la guerre froide.

Pour ceux qui l'accusent d’avoir été un dictateur, un assassin, un tueur, un bourreau et un manipulateur, Castro n’obtiendra sûrement pas le pardon ni l’indulgence de Dieu.

Pour les communistes athées, l’homme sera sans doute jugé par l’histoire et non pas par un être divin.

Mais pour les croyants cubains, ceux qui ont réussi à mélanger le communisme aux religions afro-cubaines et à la chrétienté, il faut prier pour l’âme de Fidel Castro comme on le fait pour tous les morts.

Pourquoi neuf jours de deuil?

Tout le monde sait que Fidel Castro a été une figure marquante du communisme mondial, mais peu des gens savent que son éducation et ses premières idées ont toujours été intimement liées aux jésuites et à la chrétienté.

C’est peut-être pour cela que personne ici ne se pose de questions par rapport aux neuf jours de deuil national décrétés par La Havane pour « honorer la mémoire » du leader révolutionnaire cubain.

Dans les traditions de l’Amérique latine, et plus particulièrement dans la région des Caraïbes, neuf jours est la période de temps pour faire la neuvaine au nom du mort et pour le repos éternel de son âme.

L'adieu d'un peuple

Sur le chemin, des milliers de personnes des provinces cubaines ont pris d’assaut les rues pour rendre hommage à celui qu’ils considèrent comme « le grand leader », l’homme qui a « sauvé Cuba » et permis au pays de sortir de la noirceur.

Dans la ville de Santiago où sont arrivées finalement et pour toujours les cendres de Fidel Castro, tout le monde parle de ce que le Lider maximo a réussi à faire pour chasser le dictateur Fulgencio Batista et ses alliés mafieux américains.

Walter Mondelo Garcia, professeur universitaire, assure que « d’une certaine manière, Fidel Castro a redonné la dignité aux Cubains pauvres ».

Des gens de tous âges parlent, racontent, se souviennent ou crient simplement « Vive Fidel », « Je suis Fidel » ou « Fidel pour toujours ».

Certes, certains sont présents parce qu’ils veulent se faire remarquer des patrons ou des leaders communistes de la place. D’autres y sont par curiosité.

Il suffit toutefois de se mêler à la foule pour se rendre compte que des milliers d’autres pleurent véritablement la mort du « Comandante » et montrent ouvertement leur tristesse.

Castro arrivé à destination

Fidel Castro est enfin arrivé à sa destination finale : Santiago de Cuba, la ville qui l’a vu devenir chef de guerre et leader révolutionnaire.

« Il a eu une relation assez spéciale avec la ville de Santiago. C’est ici qu’il a fait ses études avec les jésuites. Et c’est aussi ici que la révolution a commencé », dit le professeur Walter Mondelo Garcia.

Ce soir, ses compagnons des premières heures, ses amis, ses alliés de la politique mondiale– comme Ségolène Royal et Luiz Inacio Lula Da Silva – et des dignitaires, comme le président d’Haïti Michel Martelly, rendront un dernier hommage à Fidel Castro.

Et le peuple de Santiago fera de même. Dans cette partie du pays, Castro est considéré comme l’un de leurs.

Demain, Fidel Castro ira rencontrer sa dernière demeure où il y restera pour toujours. L’homme est mort, mais le mythe est plus vivant que jamais, pour le meilleur et pour le pire

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